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07/08/2011

SERMON DE L'INDEPENDANCE

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Source : Telediaspora.net du 07/08/2011

Si j’avais été en paroisse ce jour du 7 août 2011 et que je devrais prononcer un sermon (ou une homélie) au cours d’une messe pour l’indépendance, je dirais ceci :

Frères et sœurs,

Commençons par bénir le Seigneur pour ce jour de fête et de joie qu’il met dans nos cœurs. En effet, il y a 51 ans, jour pour jour, que la France a daigné reconnaître que nous aussi sommes des hommes et donc avions droit à la liberté, à la parole, au choix, à l’autonomie et à l’indépendance. Par ce fait, elle nous a accordé l’indépendance, cet acte sublime par lequel un homme réfléchit par lui-même, en toute liberté et non par procuration ou sous la dictée d’un maître quelconque, absolu et tout puissant.


Rendons donc grâce à Dieu pour avoir ouvert l’esprit et l’intelligence du grand maître que la France était pour notre pays qu’elle dirigeait de main de fer. Rendons aussi grâce à Dieu pour tous nos aînés et parents qui ont lutté pour que la France manifeste son humanité à ces peuples-sans que nous étions à ses yeux. En disant cela, je pense à Félix Houphouët Boigny, le grand artisan de cette indépendance et à tous ses compagnons de lutte qui se sont sacrifiés pour que la date du 7 août 1960 advienne et devienne pour nous le point de départ de notre humanité de peuple colonisé, maltraité, traumatisé et humilié sur ses propres terres, celles de ses Ancêtres. Ils ont lutté pour nous. Beaucoup y ont même malheureusement laissé leur vie. Nous avons donc, de génération en génération, un devoir de mémoire et de reconnaissance envers eux. Qu’en ce jour béni nos pensées et prières se rejoignent et montent au ciel pour eux.


Grâce au 7 août 1960, nous avons obtenu notre drapeau qui flotte en ce moment même dans les rues d’Abidjan. C’est sans aucun doute ce qui nous reste de plus indépendant aujourd’hui. Nous avons aussi notre carte d’identité (même si celle que nous avons maintenant a été fabriquée en France !), nous avons des écoles, des routes, des aéroports, des institutions, nous dormons dans des maisons modernes, nous parlons français, même quelquefois anglais ou espagnol ou allemand et bien d’autres langues encore du maître. Pour cela aussi nous devons dire un sincère merci à Dieu. Disons aussi un sincère merci à la France qui par cet acte de haute portée civilisatrice, nous avons pu sortir nos têtes de nos ténébreuses forêts et savanes. Grâce à elle nous n’avons pas perpétuellement couru le risque d’être mangés par les animaux sauvages. Grâce à elle donc, nous sommes devenus des hommes, même si nous restons toujours noirs.


Cependant, et malheureusement, nous constatons encore que la France, bien qu’elle nous ait conduits au 7 août 1960, nous fait encore célébrer le 14 juillet qui est sa fête d’indépendance à elle.



Qu’est-ce que je veux dire par là ? Je veux tout simplement vous faire remarquer que malgré notre indépendance, nous sommes encore dépendants.

Pourquoi je dis cela ? Remarquons tous et constatons que la France n’est pas encore partie de chez nous. Il me semble même qu’elle est plus présente maintenant qu’elle ne l’était avant le 7 août 1960.

Elle a encore sa base militaire chez nous dont les soldats n’hésitent pas à tirer à balles réelles sur des jeunes ivoiriens aux mains nues qui revendiquent leur souveraineté.

Elle nous impose encore sa monnaie coloniale, le franc CFA.

Elle a même une caisse où elle garde notre propre argent. On l’appelle le trésor français.

Elle a encore de nombreuses entreprises chez nous. Celles-ci ont fait main basse sur notre économie et richesse.

Elle a signé un pacte avec nous pour nous signifier clairement que c’est elle et elle seule qui doit exploiter toutes nos richesses naturelles et nos matières premières, fruits du labeur de nos parents.

Elle a recommencé à nous envoyer encore des « conseillers techniques » comme si ces jeunes ivoiriens formés dans nos illustres écoles ne peuvent pas jouer ce rôle.

Elle s’ingère continuellement dans nos affaires nationales et politiques.

Elle dit qu’elle le fait pour que nous peuples autrefois sauvages, aujourd’hui en quête d’indépendance, soyons véritablement démocratiques, c’est-à-dire que nous devons penser et faire comme son peuple le fait. Et pour nous montrer qu’elle nous aime tellement et ne veut pas nous voir souffrir et mourir en nous entretuant comme de bons sauvages de la brousse, récemment, nous avons tous vu qu’elle nous a choisi pour nous notre propre président de la république.


Avant cela, elle a, d’autorité, détruit, en les bombardant, nos armes, notre présidence de la république, la résidence de notre président, notre Radio et télévision.

Elle a bafoué nos institutions et tous ceux qui les incarnent. En les traitant de cette façon, elle a méprisé notre souveraineté et notre indépendance.

Son armée se pavane toujours dans nos rues, villes et villages.

Elle nous survole à tout moment pour surveiller et contrôler nos gestes et mouvements, tuant de temps en temps ceux d’entre nous qui osent la défier.

