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01/03/2012

Situation en Côte d’Ivoire / Affaire le procureur de la CPI contre Laurent Gbagbo : Me Emmanuel Altit déshabille Luis Moreno-Ocampo


Source : L'Intelligent d'Abidjan du 01/03/2012

Voici les observations de la défense sur la requête du Procureur aux fins de faire avaliser par la Chambre, des expurgations proposées en vertu des Règles 81(2) et 81 (4) du Règlement de procédure et observations sur la «mise à jour d’autres mesures de protection».

Faits et Procédure
Le 14 décembre 2011 a eu lieu une audience de mise en état qui portait sur les procédures de divulgation et notamment sur les modalités d’expurgation. Lors de cette audience de procédure, le Juge unique décidait qu’une «proposition conjointe […] du système […] de divulgation à adopter par la Chambre» 1 devait être présentée à la Chambre à la suite de «réunions»2 entre l’Accusation et la défense. Les parties se réunirent le 20 décembre 2011. Il fut convenu, concernant les modalités d’expurgation, que : L’expurgation des éléments à décharge se ferait par le biais d’échanges inter partes ; tout besoin de clarification se ferait d’abord de manière informelle puis devant la Chambre en cas de problème ; L’expurgation des éléments à charge serait soumise, dans un premier temps, à un contrôle judiciaire effectué au cas par cas. Dans un second temps, si les échanges se déroulent sans heurt, la défense étudierait toute simplification de la procédure des échanges ; à condition qu’une notice explicative accompagne les échanges. La défense avait en effet demandé au Bureau du Procureur que les documents à charge soient accompagnés d’une notice expliquant les raisons de l’expurgation afin qu’elle puisse disposer d’une base pour discuter les expurgations. Cette notice ou toute autre explication appropriée était l’une des conditions mise par la défense à l’acceptation du système négocié avec le Procureur. Le Bureau du Procureur soumit, le 12 janvier 2012, une requête dans laquelle il demandait à la Chambre d’avaliser l’accord entre les parties alors même que des points importants, qui étaient la condition même d’un accord, restaient en suspens, notamment concernant les modalités d’expurgation. L’équipe de défense du Président Gbagbo saisissait à son tour la Chambre, le 13 janvier 2012, afin de lui exposer de la manière la plus précise possible l’état des discussions. Le 24 janvier 2012, le Juge Unique décidait que les demandes d’expurgation du Procureur devaient être soumises, dans un premier temps, à un contrôle judiciaire effectué au cas par cas 3. Le Juge Unique ajoutait que le Bureau du Procureur était désormais tenu d’informer la Défense de l’existence d’une demande d’expurgation concernant une information dont la divulgation pourrait porter préjudice aux enquêtes en cours ou futures4. En outre, le Juge demandait au procureur d’indiquer à la défense les fondements légaux et factuels qui sous-tendent sa demande d’expurgation, et ce de la manière la plus complète et détaillée possible5. Le Juge Unique ordonnait aussi au Procureur de soumettre à la Chambre le plus tôt possible et au plus tard le 10 février 2012 toute demande d’expurgation portant sur les éléments de preuve recueillis avant le 25 octobre 2011 et sur lesquels le Procureur aurait eu l’intention de se fonder lors de l’audience de confirmation des charges. Le 13 février 2012, la défense était avisée du dépôt par le Procureur d’une première demande à la Chambre afin de faire avaliser les expurgations proposées en vertu de la Règle 81(2) et 81 (4) du Règlement de procédure et de preuve 6. Cette requête portait également sur une mise à jour d’autres mesures de protection. À aucun moment l’équipe de défense du Président Gbagbo n’a été informée préalablement par le Bureau du Procureur de l’existence et du dépôt d’une telle demande, contrairement à la décision du Juge Unique du 24 janvier 2012 7. Conformément à la décision du Juge Unique du 24 janvier 2012, la défense saisit par la présente la Chambre afin de lui exposer ses observations sur les demandes d’expurgation du Procureur et sur ce qu’il appelle la «mise à jour d’autres mesures de protection».

Discussion
1. Sur l’obligation du Bureau du Procureur d’informer la défense de l’existence d’une demande d’expurgation et de lui indiquer les fondements juridiques et factuels qui sous-tendent les demandes d’expurgation de la manière la plus détaillée possible.
Dans sa décision établissant un système et un calendrier de divulgation du 24 janvier 2012 (ci-après la Décision du 24 janvier 2012) le Juge unique a ordonné au Procureur d’informer préalablement la défense de l’existence d’une ou de plusieurs demandes d’expurgation qu’il compterait déposer et de lui indiquer de la manière la plus détaillée possible des fondements juridiques et factuels qui sous-tendent cette ou ces demandes 8. En l’espèce, d’une part le Procureur n’a pas informé la défense de ce qu’il comptait adresser à la Chambre des demandes d’expurgation ; d’autre part,

il n’a pas indiqué à la défense les fondements juridiques et factuels qui sous-tendent ses demandes d’expurgation.
Par conséquent, l’Accusation n’a pas rempli ses obligations telles qu’ordonnées par le Juge Unique le 24 janvier 2012. De plus, au lieu d’énumérer les raisons justifiant la nécessité de cacher telle ou telle information particulière, le Procureur s’est contenté de solliciter de la Chambre des expurgations à caractère systématiquement, contrairement à la jurisprudence constante de la Cour et à la décision du Juge Unique du 24 janvier 2012. Ainsi, le Bureau du Procureur souhaite que soient expurgés les noms de tous les membres de son Bureau. À aucun moment, il n’explique pourquoi une telle expurgation, aussi large, serait nécessaire. De plus, il n’explique pas en quoi la divulgation de l’identité des membres du Bureau du Procureur à la défense – et non au public – pourrait créer un risque objectif pour la sécurité des membres de son Bureau ou en quoi la divulgation de ces informations serait préjudiciable à des enquêtes en cours. Il est permis de rappeler que la défense est soumise aux obligations prévues dans le code de conduite professionnelle des Conseils. Selon une jurisprudence constante, le Conseil est présumé agir, en l’absence de preuve du contraire, conformément au code de conduite professionnelle des conseils 9. Le Procureur demande aussi à la Chambre de pouvoir expurger «toute information concernant les sources du Procureur». À aucun moment, il n’explique ce qu’il entend par l’expression «sources du Procureur». S’agit-il de déclarations de témoins ? D’informations documentaires ? De sources « ouvertes » donc publiques ? Il est indispensable de comprendre ce que recouvre la notion de « source » du Bureau du Procureur ; il en va de la capacité de la défense de vérifier l’authenticité et la fiabilité des informations fournies par le Bureau du Procureur. En outre, l’absence de ce type d’information empêcherait que la défense puisse formuler et déposer une réponse construite et argumentée aux demandes d’expurgation du Procureur. De plus, de telles demandes à caractère systématique peuvent avoir pour effet de rallonger les procédures. Si la défense n’était pas en mesure de discuter les décisions d’expurgation, faute d’en connaître les raisons, elle n’aurait comme seul moyen d’action que le dépôt de requêtes contestant ces expurgations. Enfin, une demande d’expurgation à caractère systématique ne peut être acceptée car, par hypothèse si une expurgation peut se justifier dans un cas elle peut l’être moins dans un autre ou bien porter atteinte à la stratégie de la défense : l’examen au cas par cas doit être la règle. Toute démarche systématique porte atteinte aux droits de la défense et à la possibilité qu’elle a de connaître – à travers les éléments de preuve – la nature des charges envisagées par l’Accusation. Les demandes d’expurgations du Bureau du Procureur sont donc trop générales et insuffisamment motivées.

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22/02/2012

Alors qu’il vient d’être porté à la tête de la CEDEAO – Guy Labertit démasque Alassane Ouattara

Source : Le Nouveau Courrier : Du 21/02/2012

Dans cette tribune, Guy Labertit, ex-délégué Afrique du Parti socialiste français et compagnon de route du mouvement de démocratisation du continent, commente l’élection à la tête de la CEDEAO d’Alassane Ouattara, un homme qui dirige pourtant un pays sous perfusion économique et sous tutelle politique. Et dont le régime se fourvoie dans l’arbitraire et la mauvaise gouvernance.

