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21/09/2011

Crimes économiques, attaque contre Gbagbo : Bédié n’a pas de leçons à donner

Source: Le Temps du 20/09/2011


Henri Konan Bédié est très mal placé pour accuser le Président Laurent Gbagbo de dictateur. Tout le monde a encore en mémoire les six ans de pouvoir du Sphinx de Daoukro. Les libertés syndicales et politiques ont été confisquées. La violation des Droits de l’Homme était systématique. Le monde est vraiment à l’envers. Henri Konan Bédié accuse le Président Laurent Gbagbo de tous les maux. Tout le monde peut le faire. Sauf lui. Jamais, Bédié ne rêvait de partager son pouvoir avec quiconque. Pas même avec le Rdr de Djeni Kobina, sorti dès 1994 des entrailles de l’ancien parti unique, pour motif de totalitarisme et d’absence de liberté d’expression. Obsédé par le pouvoir d’Etat, Henri Konan Bédié renforce le système du plus vieux parti ivoirien, créant des obstacles artificiels pour se maintenir à la tête de l’Etat. Il ne fera aucune concession sur certaines modalités de vote tel que le droit de vote à 18 ans réclamé par le Fpi. L'opposition a souhaité en vain la révision intégrale des listes électorales. Bédié refuse également le droit de vote aux Ivoiriens vivant dans tous les pays qui disposent d'une représentation diplomatique. Peu soucieux de la clarté des scrutins, le régime de Bédié et le Pdci refusent qu’une copie des bordereaux de résultats du scrutin soit remise aux partis politiques engagés dans ces élections. Pour ne pas que ceux-ci puissent vérifier que les résultats "sortis des urnes" corroborent bien ceux qui seront enregistrés au ministère de l'Intérieur, qui a à charge l'organisation des opérations de vote. Pis, Bédié n’a jamais voulu la création de la Commission nationale électorale au sein de laquelle auraient siégé les partis qui avaient des candidats à l’élection présidentielle d’octobre 1995. L’intermédiation de la société civile, notamment la Ligue ivoirienne des droits de l'Homme, (Lidho) ne fait point varier l’intransigeance du pouvoir. Le Fpi et le Rdr ne participeront donc pas à l’élection présidentielle. Le Secrétaire national du Pit (Parti ivoirien des travailleurs), Francis Wodié s’est retrouvé seul candidat face à Bédié. La présidentielle de 1995 l'a donc "légitimé" à la tête de l'Etat, malgré le "boycott actif" décrété par l'opposition. Par la suite, la révélation des détournements de fonds a achevé de rendre le régime, et surtout sa figure de proue, impopulaires. C’est tout cela qui explique l’indifférence des populations ivoiriennes face à son appel à la désobéissance civile lors du coup d’Etat du 24 décembre 1999. Bien plus, les positions ambigües de Bédié au début de la crise et sa complicité par la suite avec la rébellion l’ont discrédité à jamais. Pour les élections présidentielles futures, certains observateurs de la scène politique nationale n’hésitent pas à considérer Bédié comme un «has been», c’est-à-dire, un homme du passé, mais aussi un homme dépassé. Lorsqu’on n’a rien à dire, on ne fait pas des commentaires erronés. Bédié fut un dictateur. Les actes qu’il a posés violant les Droit de l’Homme pendant ses six (6) ans de pouvoir sont encore frais dans la mémoire des Ivoiriens. Il a fait la chasse aux étudiants, aux journalistes et aux leaders de l’opposition. Les libertés syndicales et politiques étaient confisquées. En 1997, Guillaume Soro (actuel premier ministre), Damana Pickass, Kouamé Kouakou dit «ok le lion» et autres étudiants de la Fesci sont mis derrière les barreaux pour des revendications syndicales. En 1998, Charles Blé Goudé, Secrétaire général de la Fesci est arrêté pour les mêmes raisons. Mieux il va être enchaîné sur son lit d’hôpital. L’image a fait le tour du monde. Sous le régime du sphinx de Daoukro, la liberté de presse a été sévèrement restreinte. Les journalistes des journaux proches de l’opposition ont connu la prison. Il s’agit entre autres de Freedom Neruda, Souleymane T. Senn, Emmanuel Koré tous des journalistes de Notre voie. Sans oublier Hamed Bakayoko à l’époque journaliste à Le Patriote. Des rédactions sont saccagées : Notre voie, Le Libéral et Libération… Le péché des journalistes est d’avoir critiqué le gouvernement et le chef de l’Etat. Des leaders de l’opposition n’ont pas été épargnés par le régime de Bédié. Feu Djéni Kobenan, ex-Secrétaire général du Rdr a été spolié de sa nationalité ivoirienne. Parce qu’il a décidé de quitter le Pdci pour créer un autre parti politique. Il faut rappeler également que des responsables de ce nouveau parti ont été arrêtés en 1998 pour dit-on casse après une marche dispersée par la police. A savoir Henriette Dagri Diabaté, N’Golo Coulibaly, Aly Coulibaly… La même année, il lance un mandat d’arrêt international contre Alassane Dramane Ouattara pour faux et usage de faux sur document administratif. A cette répression s’ajoute la bastonnade d’Aboudramane Sangaré, ex-secrétaire général du Fpi par la police. Et cela dans les bureaux du ministre de la Sécurité, Ouassénan Koné. La machine de Henri Konan Bédié frappe également dans le milieu de la grande muette. Sous prétexte que des militaires préparent un coup d’Etat contre son régime. En 1996, feu le général Robert Guéi, chef d’Etat major a été débarqué. Des soldats de rangs et des officiers sont mis aux arrêts. Parmi les arrestations se trouvent, Moassi Grena, Gaoudi Oulata…Dans un rapport publié sur la situation socio politique en Côte d’ivoire de 1995 à 1996, les Etats-Unis n’ont pas été tendres avec le régime de Henri Konan Bédié. Ils ont déploré les violations des Droits de l’Homme perpétrées sous le régime du successeur de feu Houphouët Boigny. Le président du plus vieux parti de Côte d’Ivoire doit arrêter de vilipender le Président Laurent Gbagbo. Son passé est là en matière de démocratie. Implacable. Il ne peut pas l’effacer. Tout le monde sait que des journalistes et des leaders ont insulté le Président Gbagbo, durant son mandat, sans être inquiétés.
Yacouba Gbané

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