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31/01/2012

Ouattara à Paris : une prise de parole problématique, par Théophile Kouamouo



Source : Le Nouveau Courrier du 31/01/2012

Décidément, il faut se rendre à une évidence. Anne Méaux, patronne de l’agence de communication Image 7, qui corrompait les patrons des médias français pour le compte du dictateur tunisien déchu Zine El Abidine Ben Ali, selon des révélations du Canard Enchaîné, et dont le client africain le plus en cour actuellement à Paris est Alassane Ouattara, fait du bon boulot. A chacune des (très nombreuses) visites en France de l’homme qui dirige aujourd’hui la Côte d’Ivoire, elle lui obtient nombre d’interviews et de plateaux télé. Du coup, l’on peut avoir l’impression (fâcheuse) que Ouattara s’exprime bien plus lorsqu’il est sur les bords de Seine que quand il se trouve sur les rives de la lagune Ebrié.

Anne Méaux assure une bonne visibilité médiatique à son client. Mais ses conseillers politiques gagneraient à s’inquiéter de toute urgence de la qualité de sa prise de parole. En effet, Alassane Ouattara, à chaque fois qu’il se trouve à l’étranger, porte de violents coups de hache à la cohésion nationale, et finit par dévaluer la parole présidentielle par ses approximations et ses incessants règlements de comptes politiciens s’affranchissant sans scrupules de la vérité historique. L’on se souvient ainsi qu’il avait affirmé, lors d’un séjour aux Etats-Unis, qu’Hermann Aboa avait appelé au meurtre des gens du Centre et du Nord dans son émission télévisée – ce qui était absolument faux – et que Laurent Gbagbo se trouvait dans la résidence présidentielle de Korhogo dans le cadre de sa détention – ce qui était tout aussi faux. Lors de sa visite d’Etat à Paris, l’ancien directeur général adjoint du FMI a récidivé.
Le génocide selon Alassane Ouattara

«Je viens d'abord remercier le président Sarkozy et son gouvernement pour l'intervention menée en avril sous mandat des Nations unies. Sans elle, il y aurait eu, en Côte d'Ivoire, un génocide pire qu'au Rwanda. Abidjan, c'est 6 millions d'habitants. Tel que c'était parti, on aurait pu avoir un million de personnes assassinées», a dit Ouattara au Monde. On ne relèvera pas la légèreté avec laquelle il manipule les chiffres pour frapper les esprits et joue de la politique-fiction mortifère. On oubliera de dire que c’est ce type de propos qui fonde les discours sur la barbarie noire et la mission civilisatrice blanche. On fera semblant d’ignorer que le seul génocide qui a eu lieu dans l’Afrique contemporaine s’est déroulé, au Rwanda, sous les yeux de l’armée française…

L’histoire nous apprend que les génocides sont des drames particuliers qui ont certaines caractéristiques : ils visent à faire disparaître une communauté ; ils sont préparés idéologiquement, logistiquement, et militairement sur une longue durée. Contre quelle ethnie ivoirienne un projet de génocide était-il donc mis en œuvre ? Par qui était-il mis en œuvre ? Comment ce projet s’est-il manifesté ? Il n’est absolument pas sérieux de prétendre des choses pareilles sans avoir répondu clairement à ces questions. Il est irresponsable de vouloir s’assurer le soutien inconditionnel d’un groupe ethnique en lui faisant croire qu’il a été – et donc qu’il est – menacé d’extinction. De plus, on a beau lire de fond en comble les rapports des organisations internationales de défense des droits de l’Homme sur la Côte d’Ivoire, l’on ne trouve nulle trace d’actes d’épuration ethnique lors de la guerre postélectorale en dehors de ce qui s’est passé dans l’Ouest ivoirien contre les Guérés. C’est là-bas que des milliers de personnes ont été triées sur la base de leurs cartes d’identité et exécutées. C’est là-bas que des villages entiers ont été incendiés, que les habitants ont été chassés, que les greniers ont été brûlés, que de nouvelles populations ont remplacé les anciennes. Interrogé à ce sujet par des journalistes français, Ouattara n’a cessé d’invoquer l’argument des affrontements interethniques, histoire de noyer la responsabilité des FRCI dans des considérations sociologiques alambiquées…
Le concept dangereux de «rattrapage ethnique»

Interrogé par L’Express sur la nomination de ressortissants du Nord à des postes-clés, Ouattara a répondu ceci : «Il s'agit d'un simple rattrapage. Sous Gbagbo, les communautés du Nord, soit 40 % de la population, étaient exclues des postes de responsabilité». Une fois de plus, les chiffres sont utilisés de manière légère pour servir une thèse douteuse. Mais ce n’est pas le plus important. Est-ce le rôle d’un chef de l’Etat d’alimenter le dolorisme ethnique qui aujourd’hui justifie toutes les dérives ? Quelles études scientifiques permettent à Ouattara d’affirmer qu’il y avait hier exclusion là où les personnalités les plus en vue de l’Etat réflétaient bien mieux la diversité nationale que ce que l’on voit aujourd’hui ? De plus, si l’exclusion d’une partie des Ivoiriens était avérée, la correction ne devrait-elle pas venir d’une politique transparente d’affirmative action dont un des objectifs serait notamment l’augmentation des taux de scolarisation, plus bas que la moyenne nationale, des fameuses «communautés du Nord» ? Laurent Gbagbo, dans son programme, prévoyait la réouverture des internats de jeunes filles dans les régions septentrionales du pays. A part la cession de la force publique à des «comzones», caporaux quasi analphabètes bardés de gris-gris au nom du «rattrapage», que propose Ouattara ?

