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22/02/2012

Cacophonie autour de Laurent Gbagbo: Miaka Ouretto met de l’ordre



Source : Notre voie : du 21/02/2012

Lors de sa rencontre avec les militants du FPI de France le 16 février 2012 à l’AGCA, la phase des questions- réponses était très attendue. Zap Krasso , le représentant du Cojep en France qui ouvrait le bal n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour demander au président du FPI s’il se reconnaissait dans les propos qui lui ont été attribués par la presse concernant le porte-parolat de Laurent Gbagbo.
Miaka Ouréto a rejeté la paternité de ces propos. Mais l’on retiendra tout de même au fil de sa réponse que le FPI est désormais la seule voix autorisée à parler au nom du président Laurent Gbagbo. Déjà dans son intervention, au début de la réunion, le président du parti à la rose à donné des pistes qui font dire que les autres voix étaient désormais disqualifiées. « La direction du FPI se trouve à Abidjan. J’ai tenu le même langage aux camarades qui sont à Accra. On était dans un moment de déperdition totale. On entendait des déclarations par-ci, des déclarations par-là. Je leur ai dit : camarades, quand vous posez des actes, c’est moi qui réponds de cela. La direction du FPI est à Abidjan. Le président du parti c’est Miaka Ouretto, le secrétaire général et porte-parole, c’est Laurent Akoun. Autour de lui, il y a Marie-Odette Lorougnon qui est chargée en même temps de nos structures spécialisées et d’activités, il y a le ministre Dano Djédjé qui est chargé de la réconciliation, le ministre Alphonse Douaty, chargé du suivie de la politique gouvernementale, et le ministre Amani N’Guessan, chargé de l’organisation et de la défense. Ce sont ces personnes qui constituent le secrétariat général du parti. Si nous avons des consignes à donner, on les donnera de manière claire. Lorsque vous recevez des consignes qui ne sont pas signées du parti, considérez que c’est nul et de nul effet », a-t-il dit. Mais il sera plus précis dans la réponse donnée à Zap Karasso et à M. Assoukou qui lui ont posé des questions relatives au porte-parolat. « J’ai dit, et je le précise, la direction du parti se trouve à Abidjan. Et le président du parti c’est Miaka Ouretto. (…) Sur cet aspect, mon petit frère Koné Katina avec qui j’ai des rapports au-delà des rapports politiques m’a appelé quand je rentrais d’Orléans hier (mercredi) à 22h. On s’est entendu sur des choses. On sait ce qu’on s’est dit. Je dis et je le répète : si Laurent Gbagbo tient, c’est parce qu’il a une discipline vis- à-vis de l’argent. Et que je ne peux pas accepter tant que je serai en vie qu’on fasse de Laurent Gbagbo un fonds de commerce. (…) J’ai discuté avec Laurent Gbagbo franchement ! Il m’a fait des confidences. