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23/07/2011

LA CONTROVERSE DE VALLADOLID


La controverse de Valladolid
Source: Notre voie du 22 juillet 2011

« Les vagues de conquistadors se succèdent ; l’Amérique tropicale est massivement colonisée et, pour l’essentiel, passe sous juridiction espagnole, tandis que les richesses prélevées dans le Nouveau Monde convergent vers Madrid. A cette indiscutable réussite économique et militaire, il y a hélas un consternant revers : les populations indiennes de l’Amérique tropicale en sont victimes ; réfractaires à l’esclavage et au travail forcé, indifférentes à la foi chrétienne, elles sont horriblement maltraitées ; en outre, sensibles aux germes pathogènes venus d’Europe, elles décroissent à grande vitesse, décimées par des maladies d’origine tempérée qu’elles ne connaissent même pas. Des rumeurs de génocide circulent, qui embarrassent les dirigeants espagnols, attisent les critiques de l’Angleterre et inquiètent le souverain pontife. Mais comment savoir ce qu’il en est réellement, si l’on n’a jamais traversé l’Atlantique ? Charles Quint, roi d’Espagne, et le pape Paul III chargent alors un groupe de théologiens de confronter les points de vue en présence et de faire jaillir la vérité.
En août 1550 à Valladolid (42°N), deux opinions s’affrontent, celle du professeur Ginés de Sepùlveda, chanoine de Cordoue, admirateur inconditionnel de la colonisation, représentant les intérêts des propriétaires espagnols en Amérique, et celle du père Bartolomé de Las Casas, évêque de Chiapas au Mexique, ardent défenseur des Indiens. La question est celle de la véritable nature de ces derniers. Sont-ils des hommes au même titre que leurs maîtres espagnols, ou bien sont-ils, par nature, des animaux ? A cette époque, la question se posait en termes religieux : les Indiens ont-ils une âme immortelle ? S’ils ne sont pas des hommes, les soumettre à l’esclavage et les éliminer en cas de rébellion ne soulève aucun problème moral ; s’ils ont une âme, l’esclavage et les mauvais traitements doivent cesser.
La controverse fut longue et âpre ; ce n’est que l’année suivante, en 1551, que le souverain pontife délivra son verdict. Se rendant aux arguments de Bartolomé de Las Casas, il déclara que les Indiens avaient une âme immortelle : il n’était donc plus possible de les réduire en esclavage ni de les faire travailler contre leur gré. La question théologique ainsi réglée, restait la question économique, car tous les participants à la controverse – et Las Casas lui-même semble-t-il – étaient attachés à la poursuite et au succès de l’aventure espagnole en Amérique. Dans ces régions torrides, où il n’était pas envisageable que des travaux pénibles soient assurés par les Espagnols eux-mêmes, à quelle main-d’œuvre pouvait-on faire appel dès lors qu’il était interdit par Rome de faire travailler les Indiens ? Allait-on devoir abandonner les colonies du Nouveau Monde ?
La controverse de Valladolid ouvre sur une décision historique, qui va engager l’avenir de la planète sur beaucoup plus d’un demi-millénaire. Ecoutons le légat du pape à Valladolid : « S’il est clair que les Indiens sont nos frères en Jésus-Christ, doués d’une âme raisonnable comme nous, et capables de civilisation, en revanche il est bien vrai que les habitants des contrées africaines sont beaucoup plus proches de l’animal. Ces habitants sont noirs, très frustes, ils ignorent toute forme d’art et d’écriture, ils n’ont construit que quelques huttes… Aristote disait que, comme le veut la nature de l’esclave, ils sont des êtres totalement privés de la partie délibérative de l’esprit, autrement dit de l’intelligence véritable. En effet, toute leur activité est physique, c’est certain, et depuis l’époque de Rome ils ont été soumis et domestiqués ».
La décision de remplacer les Indiens par des esclaves africains va conduire à des pages d’histoire qui dépassent en indignité et en horreur tout ce que l’humanité avait pu imaginer jusque-là ».

Source : La Condition tropicale de Francis Hallé, 2010, pp. 356-357

Commentaires

Honnêtement, un africain digne de ce nom peut-il savoir ce que les Occidentaux disent ou écrivent sur les Noirs, et continuer à se laisser dominer par les maîtres d'hier sans être fouetté par son orgueil?
Évidemment, cela peut se justifier en raison de ce que les africains ne lisent, et donc susceptibles de ne pas apprendre que de telles injures sont dites ou écrites sur leur compte. Quelqu'un a écrit que '' pour cacher quelque chose à un Noir, il faut le mettre dans un livre''.N'est-ce pas cela qui se confirme? Voir des chefs d'état africains ou des intellectuels du continent accompagner des Blancs dans leurs dérives, leur pillage de l'Afrique, regarder un des leurs être bombardé des jours durant, puis capturé, est tout à fait inacceptable et inexplicable. Il est donc grand temps que tous les Noirs se lèvent, crient leur ras-le bol et luttent véritablement pour la souveraineté de notre continent. Un continent riche de toutes sortes de matières premières pour son envol économique et industriel.

Écrit par : Phileas | 23/07/2011

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