La question de la liquidation des banques publiques

«Nous allons procéder à la liquidation des banques publiques. C’est ce que nous avons fait il y a 20 ans, malheureusement ces banques publiques sont revenues au premier plan. Je ne pense pas que la place de l’Etat soit nécessairement dans les banques. Nous allons donc, à nouveau, procéder à la liquidation des banques publiques qui s’apparentent souvent à des caisses pour les hommes politiques. L’Etat va se concentrer sur ses missions régaliennes», a affirmé Alassane Ouattara face au patronat français. Une fois de plus, la diabolisation de l’adversaire est instrumentalisée par Ouattara pour masquer un projet fondamentalement antinational – le fait que l’annonce soit faite notamment devant les patrons des banques françaises, est à ce titre révélateur.

Déjà, il faut remarquer que la seule banque d’Etat historique qui existe en Côte d’Ivoire est la Banque nationale d’investissement (BNI), anciennement Caisse autonome d’amortissement (CAA). Elle n’a pas été dissoute sous Ouattara quand il était Premier ministre, et elle a pris de la valeur entre 1993 et aujourd’hui. En cas de privatisation, elle vaudra donc plus cher que ce qu’elle aurait valu si elle avait été liquidée sans ménagement. La Versus Bank et la Banque pour le financement de l’agriculture (BFA) sont entrées dans le giron de l’Etat parce qu’elles étaient menacées dans leur survie, et parce qu’il ne fallait pas créer un effet domino en les laissant s’effondrer en pleine crise financière mondiale. Au Nigeria, dans les pays occidentaux, les gouvernements ont fait la même chose.
Dans le fond, l’histoire récente de la Côte d’Ivoire nous montre que les banques privées peuvent devenir frileuses en cas de crise grave. Si la BNI n’existait pas, certaines obligations de l’Etat n’auraient pas été honorées après le déclenchement de la rébellion. Est-ce être prévoyant que de se priver d’un tel instrument dans un pays qui demeure fragile ? Par ailleurs, alors que la Côte d’Ivoire ne peut manier l’arme monétaire pour mettre en œuvre une politique de relance économique, peut-elle se priver de banques qui peuvent appuyer sans rouspéter des programmes comme le Fonds national de soutien (FNS) soutenant les emplois-jeunes, ou des initiatives en faveur du vivrier ou des artisans ? Ce qui est amusant dans tout cela, c’est qu’au moment où Ouattara se glorifie de livrer le secteur financier de son pays à la voracité des multinationales, son ami Nicolas Sarkozy annonce, dans le cadre d’une interview télévisée surmédiatisée, la création d’une banque publique destinée à soutenir l’industrie, qui sera une filiale de l’Oseo, tout aussi publique, qui appuie déjà les PME. De son côté, François Hollande annonce que s’il était élu, il mettrait en place une Banque publique de l’investissement (BPI). Un drôle d’économiste préside aux destinées du pays des Eléphants…


30/01/2012

Avant la sortie de son nouveau livre Dr. Boga Sako Gervais : "Gbagbo ne mérite pas la CPI"


Source : L'Inter : Du 30/01/2012
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Dr. Boga Sako Gervais est bien connu comme l’un des principaux acteurs des organisations de défense des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire. Après avoir fondé et présidé aux destinées de l’Association pour la protection des droits humains (APDH), il a créé en 2010 la FIDHOP (Fondation ivoirienne pour les droits de l’Homme et la vie politique). Suite à la crise postélectorale, il s’est réfugié dans un pays européen. Depuis son lieu d’exil, Dr. Boga Sako Gervais a publié un livre intitulé «La Guerre d’Abidjan n’aurait jamais dû avoir lieu». Avec comme sous-titrage : «Et si M. Sarkozy avait trompé le monde entier sur la crise ivoirienne de 2010 ?» Avant la sortie officielle de ce livre, ce samedi 28 janvier 2012, il assène dans cet entretien, ses vérités sur le conflit postélectoral en Côte d’Ivoire.

La guerre d’Abidjan n’aurait jamais du avoir lieu ». Pourquoi cette propension à vouloir, mordicus, écrire alors que l’on attend de vous des actions concrètes ? Et comment êtes vous venue l’idée d’écrire ?

Dr Boga Sako Gervais : En ce début d’année 2012, permettez-moi d’abord de renouveler ma compassion la plus profonde à toutes les familles ivoiriennes, sans distinction aucune, qui ont été les principales victimes de la crise atroce que notre pays a connue, fin 2010 et début 2011. En tant que leader d’opinion engagé, acteur ou activiste passionné des Droits de l’Homme au sein de la société civile, ce livre représente ma part de responsabilité vis-à-vis des milliers de morts et de blessés de la crise ivoirienne de 2010. Cependant, au-delà du pardon que nous devons demander au peuple, je continue de dénoncer et de condamner toutes les graves violations des Droits de l’Homme que nous avons vécues. « La guerre d’Abidjan n’aurait jamais dû avoir lieu » est mon second livre. Le premier a été publié chez l’Harmattan, en France, ce deuxième est publié en Italie, lors de mon séjour après ma sortie du pays en juin 2011. Il me fallait écrire, afin d’éclairer le monde entier, qui a été berné par le Président français Nicolas Sarkozy. D’où le sous-titre du livre : « Et si M. Sarkozy avait trompé le monde entier sur la crise ivoirienne de 2010 ? » Ce sont les éléments de l’enquête réalisée par les membres de notre Fondation ivoirienne pour les Droits de l’Homme (FIDHOP) sur cette élection de 2010, des témoignages avec lesquels je suis sorti du pays, et que j’ai enrichis et embellis. Je veux que toute la vérité soit rétablie dans la crise ivoirienne à travers ce livre. Je tiens à ce que les vrais auteurs des pires violations des Droits de l’Homme dans cette crise soient connus !