A l’issue du dernier sommet des chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui vient de se tenir à Abuja les 16 et 17 février 2012, Alassane Ouattara en a été élu le président en exercice. Même si l’on peut penser que le tour de la Côte d’Ivoire était venu, ce n’est pas un mince paradoxe que de voir charger un chef d’Etat des différents problèmes de l’ensemble ouest africain alors que la situation dans son propre pays, la Côte d’Ivoire, est pour le moins précaire.
Les douze travaux d’Alassane Ouattara
Ses meilleurs alliés dans la sous-région sont, ou ont été récemment, contestés, que ce soit Abdoulaye Wade, candidat discuté à la présidence du Sénégal, à 86 ans officiels, ou Blaise Compaoré, à la tête du Burkina Faso depuis vingt-cinq ans et qui rêve d’un nouveau bail en 2015 ! Les crises aigues se multiplient dans la sous-région avec la déstabilisation des pays du Sahel, liée à une politique aventureuse de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Otan en Libye qui a éliminé Kadhafi, au nom de la démocratie, mais réduit à néant l’Etat dans ce pays livré à des milices antagoniques sans projet politique. Le Nigeria se déchire à travers les velléités indépendantistes dans le delta du Niger riche en pétrole au Sud et l’irrédentisme meurtrier de la secte islamiste Boko Haram qui veut chasser les chrétiens du Nord du pays. Au regard de la gestion de ces questions brûlantes, comment le nouveau président de la CEDEAO aura-t-il le temps de se consacrer aux immenses tâches qui l’assaillent en Côte d’Ivoire ? A moins qu’il ait choisi de déléguer ses affaires domestiques à ses puissants alliés extérieurs et aux institutions internationales. Cette politique de fuite en avant a quelque chose de surréaliste. Les commentaires des spécialistes africanistes qui évoquent le double axe Côte d’Ivoire/Nigéria Côte d’Ivoire/Burkina Faso au sein de la CEDEAO prêteraient à sourire si le peuple ivoirien ne continuait de vivre un cauchemar.
esmond
La Côte d’Ivoire est un pays dont l’ensemble des cadres de l’ancienne majorité présidentielle, qui représente la moitié de l’électorat, sont en prison ou en exil. Après sept mois d’enfermement inhumain à Korhogo, malgré les tristes déclarations de l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan qui le disait bien traité suite à la mascarade organisée pour sa visite en compagnie de D Tutu et Mary Robinson, le Président Gbagbo est détenu à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI) depuis le 30 novembre 2011. Le procureur Ocampo n’a toujours pas communiqué à la défense les charges qui motivent cette détention et n’a inquiété aucun des cadres du régime actuel pourtant directement impliqués dans des crimes de guerre et crimes contre l’humanité depuis la fin de l’année 2002. A signaler qu’en attendant l’audience de confirmation des charges du 18 juin, Laurent Gbagbo bénéficie d’une aide judiciaire pour organiser sa défense. Où sont donc les fonds cachés du Président que le quotidien français Le Monde du 11 mai 2011, sous la plume fertile de sa correspondante à Genève, Agathe Duparc, situait en Suisse ? Les enquêteurs de la CPI, que l’on ne peut soupçonner de complaisance pour leur détenu, n’ont, pour leur part, toujours rien trouvé. Encore un exemple de manipulations médiatiques. Dès lors, que signifie l’inculpation du Président Gbagbo par la justice ivoirienne pour « crimes économiques », lui qui bénéficie d’un aide judiciaire ? Pas besoin d’enquête approfondie pour situer les biens immobiliers des têtes actuelles de l’Etat ivoirien, A. Ouattara et Guillaume Soro.

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03/01/2012

Après les messages de fin d’année: Voici le vrai chef

Source : notre voie du 03 janvier 2012
Le journal Le Patriote a tenté hier de présenter Alassane Dramane Ouattara comme le chef qui manquait à la Côte d’Ivoire. « Enfin un vrai chef », a titré le quotidien officiel du nouveau pouvoir. Et pourtant, après huit mois d’exercice de pouvoir Ouattara s’est illustré par des actes qui démontrent qu’il n’est vraiment pas un bon chef. Car un chef c’est celui qui est respecté et dont l’autorité est reconnue. Or dans son propre camp, Ouattara n’est pas respecté par ses partisans. A titre d’exemple, après son investiture en mai 2011, Ouattara avait donné deux mois pour que ses hommes les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) entrent en caserne. Huit mois se sont écoulés et le constat est sans équivoque. Non seulement ses troupes ne sont pas encasernées, mais elles continuent de semer terreur et désolation sur toute l’étendue du territoire.
Suite aux tueries perpétrées par les Frci en décembre dernier à Vavoua, Ouattara avait aussi lancé un ultimatum de 48h à ses hommes de ne plus circuler en armes et avec les véhicules estampillés Frci dans les rues. Là encore, l’actuel chef de l’Etat n’a pas été suivi par ses hommes. Pire, ils continuent même de le défier. Puisque les éléments des Frci à bord de leurs véhicules continuent de parader partout. A Abidjan et surtout dans les villes et hameaux les plus reculés Frci et dozos sévissent toujours. Dans certains quartiers de la capitale économique, des éléments Frci chassés des barrages qu’ils tiennent et pourchassés par la police militaire reprennent leur position dès que cette unité quitte les lieux.
Un vrai chef, c’est aussi celui qui assure le bien-être de ses administrés. Or que constatons nous actuellement ? Malgré la crise qui frappe de plein fouet le pays, et bien que les marchés soient abondamment ravitaillés, les prix des denrées alimentaires (riz huile, viande) ne cessent de flamber chaque jour. Un vrai chef c’est aussi celui qui sait pardonner, qui a le dos large et qui est toujours animé d’un esprit de dialogue. Ce qui n’est pas le cas chez Ouattara qui refuse de dialoguer avec son opposition. Depuis le mois d’avril 2011, ses adversaires politiques et même des sous-officiers et officiers supérieurs de l’armée et des journalistes sont illégalement détenus et croupissent dans les prisons du pays sans être entendus. Alors que lui-même et son camp ne sont nullement exempts de reproches dans tout ce qui se passe la Côte d’Ivoire. Le vrai chef, c’est celui qui est juste. Or, il est de notoriété publique que M. Ouattara pratique une justice à double vitesse. Le vrai chef, ce n’est pas aussi celui qui brandit toujours la violence et la division comme armes pour régner. Ni celui qui pratique le tribalisme, l’exclusion en opposant son ethnie aux autres à travers ses nominations et ses choix dans les services de l’administration publique. Il est plutôt un rassembleur.
Etre un bon chef c’est aussi faire preuve d’humilité. Parvenu à la magistrature suprême du pays depuis avril 2011, il n’a pas encore renoncé au poste de président de son parti le Rassemblement des républicains (RDR). Mais le fait le plus marquant c’est l’attitude de Ouattara pendant son adresse à la nation le 31 décembre dernier. Les téléspectateurs ont été surpris de voir l’actuel chef de l’Etat s’adresser aux Ivoiriens étant assis. La posture de Ouattara, il faut le dire tout net a choqué plus d’un Ivoirien.
A la différence de Ouattara, le président Laurent Gbagbo a démontré pendant son règne qu’il est bon chef. Attaqué par les rebelles depuis 2002, il leur a néanmoins pardonné en prenant une loi d’amnistie pour ses bourreaux. Laurent Gbagbo a par la suite mis en exergue ses qualités d’homme d’ouverture et de rassemblement en formant un gouvernement incluant les rebelles avec comme premier ministre Soro Guillaume le patron de la branche politique de la rébellion. Laurent Gbagbo nommait des responsables de l’administration publique sans discrimination et ne privilégiait pas l’ethnie mais la compétence. Il était réputé pour son humilité et était au contact avec sa population. Il s’est même rendu à la rue princesse de Yopougon et ne manquait pas de marquer un arrêt à certains endroits d’Abidjan pour se frotter à son peuple et communier avec lui. En bon chef, il se met toujours debout pour s’adresser à son peuple. C’est dans cette optique que pour lutter contre l’insécurité galopante dans le pays, il a crée le Centre de commandement des opérations de sécurité (CECOS). Soucieux du bien être de sa population, il s’est toujours opposé à l’augmentation vertigineuse des prix des denrées de première nécessité. Revenu de Marcoussis en France ou il avait été contraint à former un nouveau gouvernement, il a exhorté son peuple à accepter ce médicament pourtant amer. Son peuple l’a compris et l’a suivi. Sachant également que les Ivoiriens n’accepteraient pas la candidature de Ouattara à la présidentielle de 2005, Laurent Gbagbo revenu d’Afrique du Sud a pris un décret pour l’autoriser à être candidat. Là encore il a pu convaincre son peuple en prenant cette décision puisqu’il ne s’est pas soulevé il lui a obéi, tout simplement.
Mais là où Laurent Gbagbo a vraiment montré qu’il était un vrai chef, c’est quand il a refusé l’exil doré avec quelques proches que lui faisaient miroiter les puissances occidentales. Il demandé aux soldats d’arrêter les combats. Ceux-ci lui ont immédiatement obéi. Et il a décidé de rester à sa résidence sous les bombes de la France et des Nations unies. Un bon et vrai chef, c’est celui qui est prêt à se sacrifier pour son peuple. Et non celui qui prend la tangente au moindre coup de pétard. Dans ce domaine, Laurent Gbagbo a véritablement fait la preuve qu’il aime le peuple de Côte d’Ivoire.


