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03/11/2011

Kouassi Ouraga Bertin, chef du village de Mama : “Nous demandons la libération de notre fils”



Source : Notre voie du 03/11/2011 Auteur: Benjamain koré

Le chef du village de Mama, Kouassi Ouraga Bertin, se prononce sur la détention de Laurent Gbagbo, fils de Mama. Il explique comment les populations ont subi le changement brutal de régime et dit ses vérités sur la Cour pénale internationale (Cpi).

Notre Voie : Le Président Laurent Gbagbo est en prison à Korhogo depuis son arrestation ? le 11avril 2011. Vous, chef du village de Mama, son village natal, quelle est votre opinion sur sa détention ?

Kouassi Ouraga Bertin : Le souhait d’un père est de voir son fils libre et jouir de ses droits. Notre fils et frère Laurent Gbagbo a été arrêté et se trouve en prison avec de nombreux Ivoiriens, et beaucoup d’autres vivent toujours en exil. Des mandats d’arrêt sont lancés contre beaucoup d’entre eux. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est gouvernée par un nouveau chef de l’Etat. En politique, un Président est toujours changeable. C’est-à-dire quand un Président part, un autre arrive. Ainsi, nous avons connu Houphouet, Bédié, Guéi et Gbagbo. Mais partir du pouvoir est une chose. Et comment en partir en est une autre. En Afrique, on utilise la violence pour enlever les gens au pouvoir quand on sait que ces gens travaillent bien pour leurs peuples et qu’ils peuvent être réélus. C’est arrivé, Gbagbo est en prison. Mais, nous ses parents, notre souhait est de le voir retrouver sa liberté.

N.V. : Vous souhaitez le voir libre, mais les nouvelles autorités ne cachent pas leur volonté de le traduire devant la justice. Comment trouvez-vous leur démarche ?

K.O.B. : Si les nouvelles autorités ivoiriennes tiennent à juger Gbagbo, nous demandons qu’il soit jugé selon les lois ivoiriennes. Si les autorités ivoiriennes veulent juger Gbagbo, alors nous disons qu’il ne doit pas y avoir un jugement spécifique. Au-delà, nous nous demandons toujours de quoi on accuse Gbagbo et pourquoi on veut le juger. Nous nous interrogeons toujours sans trouver la raison.

N.V. : Les autorités accusent Gbagbo d’avoir commis des crimes de sang dans la crise post-électorale qui relèvent selon elles de la compétence de la Cour pénale internationale (Cpi). Ne pensez-vous pas que ces accusations sont suffisamment graves ?

K.O.B. : Sincèrement, Gbagbo que je connais, je ne crois pas qu’il soit capable de verser une goutte de sang. Si tel était le cas, nous disons que Gbagbo ne doit pas avoir un jugement spécifique. Si nos autorités estiment qu’il a commis des crimes de sang, alors nous demandons que soient également jugés tous ceux qui ont tué depuis 2002 jusqu’à ce 30 octobre 2011 où vous êtes avec nous. Nous ne nous opposons pas aux nouvelles autorités du pays. Mais nous demandons : qu’est-ce que Gbagbo a fait dans la crise post-électorale que les autres n’ont pas fait ? Qu’est-ce que Gbagbo a fait dans la crise post-électorale que les autres ne continuent pas de faire ? Nous n’avons rien contre le Président Alassane Dramane Ouattara, mais nous voulons savoir pourquoi on s’acharne sur Gbagbo seulement.

N.V. : Pourquoi pensez-vous que c’est un acharnement sur Gbagbo ?

K.O.B. : C’est vraiment un acharnement. Parce que, ici à Mama, la résidence de Gbagbo n’existe plus que de nom. Il ne reste que le bâtiment. La résidence de Gbagbo a été mise à sac. Dites-nous à quel autre Président ivoirien, on a fait ça !

N.V. : C’est Gbagbo qui fait l’objet de poursuite parce que les autorités pensent que c’est par lui que les gens ont été tués. Ces accusations ne sont-elles pas graves à vos yeux ?

K.O.B. : Pourquoi on accuse uniquement Gbagbo d’avoir commis des crimes ? Pourquoi on ne remonte pas à 2002 ? Pourquoi on n’ouvre pas les yeux sur les crimes qui ont été commis à l’Ouest ? L’Ouest ne fait-il pas partie de la Côte d’Ivoire ? Tout le monde doit aller à la Cpi et on verra qui restera là-bas et qui reviendra. Ici, des populations que nous avons accueillies sur nos terres nous ont attaqués et continuent de nous séquestrer. Des gens sont morts en brousse. Moi qui vous parle, j’ai fait 16 jours dans la forêt ; je me cachais. Et j’ai tout perdu, mes deux voitures et mes bêtes. Mais ce que j’ai perdu ne vaut pas l’emprisonnement de Gbagbo. Des gens qui avaient quitté le village, il y a 5 ou 10 ans reviennent occuper nos terres. Nous sommes envahis par des dozos (chasseurs traditionnels malinké pro-Ouattara, supplétifs des Frci, ndlr) qui circulent nuit et jour dans nos villages et forêts. Ils nous séquestrent et nous terrorisent. On nous a arraché nos fusils de chasse de type calibre 12 et ces armes ont été remises à des gens qui nous séquestrent. On veut nous anéantir.

N.V. : A vous entendre, on a le sentiment que vous avez gros sur le cœur…

K.O.B. : Nous n’avons pas peur, nous n’allons pas fuir. Nous ne menaçons pas, mais c’est un cri de cœur. Nous demandons qu’on libère notre frère Gbagbo. Il y a un proverbe qui dit : quelle que soit la laideur du petit du chimpanzé, son père l’aime. Tout le village de Mama veut son fils. Si on nous le permettait, c’est tout le village de Mama qui irait à Korhogo pour voir Gbagbo.

N.V. : Ne craignez-vous pas qu’on assimile votre position à un sentiment de rejet des nouvelles autorités ivoiriennes ?

K.O.B. : Non ! Loin de là. Nous n’avons jamais renié le Président Ouattara. Nous n’avons jamais renié Guillaume Soro, qui est un enfant. On dit que tous les chemins mènent à Rome. Il a pris son chemin. Alassane Ouattara est Président. Nous adhérons à sa politique, mais nous voulons qu’on allège nos souffrances. Nous voulons qu’on libère Gbagbo pour qu’il vienne vivre avec nous ici à Mama.

N.V. : Le chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara, prône le pardon et exhorte à la réconciliation nationale. Etes-vous disposé à vous y impliquer malgré votre demande de libération du Président Gbagbo ?

K.O.B. : Nous sommes engagés dans la voie de la réconciliation. Nous étions à Yamoussoukro à l’investiture du Président Ouattara. Nous étions plus de 100 chefs de Gagnoa à rencontrer l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny pour lui dire que nous le soutenons. Mais nous avons demandé la libération de Gbagbo et de tous les autres prisonniers. Nous demandons qu’on permette le retour des exilés. Actuellement, il est impossible d’aller voir Gbagbo en prison et on veut nous réconcilier. Cela ne nous plaît pas. Qu’on libère Gbagbo et tous les prisonniers pour aller à la réconciliation nationale n





Interview réalisée à Mama (Ouragahio) par Benjamin Koré

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