Regrettez-vous de n’avoir pas pu faire assez pour que la Côte d’ivoire soit épargnée de cette guerre ?

B.S.G : Ecoutez, je me reproche beaucoup, en tant qu’être humain ; je ne suis qu’un pauvre pécheur ! Mais dans cette crise-là, je crois, devant Dieu et grâce à Lui, avoir fait ce qu’un modeste citoyen et membre de la société civile comme moi, qui n’est ni membre d’un parti politique, ni Président de la République, ni Ministre, ni député, ni maire…, pouvait faire. J’ai vu le danger venir, j’ai prévenu, j’ai averti et j’ai alerté. Mais en vain ! Lorsque la Cedeao a évoqué la première fois l’idée d’une intervention militaire dans notre pays à travers l’Ecomog, alors je me suis révolté et avec des collègues de la société civile, j’ai porté une plainte devant la cour de justice de la Cedeao. Ensuite, je suis allé à Addis-Abeba avec Me Hervé Gouamené faire du lobbying et du plaidoyer, afin d’éviter une intervention militaire… Hélas ! La résolution de la crise par les armes s’est imposée, car c’était le choix de MM. Ouattara et Soro Guillaume, du RHDP et du Président Sarkozy. Il faut donc que les uns et les autres l’assument ; au lieu de diaboliser M. GBAGBO qui suggérait plutot le recomptage des bulletins de vote et qui a fini par se retrancher dans sa résidence à Cocody. Dans ce livre, je dévoile tout !

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Choqué par la décoration de Dominique Ouattara, Ben Soumahoro décide de restituer toutes les distinctions qu’il a reçues de la Côte d’Ivoire

Source : Telediaspora.net du 30/01/2012


Lettre ouverte à Madame le grand chancellier
de l’ordre national Mme Henriette DAGRI DIABATE
Abidjan

Objet : restitution de décorations nationales

Madame,
J’ai été choqué récemment par un acte qu’au nom de la République vous avez posé pour le compte de la vénérable institution qui vient de vous être confiée par défaut. Votre niveau d’instruction et votre laborieuse expérience politique me dispensent de vous rappeler que LA GRANDE CHANCELLERIE est placée au faîte de tout ce qui porte une part de l’honneur et de la gloire de notre pays.
Le 6 décembre 2011 vous avez élevé MADAME DOMINIQUE NOUVIAN FOLLOROUX OUATTARA à la dignité de Commandeur de l’ordre national de la République de Côte d’Ivoire. Merci de ne lui avoir pas remis les insignes et les attributs de GRAND CROIX DE L’ORDRE parce qu’alors vous auriez mérité une récompense du même nom par la communauté internationale qui vous est si chère. Je me demande encore aujourd’hui comment vous avez pu concevoir un acte aussi inutile, aussi obséquieux, posé contre le bon sens et aussi peu respectueux des valeurs et des principes républicains élémentaires. Personne ne s’imagine que même dans la nouvelle République bananière qu’est devenue la France, SARKOZY puisse se permettre d’attribuer à son épouse CARLA BRUNI la plus haute distinction de la légion d’honneur de manière aussi légère et injustifiée.Ben Soumahoro.jpg

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29/01/2012

Bernard Dadié: « Aujourd'hui ou jamais, Paris, abandonne la raison des armes! »



Source : Telediaspora.net : Du 29/01/2012


Oui, nous ressassons. Cela est bien connu. Les ex-colonisés «ressassent» quand les ex-colonisateurs «tournent la page» Mais les choses seraient-elles aussi simples ? De quels «ex» parle-t-on ? Pour excuser, en partie, l’infamie du Système colonial, des casuistes mirent en avant la responsabilité des 200 familles et de «colons brigands», puis «le régime de la honte», celui des collaborateurs de l’Allemand, Vichy. La France Libre et la Résistance à l’appel de laquelle les Nègres accoururent de partout, pour bouter dehors l’envahisseur, allaient enfin respecter l’Esprit français et les Droits des peuples si longtemps piétinés. Au lieu de quoi, nous assistâmes à la Réunion des Gouverneurs des Colonies pour annoncer qu’il n’y aurait pas d’évolution hors du bloc français.

Sékou Touré paya cher son audace…Ce qu’il arriva par la suite en Guinée, en fût, hélas, la conséquence. Nous-mêmes savons aujourd’hui ce qu’il en coûte de se vouloir homme libre dans un pays d’hommes libres. Peuple frère de Paris, sorti du XXe siècle, nous te saluons et te disons que la Liberté, l’Égalité et la Fraternité pour tous, la raison de ton héroïque combat au long des siècles, n’a jamais franchi pour nous, l’océan atlantique, qu’ont traversé tant de tes bateaux négriers. Descendants d’anciens tirailleurs et de petits cols blancs, surnuméraires ou médecins indigènes, aux salaires de misère, de paysans sans outils, dont la production est soumise aux appétits des grands groupes agro-industriels mondiaux, nous t’interpelons pour que, au-delà des «vérités officielles», tu connaisses «nos raisons».