Vincent Deh


14/11/2011

Malheureusement, c’est la récréation !


Source : Aujourd'hui du 14/11/2011 Auteur : Joseph Titi

Le spectacle est croquignolet. Les médias proches du pouvoir ivoirien ont indiqué, il ya quelques jours, dans une allégorie pour le moins vaseuse et sans relief, qu’Alassane Ouattara a sonné la fin de la récréation en affirmant, de façon toujours aussi martiale, que les élections auront lieu le 11 décembre. On aurait pu se contenter de leur répondre mais pourquoi n’y allez-vous donc pas messieurs puisque l’envie vous en dit ! Mais, ce serait bien trop simple qu’on se prive ainsi de parler de récréation dans un pays qui n’a plus que ça comme menu à proposer à une population affamée et pour qui le régime transforme dorénavant tout en spectacle juste pour la séduire. On sait d’ailleurs à quel point les premiers responsables de la RTI ont été frappés pour n’avoir pas compris que le spectacle du retour de Ouattara des Etats-Unis d’ Amérique était le nec plus ultra de ceux que la Ouattarandie sait faire de mieux et que le but ultime de cette production qui a quelque chose d’hollywoodien est de faire passer le mensonge pour la vérité en rendant le spectacle attrayant. Dans ces conditions, il faudra bien qu’on nous dise qui organise une gigantesque récréation nationale en faisant jurer des ministres dont le plus brillant n’a été jusqu’à présent qu’Anne-Désirée Ouloto -tout est dans le nom- qui s’est permis de détruire des patrimoines entiers et des commerces de toute une vie au nom de sa conception de la propreté et de la salubrité et parce qu’elle a la force pour le faire. Qui transforme par ailleurs en tragi-comédie la réconciliation nationale en annonçant la culpabilité d’un adversaire pour lequel le juge n’a commencé la moindre procédure de mise en jugement et dont on libère nuitamment des proches pour rendre effectif le rêve d’un triomphe électoral aux législatives ? Qui veut les jours pairs la fin des tensions en demandant à tous les exilés de rentrer et qui, les jours impairs, les jette en prison quand ils se hasardent à rentrer ? Qui affirme mordicus qu’il est majoritaire dans le pays et qui se charge d’abord d’envahir la commission électorale indépendante, où soit dit en passant il était déjà majoritaire avec ses membres, avant d’annoncer la tenue des élections législatives ? Qui a annoncé l’arrivée d’un cargo de billets de banque dans un populisme puéril en insistant sur la qualité de la série A sans savoir que cela désigne juste la capitale de leur destination ? Qui fait croire, pour ne pas répondre du mensonge de la fausse distribution de kits scolaires en laissant croire que les directeurs d’écoles les ont détournés pour les vendre au marché noir ? Qui a dit qu’il suffisait qu’il soit à la tête de la Côte d’Ivoire pour que ses amis lui envoient 12.000 milliards nécessaires au développement du pays et qui a du mal à payer six mois d’indemnités aux fonctionnaires qui attendent cela pour arrondir des fins de mois toujours aussi calamiteux parce que le coût de la vie augmente à une vitesse exponentielle ? C’est qui l’insérieux dont la parenthèse risque de nous faire plus mal que maintenant ? Mais enfin c’est quoi la récréation, si ce n’est tout ce à quoi nous assistons depuis six mois dans notre pays.