En somme, nous constatons que la France reste en force dans notre pays 51 ans après le 7 août 1960.

Il y a aussi la françafrique doublée de la franc-maçonnerie, système mystico politique qui ronge gravement notre indépendance en pillant systématiquement et sans sourire nos ressources à travers un réseau mafieux pur et dur.

Voilà pourquoi, frères et sœurs, je dis que pour notre malheur, notre 7 août est en train d’être remplacé par le 14 juillet de la France. Et nous tous, nous sommes témoins de tout ce drame, Dieu y compris. D’ailleurs je le prends à témoin en disant tout cela comme lui-même a été témoin de l’esclavage d’Israël, le peuple qu’il a choisi au milieu de tant d’autres peuples, en Egypte.


Vu tout cela, chaque jour, dans mes méditations et réflexions, je me pose la question de savoir si nous sommes vraiment et réellement indépendants. Je me demande si nos maîtres nous ont vraiment donné le 7 août 1960. Et je me dis, peut-être qu’ils nous l’ont donné pour mieux nous le reprendre. Ils sont partis, pour mieux rester. Ils ont reculé face à la pression de nos aînés pour mieux sauter. Et cela me fait penser à cet adage qui dit: « Je vais mais je suis là ». Et nous constatons qu’ils sont partis mais ils sont bel et bien là, bien visibles et très actifs plus qu’ils ne l’étaient avant le 7 août 1960. Pour eux, partir c’est rester, et bien rester.


Frères et sœurs, nous célébrons ce 7 août 2011 dans des situations de profondes douleurs. Profondes douleurs qui malheureusement demeureront encore pour longtemps. Car, les événements que nous vivons, les actes que nos gouvernants actuels posent en ce moment, n’augurent aucunement d’un avenir resplendissant et radieux pour notre pays.


Que faire si nous voulons vraiment être libres ? Je n’ai pas de solution. Je n’ai que de petites idées. Ces idées me sont inspirées par ma foi de chrétien catholique, qui plus est, je suis serviteur de Dieu. Et je professe que c’est Dieu et Dieu seul qui donne la vraie indépendance. Parce que c’est lui seul qui est Indépendant. Si nous voulons être indépendants, tournons-nous donc vers lui. Puisons à la source de la vraie indépendance.



Aussi, je vous invite à comprendre qu’aucune indépendance n’est acquise une fois pour toutes. Elle est une œuvre quotidienne à laquelle chacun doit se sacrifier. L’indépendance n’est jamais une donnée acquise, un présent qu’on offre à un esclave sur un plateau d’or. D’ailleurs aucun maître n’offre jamais une vraie indépendance à son esclave. Je veux dire par là que toute indépendance s’acquiert dans la conquête et la lutte permanentes. Elle est toujours un processus brutal et radical, même violent souvent - violent au sens noble- dans le feu, le sang et les larmes.



Alors, si nous comprenons que le maître ne donne jamais l’indépendance sur un plateau d’or, nous comprenons aussi que c’est nous-mêmes, peuples ivoiriens et africains recolonisés, qui avons la lourde, mais noble et exaltante mission de la conquérir et de l’arracher vaille que vaille. Nos patriarches nous ont ouvert la voie. C’est à nous de la nettoyer chaque jour par notre volonté de puissance et notre engagement à être vraiment indépendants.



Ne soyons donc pas des pleurnichards, encore moins des revanchards. Nous n’avons rien à nous venger de quelqu’un. L’histoire nous apprend que chaque peuple a été au moins esclave d’un autre. Ce qui compte, c’est de s’en défaire et s’en libérer. Ne nous comportons surtout pas comme des vaincus. Celui qui aspire à l’indépendance et à la liberté ne se laisse jamais abattre par le désespoir et les fatigues. Au contraire, appuyé par la grâce de Dieu, ses défaites d’aujourd’hui préparent irrésistiblement ses victoires de demain. Nous sommes chrétiens. Nous ne sommes donc plus des esclaves. Luttons en Dieu pour revendiquer haut et fort notre liberté car Dieu ne nous a pas créés esclaves. Il nous a créé tous, Noirs, Blancs, Jaunes et Rouges, libres.


Pour terminer, remarquons tous, frères et sœurs, que le 7 août est précédé du 6 août. Et dans notre liturgie catholique, à cette date est fêtée la Transfiguration de notre Seigneur Jésus-Christ. Or Transfiguration égale Lumière, Resplendissement, Transformation, Métamorphose, Changement. Donc pour moi, cette coïncidence de dates n’est pas neutre. Elle est un signe de Dieu à décrypter.


Frères et sœurs, ainsi demain s’annonce pour nous comme jour de gloire, d’indépendance et de liberté ; jour de grande lumière sur nos chemins enténébrés d’aujourd’hui. Alors, en Dieu, luttons, luttons encore et luttons toujours.


Que Dieu nous bénisse. Qu’il bénisse notre pays. Qu’il bénisse ceux qui l’aiment et ceux qui le pillent.



Que Dieu bénisse tous ceux d’ici et d’ailleurs qui croupissent injustement et méchamment dans les prisons pour avoir osé revendiquer l’indépendance de leurs peuples.

Père Jean K.

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