Tes Gouvernements des bords de Seine, nous ont mandé, des siècles durant, sous la bannière de la Croix puis des Droits de l’Homme, leurs Conquérants, pour exploiter nos terres et nos hommes. 1945…1950…1960…, des dates qui rappellent tant d’occasions perdues de renouer enfin un dialogue égalitaire entre nos peuples. On avait salué avec force roulements de Tam-tam et déhanchements, la liberté et l’indépendance retrouvées. Nous les attendons toujours, avec certes un peu moins de bravos et de déhanchements…

Aujourd’hui, Paris attend toujours de nous déférence et révérence. Il mène le jeu et ne craint qu’une chose, que nous osions aller lui présenter nos doléances comme les femmes le firent pour le Roi à Versailles, tandis que les hommes ouvraient les prisons politiques et manifestaient contre les injustices et le mépris, mettant à terre toutes les Bastilles avec une violence, souvent injuste, hélas. Ne sommes-nous pas, sur papier, du moins, «libres» et «souverains» ?

C'est cette liberté-papier, de cette souveraineté-papier que nous voulons sortir; de l'ère ténébreuse de l'extension des influences de l'exploitation, toujours sous le couvert d'un douteux appui à notre développement.

Oublies-tu Paris que la grandeur d’un pays se manifeste dans le respect et l’accueil à la parole et à la culture de l’Autre et non dans l’imposition et l’expansion mercantile de la sienne ? Ne serait-il pas temps d’ailleurs de s’interroger sur les manipulations que l’Occident après l’avoir lancé, fait subir à la notion de cet «Autre» ? Nous, nous entendons, bien qu’on souhaite les étouffer, les pleurs de chacun : de ces enfants des villages qui continuent de voir leurs mères éventrées sous leurs yeux, et leurs vieux décapités, égorgés, leurs biens volés et leurs champs occupés, leurs cimetières profanés, sans qu’aucune des forces observatrices en présence n’ait tenté de leur porter secours ou même ait élevé suffisamment la voix ; de ces habitants, bloqués et affamés en leur maisons, de tous ceux, impuissants, qui ont pu constater, ici ou là, les cadavres dénudés, insultés de ces jeunes gens, sur les ponts et carrefours, balayés au matin comme des immondices, avec leur drapeau blanc, rouge de leur sang vermeil. Oui !

Les morts d'avant hier, d'hier et d'aujourdhui ne cesseront de crier et de te réclamer pleine et entière. Justice, Paris: et s'avanceront, à leur tête, après les chaînes fourmies de la traite, les "Morts pour la france" entérrés à Villeurbanne, à Chasselay et autres lieux pour veiller sur ton pays. Le minimum exigible de la justice est l'équité de traitement.

Il est dans la Hollande ;
Les hollandais l’ont pris…
Non ! Pas les Hollandais…

Enlever et déporter un homme d’État, quand il ne plaît pas, quand il gêne, est une vieille habitude de Paris. Au temps de la Conquête, Bakary Touré est enlevé et expédié au Gabon, Nana Ya Assentewa, aux Seychelles où elle s’éteint ; Samory Touré à Madagascar, Béhanzin à la Martinique puis en Algérie. En application des Droits de l’homme et du Citoyen, le Roi du Maroc est détrôné, exilé avec toute sa famille et remplacé par une créature du Glaoui de Marrakech, l’homme de la France ; le gouvernement de l’Algérie en guerre, est enlevé en plein vol ; et Bokassa, cet «Empereur» que Paris nous fabriqua, est dépouillé de tout puis interdit de séjour en Gaule. Au Nord, la force brutale, pour l’Afrique, au Sud du Sahara, on y ajoute la farce, la dérision et le mépris.

Avions qui s’écrasent, villages incendiés, leaders empoisonnés…, le temps du «brigandisme colonial», est-il passé ? Aujourd’hui un président noir qui avait refusé de tenir un langage de sujet, est expédié, en coulisse, et cadenassé dans un pays qui fut longtemps la Terre d’Asile de ceux qui refusaient le totalitarisme de la pensée. Spinoza, Descartes, réveillez-vous. On sait ce que les armées de la Révolution de 1789, après avoir aidé à la libération des peuples opprimés, firent de cette Liberté à peine entrevue, sous le Directoire puis sous le Consulat de Bonaparte.

En Guyane, un Victor Hugues, comme tant d’autres de son modèle, s’était déjà mué de Libérateur en Dictateur de la pire espèce, faisant éprouver aux populations locales, après l’esclavage et avant son rétablissement, les méthodes du Travail Forcé dont on a longtemps connu l’application dans nos colonies. Paris, la mémoire des Antilles est lourde ; elle est un miroir dans lequel il serait bon que tu t’examines avec moins de complaisance que tu ne le fais généralement, pour découvrir de quoi en certaines occasions, tu es, toi aussi, capable.