21/09/2011

Dissolution programmée des Conseils généraux : Alassane Ouattara fait du copier coller



Source : Le Temps : Du 21/09/2011


On l’a dit dans nos publications antérieures, Alassane Dramane Ouattara finirait par donner dans le copier coller par manque de vision politique. L’actuel chef de l’Etat n’a pas trouvé mieux que de plagier un des piliers sur lequel le concept de la refondation de la Côte d’Ivoire lancé par Laurent Gbagbo est bâti. Il s’apprête donc à … refonder la refondation, à en croire des confrères. « Dissoudre les Conseil généraux » pour instituer à leurs places, des « Gouvernorats régionaux». C’est sous la présidence de Laurent Gbagbo que le Fpi, son parti, a initié sa politique de développement de proximité. En émiettant les pouvoirs concentrés entre les mains de l’exécutif, Laurent Gbagbo procède alors à la décentralisation du mode de gestion pour le rendre proche des populations. L’homme lui-même disait pendant les campagnes électorales de 2000 : « donnez-moi le pouvoir et je vous le rendrai ». Et c’est en grande partie sur la base de ce slogan que les électeurs lui ont accordé leur confiance. Elu en octobre 2000, Le candidat du Fpi n’a pas tardé à lancer son vaste projet de décentralisation. Le résultat n’a pas tardé, l’administration du territoire est scindée en 19 régions, 58 départements, 231 sous-préfectures, 197 communes. Des présidents de Conseils généraux sont élus dans les 58 départements du pays, ceux-ci ont la mission de bâtir le développement avec l’aide de l’Etat. Chaque conseil général est doté d’un fonds qui varie selon sa taille (3milliards de Francs cfa pour les uns, un peu moins pour les autres). Cet argent est prélevé sur les ressources du pays et permet de construire des infrastructures de base : infrastructures de santé primaire, écoles, cantines scolaires, reprofilages des routes villageoises pour l’acheminement des récoltes vers les centres de collecte pour la grande distribution, construction d’hydraulique villageoise avec adduction d’eau potable, connexion au réseau électrique national, etc. Voici les missions qui étaient dévolues aux Conseils généraux. Quant aux 19 régions, le Président Gbagbo avait prévu de leur donner plein pouvoir pour leur auto développement. Ils allaient avoir pour rôles de construire certaines infrastructures aux lourds financements : les Universités, les Centre hospitaliers universitaires (Chu), les grands travaux de viabilisation, les installations agroindustrielles, les usines de transformations de matières premières qui demeuraient une des préoccupations de Laurent Gbagbo et dont les régions avaient été ciblées selon leurs potentialités agricoles, minières, minéralières, fluviales, maritimes, halieutiques, etc. En attendant que les Conseils régionaux deviennent réalité, situation de guerre oblige, le Président Laurent Gbagbo avait pris le soin d’installer momentanément des Gouvernorats militaires notamment à l’ouest du pays, dans le seul souci de résorber les questions sécuritaires inhérentes à la crise qui frappe de plein fouet le pays. Laurent Gbagbo devait passer à la «communalisation» des villages, de sorte à rapprocher encore de plus près le pouvoir, mieux à le remettre à son véritable propriétaire, c’est-à-dire le peuple. L’on a connu le début de la décentralisation avec l’avènement des Conseils généraux malgré le contexte de crise aigüe. La communalisation des villages et l’érection des conseils régionaux devraient être enclenchées dans son mandat qui devait courir fin novembre 2010 après son élection, si une conspiration internationale n’était pas intervenue pour mettre un terme à l’ambitieux projet de société du Président Gbagbo.
Mais voyant l’importance dudit projet, surtout dans son volet social, son successeur Alassane Dramane Ouattara veut - non pas le contourner car ce serait se faire politiquement hara-kiri -, le relancer sous une autre forme. D’où le subterfuge de dissolution des conseils généraux pour les remplacer par des gouvernorats régionaux. La question que l’opinion nationale se pose après la divulgation de cette information, est de savoir où se trouve la différence entre le «Conseil régional» que s’apprêtait à lancer Laurent Gbagbo et le «Gouvernorat régional» d’Alassane Dramane Ouattara ? Assurément, sinon à s’y méprendre, il n’y aura pas de différence ni dans le contenu ni dans les prérogatives, ni dans les attributions, ni dans l’esprit, entre les deux concepts si l’on peut les appeler ainsi. Car il ne s’agit que d’un seul concept, celui initié par Laurent Gbagbo et qui va bientôt être connu sous une autre appellation par Alassane Dramane Ouattara. Ce projet de Gbagbo est contenu dans son livre de campagne intitulé « Cote d’Ivoire : bâtir la prospérité sur la démocratie et la paix ».
Bertina Soro