Un «Non !» sonore à un référendum et la Guinée parce qu’elle avait osé prendre sa liberté hors d’une «interdépendance», souhaitée ou plutôt imposée par la France, fut en butte à toutes les vexations. Le Portugal, l’Allemagne Fédérale, le Sénégal et la Côte d’Ivoire furent vivement sollicités pour aider à chasser Sékou Touré du pouvoir. En vain. La Guinée, à travers tribulations et souffrances put du moins sauvegarder une parties de ses richesses naturelles…à l’heure où celles de notre pays gaspillées, mais encore énormes, continuent de partir par colonnes de camions vers on ne sait quels usines de quels pays et pour accroître les fortunes de quelles multinationales ?

En cinquante, il fut conseillé au Président Houphouët, alors député, de rejoindre Paris. Ce qu’il fit. Il nous revint et se souvint que l’opposant baoulé de la première heure, Alangba avait été arrêté et fusillé à Toumodi, mais sur une pancarte plantée à l’entrée de Yamoussokro, la France remerciait ceux qui l’avaient aidée dans la conquête de ce même pays baoulé. Assinie, Grand-Bassam, Bingerville, Abidjan, avaient été, successivement, décrétées capitale et c’est par une annonce faite sur radio-Dakar que nous apprenions le transfert du siège de la dernière capitale à Yamoussokro. Si les Rois absolus de la France vivaient à Versailles, la République, elle, réintégrait ses gouvernants plus démocrates, au centre de Paris, de la grande cité, la plus peuplée, la plus turbulente ou vibre le coeur multiple d’une France plurielle.

Le séjour sur les bords de Seine, avait bridé les élans de notre Mouvement. La politique que nous avions souhaité voir s’exprimer, en phase avec nos idéaux RDA, était rejetée avant même que d’avoir été entendue, comprise. Elle gênait Paris, cela suffisait. Le Sanwi, le Guébié, Assabou et autres lieux, confirmaient que nous étions entrés dans le rang. Interdiction d’aller voir ailleurs sous peine d’être traité comme des « marrons».

Les «maquis» n’étaient que des lieux de ripailles populaires et la transgression n’y était admise qu’en musique. Place de la Bastille, chaque 14 juillet, on fête et l’on danse, toutes trompettes en délire, le droit du peuple et de chacun à la liberté et au respect des opinions, le droit à un travail décent. De l’autre côté de l’Océan, des portes des cahutes ouvertes sur la vaste mer, on aperçoit les loupiotes des barques qui tanguent au gré des colères de la masse liquide et sombre. Elles attendent leur chargement d’esclaves. Des hommes, des femmes et des enfants s’en vont, conscients du péril, ils vont «se chercher », engager leur force et leur intelligence à des trafiquants du travail : ici, la famille crie famine !

Aujourd’hui un président noir qui avait refusé de tenir un langage de sujet, est expédié, en coulisse, et cadenassé dans un pays qui fut longtemps la Terre d’Asile de ceux qui refusaient le totalitarisme de la pensée


Hier, chez toi, Paris, royauté, noblesse, bourgeoisie, strates populaires, pourtant divisés, opposés, s’unissaient contre les « exigences» des barbaresques et répondaient, outragés, à un coup de chassemouches par la conquête de l’Algérie. Paris, piqué au vif, se jetait sur l’impudent, sans que l’on songea à examiner davantage les raisons de tout cela. Haiphong, Bizerte… La litanie continue. On s’interroge, cependant.

Comment Paris, qui prétend, au nom des droits universaux au respect de la personne humaine et des peuples, peut bombarder, puis s'emparer d'un responsable politique étranger, et continuer à "suggérer", peser, presser pour que ce responsable soit enlevé à son pays "souverain"; déporté et emprisonné avant jugement. Saint Paul, citoyen romain, attendait en liberté, à Rome, l'instruction de son procès.

Nous saluons d’autant plus tous ces occidentaux et ces français, en particulier, et tous ces Africains, qui, à notre place, dénoncent, en l’occurrence, le mépris des droits des peuples.

Hier, on brûlait içi les manuels scolaires parce que l'histoire que rapportaient les indigènes n'étaient pas conforme à celle que le Pouvoir voulait voir écrite. Aujourd'hui on peut-on continuer ainsi; continuer de croire que l'Histire est une discipline molle, manipulable au gré des humeurs et des passions des hommes qui nous gouvernent?

Paris, redresseur de torts, donneur de leçons à toute la planète, prend toute une population en otage, l’affame, lui refuse les médicaments, puis la bombarde. « Dégât collatéraux » dit-il, qu’il se garde de compter et qu’il impute au parti et au leader qui ne lui revient pas… À Thiaroye, déjà, les coupables, étaient ceux qui réclamaient leurs droits. Ces hommes qui avaient laissés leur terre, leurs amours et leurs affections pour défendre la France.

Paris, tu as pourtant tes propres problèmes! Nos richesses en seraient elles la solution? Nous avons certe nos difficultés, lourdes, multiples, mais nous sommes capables de les régler sauf à penser que nous ne méritons pas notre liberté

Le 43e BIMA et les hommes politiques qui gardent l’esprit étampé par le système colonial quand bien même ils ne l’ont pas vécu dans leur chair, cesseront-ils de nous souffler des solutions qui ne provoqueront que des retards et, à terme, des éléments de division. Le cordon ombilical entre Résidences d’ici et d’ailleurs doit être coupé, sans interdire toutes autres sortes de liens d’amitié et de respect mutuels. S’il y a eu des élevages de Nègres à Saint-Domingue et des dressages de cerveaux en Côte d’ivoire, cela doit cesser.

En 40-45, «Il n’y a pas de libération sans insurrection», affirmait De Gaulle. Implacable et cynique, Hitler proclamait : «Je regarde avec calme venir le grand combat ». Et De Gaulle, avec constance et fermeté, répliquait : «Notre patrie est en péril de mort. Luttons pour la sauver. Vive la France.»

À Paris, occupé par l’Allemand ; à Vichy, la capitale dérisoire de Pétain, se disaient des prières pour certaines intentions. Les autres français, -encore, alors, une minorité-, ceux qui refusaient l’injustice, les pillages, le mépris, disaient eux aussi des prières. À notre tour, de prier le Seigneur. Avons-nous jamais cessé ?

« Sauve-nous, Seigneur, nous les Nègres, dont on fait si bon marché ici et ailleurs, sauve-nous de toute servitude dans le quartier du monde que tu nous a donné : l’Afrique ; et ailleurs… Sauve-nous d’abord de nous mêmes et de nos complexes. Chaque peuple a ses traditions et ses coutumes, sachons les habiter avec dignité, et respect les uns des autres. La colonisation et tout ce qui s’y apparente est un vol, fais que nous en soyons exempts. Ni sujets, ni maîtres. Simplement, des hommes et des femmes, riches de tous leurs héritages culturels et affectifs et de leur travail. Libres de penser par eux-mêmes. Responsables.»

Les gouverneurs et instituteurs français qui, par le passé, avaient été relevés de leurs fonctions pour avoir refusé de couvrir des crimes coloniaux et racistes, méritent notre reconnaissance. Plus nombreux furent ceux qui ont continué de jouer avec nos vies. L’humanité des êtres et des peuples qui leur font face, avant que leurs opinions politiques, n’a aucun sens pour certains individus qui entendent rester ou redevenir des « Maîtres » de notre Continent. Contre cet aveuglement, ce mensonge, ces ténèbres, la Côte d’Ivoire s’éclaire et reprend sa route pour des Temps Nouveaux, pour le transfert, dans l’égalité des nations, des sièges de pouvoir afin de développer librement nos pays et notre continent.

C'est maintenant ou jamais que Paris doit déclarer que le temps des képis et des baïonnettes est définitivement passé. On ne saurait garder ouvert le temple de Janus, mener des raids meurtriers en coupeurs des routes de terres, de ciel et de mer, sans déchaîner un jour sur son propre pays, la colère divine.

Nous avons trop aimé une certaine France pour le souhaiter ! Mais quelle France ? Celle qui s’insurgeait, et continue de le faire, contre la colonisation, contre racisme et contre toute occupation. La France de 1936, qui écoutait le Peuple. Nous ne la reconnaissons pas ou plus, dans cette France qui, tous les cinq ans, se choisit un
nouveau roi. Un souverain qui, tel Louis XIV, se croit en droit de donner des leçons au monde entier. Non plus comme vicaire divin, mais comme investi d’on ne sait quel pouvoir, venu du fond des âges, du seul fait qu’il serait né sur le sol de la Gaule et élu par les habitants de ce pays-là.

Les Français ignorent ils que nous avons été, comme eux, portés neuf mois dans le ventre de nos mères et que nous avons tous, comme eux, quatres membres et un cerveau doté d'autant de circonvolutions?

Ignorent-ils, aujourd’hui, au constat de ce qui se passe dans le « tiers » monde –enfin debout-, que les pays qui ont été le moins nuisibles aux peuples qu’ils ont voulu soumettre, sont ceux qui ont le moins colonisé ?

Aujourd'hui ou jamais, Paris, abandonne la raison des armes!

Bernard B. Dadié
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27/01/2012

Ouattara en France : comme au temps de la Françafrique ?

Source : Telediaspora.net : Du 27/01/2012


(Le Nouvel Observateur ) Cela faisait un petit moment que Nicolas Sarkozy n'avait pas accueilli un chef d'Etat avec un tel faste. De son arrivée à l'aéroport d'Orly mercredi 25 janvier à son diner d'Etat à l'Elysée le lendemain, le parcours du président ivoirien, Alassane Ouattara, lors de ces trois jours de visite, a été jalonné d'intentions toutes particulières.

Le journal ivoirien "L'expression" rapporte avec fierté les honneurs rendus à leur président : "Cinq sections de l'armée française ont été mobilisées. Trois de l'armée de l'air, une de la marine nationale et une des forces paramilitaires."

A son arrivée à l'aéroport, accueilli par le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, le ministre de la Défense, Gérard Longuet, au "son de musique de la garde républicaine", le chef d'Etat étranger a passé en revue les troupes. Ensuite, il a rallié la place des Invalides à bord "d'un hélicoptère présidentiel escorté par deux autres hélicos de combat".

De la place, Alassane Ouattara est monté à bord "d'une Citroën hors série blindée escortée par une centaine de motards de la police et de la gendarmerie. Le point de chute étant l'hôtel cinq étoiles Le Meurice où il a pris ses quartiers." Au programme de jeudi, le chef d'Etat ivoirien s'est rendu sur la tombe du soldat inconnu avant de remonter l'avenue des Champs-Elysées décorée aux couleurs des deux pays, sous escorte de la cavalerie. Sur le plan des symboles, Paris a décidé de frapper fort.

A l'ancienne

"On a l'impression que la France a accueilli Houphouët Boigny (premier président de la Côte d'Ivoire et acteur de la Françafrique, ndlr) au temps de la guerre froide!", s'étonne Antoine Glaser, ancien rédacteur en chef de "La lettre du continent", spécialiste de l’Afrique. "Il y a quelque chose de très rétro qui ne correspond pas à la mondialisation de l'Afrique. C'est un accueil anachronique, d'un autre temps".

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Depuis Odienné, Simone Gbagbo parle aux Ivoiriens (exclusif)

Source : Le Nouveau Courrier du 27/01/2012


Arrêtée en même temps que son époux le président Laurent Gbagbo, Simone Ehivet Gbagbo est détenue à Odienné depuis le 12 avril dernier, dans la résidence de l’ex-chancelier où elle passe ses journées entre prières et méditation de la Bible, lecture et les films comiques ivoiriens. Aujourd’hui, la présidente du groupe parlementaire Fpi lance un message fort aux Ivoiriens depuis sa prison d’Odienné.

C’est une femme moralement forte, même si depuis près de dix mois elle n’a pas revu ses enfants. La Première Dame Simone Ehivet Gbagbo n’a rien perdu de sa sérénité et de son assurance. Si elle avait parue amaigrie, il y a quelques mois sur les images qu’il avait été donné de voir, à l’occasion d’une des visites de son conseil d’avocats, aujourd’hui la députée d’Abobo semble avoir pris quelques kilos en plus, nous apprend notre source. Elle témoigne de ce qu’elle est bien traitée depuis son arrivée à Odienné. Même si une prison demeure une prison, malgré tout. Ses proches lui manquent. En ces moments de montée de violences perpétrées par des pro-Ouattara, elle a insisté sur le fait que les Ivoiriens doivent pardonner et ne pas avoir un souci de vengeance.
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L’universitaire Albert Bourgi dénonce le couple Sarkozy-Ouattara

Source : Le Nouveau Courrier : Du 26/01/2012


Les préparatifs et le déroulement du voyage officiel de Ouattara à Paris relèvent de la politique spectacle, notamment par la couverture médiatique, bien ordonnée, qui l’entoure. Comment expliquez-vous cela ?

Il y a dans ce que vous venez de dire une volonté des autorités françaises de justifier, au nom d’une prétendue démocratie, la brutalité de leur intervention militaire de l’an dernier, en Côte d’Ivoire, et les scènes ignobles qui ont entouré l’arrestation de Laurent Gbagbo ainsi que les violences exercées par l’ex-rébellion sous les yeux des militaires français.

Aujourd’hui, l’argument de la démocratie brandi pour illustrer un soi disant changement de la politique africaine de la France est balayé par le climat de terreur instauré par les milices gouvernementales. On peut dire, à partir de témoignages fiables, que la peur règne sur la ville d’Abidjan et, qu’on soit partisan ou non de Gbagbo, tout le monde est soumis au même régime de violence aveugle imposé par les Forces républicaines de sécurité, les FRCI.

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25/01/2012

Notre Voie au cœur de La Haye-Pascal Turlan, Conseiller du procureur Ocampo : “Les juges ont entendu Laurent Gbagbo”

Source : Notre voie du 25/01/2012

La demande d’une interview que Notre Voie a adressée au Procureur Luis Moreno Ocampo de la CPI, en début janvier dernier, a eu rapidement une réponse favorable. Sauf que, n’ayant pas les moyens de s’exprimer en français, le Procureur de la CPI a désigné son Conseiller, un spécialiste du droit pénal international, M. Pascal Turlan, pour répondre à nos préoccupations. Qu’importe ! M. Turlan est en réalité la personne la mieux indiquée puisqu’il est Français et Conseiller en coopération internationale au Bureau du procureur de la CPI, Division compétence, coopération et complémentarité. Il a rejoint ce Bureau en 2003, comme analyste. Mais ce qui nous intéresse le plus, c’est qu’au sein du Bureau, il suit plus spécialement la situation en Côte d'Ivoire et dans les Grands Lacs, en particulier les enquêtes en République Démocratique du Congo et en République Centrafricaine. Dans l’interview qu’il a accordée à James Cénach, notre correspondant Europe, toutes les questions que vous vous posez sur la CPI et la déportation du président Laurent Gbagbo lui ont été posées. C’est avec un réel plaisir que nous vous proposons la première partie de cet entretien entre deux spécialistes du droit.
Notre Voie : Arrêté le 29 novembre 2011 à 13h 45, à la demande de la CPI, Laurent Gbagbo était le même jour, à 18 h, dans l'avion pour La Haye. Alors que Callixte Mbarushimana, arrêté à votre demande en France en octobre 2010, ne vous a été remis que trois mois plus tard, le 25 janvier 2011, après épuisement de tous les recours que la loi lui offre. La célérité dans le cas du président Gbagbo ne cache-t-elle pas une violation des droits de l'intéressé ?
Pascal Turlan (du Bureau du Procureur) : En réalité, cette question devrait être posée aux autorités ivoiriennes plutôt qu'à nous. Ce sont en effet les autorités nationales qui sont en charge d'exécuter les mandats d'arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI). Comme vous connaissez le système, le Bureau du Procureur enquête et fait une demande de mandat d'arrêt aux juges de la CPI qui décident ou non d'émettre un mandat d'arrêt. En l'occurrence, ils ont décidé d'émettre un mandat d'arrêt. Ce mandat d'arrêt est notifié aux autorités nationales qui procèdent à l'arrestation de la personne et à son transfèrement.Gbagbo CPI Juges.jpg

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24/01/2012

Côte d’Ivoire : la réconciliation au piège du mensonge, par Théophile Kouamouo


Source : Le Nouveau Courrier duTheophile Kouamouo.jpg 24/01/2012


C’est un éditorial de notre confrère – et aîné – Venance Konan. Dans lequel il raconte ses conversations avec deux de ses amis, un entrepreneur tunisien et un journaliste français de passage en Côte d’Ivoire. Des conversations qui semblent produire en lui une sorte de prise de conscience sur la profondeur du fossé qui sépare désormais ses compatriotes. Le journaliste français, nous explique-t-il, lui a raconté ce qu’il a vu et entendu à Duékoué. Des choses que, de manière assez curieuse, Venance Konan semblait ignorer. «Ce confrère m’a aussi parlé des villages détruits, des personnes vivant dans des camps ou au Liberia et qui ne peuvent rentrer chez elles parce qu’elles n’ont plus de maison. Et je me suis alors demandé si, dans l’optique de la réconciliation, l’État ne pourrait pas reconstruire les villages détruits, afin que ceux qui n’ont plus de toit puissent rentrer chez eux. Surtout qu’il ne s’agit pas de construire des villas, mais souvent de simples cases. Pourquoi, au nom de la solidarité, ne demanderait-on pas, par exemple, aux Ivoiriens d’apporter leur contribution pour la reconstruction de ces villages ?» Fallait-il qu’un journaliste français vienne à Abidjan pour que Venance Konan prenne conscience du drame des déplacés internes, chassés de leurs villages par la violence des FRCI et des Dozos pro-Ouattara ? N’a-t-il donc pas entendu parler de l’infâme réaction du gouvernement qu’il soutient, qui a fait pression pour que ces déplacés n’ayant plus de villages soient chassés des camps qui les recueillaient, sans le moindre appui gouvernemental ? N’a-t-il donc pas entendu la réaction de désapprobation de la communauté des humanitaires ?

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Avant la visite de Ouattara : Des diplomates français font des confidences



Source : L'Inter : 24/01/2012


Le président de la République, Alassane Ouattara, sera en visite officielle en France du 25 au 27 janvier prochains où il doit rencontrer son homologue et ami personnel, Nicolas Sarkozy. Si dans les couloirs de l’Élysée, cette visite est préparée avec soin-c'est la première en 10 ans-, on n'hésite pas à justifier le soutien de la France à la Côte d'Ivoire par une volonté de « faire avancer la démocratie sur le continent africain ». C'est ce qui ressort des confidences des diplomates à Paris ; confidences reprises par l'Agence France presse (AFP), hier lundi 23 janvier 2012. « La France, qui reçoit le président ivoirien Alassane Ouattara avec faste cette semaine, veut voir se concrétiser les promesses d'une démocratisation de l'Afrique au nom de laquelle elle a engagé les armes à Abidjan au risque de nourrir un vieux procès en ingérence », indique l'AFP, qui cite une source diplomatique. Laquelle source poursuit : « Le principe qui domine aujourd'hui est le soutien à des processus (démocratiques), pas à des hommes". La visite d’État du nouveau président ivoirien de mercredi à samedi, assure-t-on à Paris, « montre l'attachement de la France à la démocratie en Afrique ». Un continent où « les progrès de la démocratie sont incontestables », a réaffirmé, le vendredi 20 janvier 2012, Nicolas Sarkozy, dans ses vœux au corps diplomatique. C'est donc au nom de la défense de ces principes démocratiques que la France a engagé ses troupes en Côte d'Ivoire pour faire respecter le verdict des urnes. C'est également au nom de la consolidation de cette démocratie qu'elle se tient aux côtés de ce pays pour l'aider à remonter la pente, après une crise post-électorale particulièrement sanglante. L'intervention de la France dans le dossier ivoirien a été très critiquée par des pays africains, mais, aux yeux des dirigeants français, elle se justifiait pleinement. « On nage encore en plein fantasme sur la puissance de la France en Afrique », soutient l'AFP, qui cite un diplomate. Quant à Antoine Glaser, spécialiste des relations franco-africaines, il a indiqué à l'AFP que « la crise ivoirienne a fait régresser la France dans sa volonté de sortir de son pré-carré ». Pour lui, « elle est intervenue militairement en Côte d'Ivoire le dos au mur, mais elle est intervenue, créant une situation qui peut être à son avantage pour la défense des intérêts économiques français mais qui entretient l’ambiguïté dans sa relation au continent ». Antoine Glaser pense que la France a besoin des voix des alliés africains à l'ONU, ce qui fait qu'elle a, à cet effet, du mal à sortir « d'une politique d'accompagnement ». A Abidjan, on salue cette visite à Paris du président ivoirien d'autant plus que la France, plus qu'un partenaire, est un « ami ». Alassane Ouattara, qui tente de reconstruire des relations décomplexées avec Paris, ne s'occupe guère des critiques anti-impérialistes de ses opposants. « Le chien aboie, la caravane passe », avait-il indiqué au cours de l'une de ses interventions. Une sortie qui résume tout un programme.

Y.DOUMBIA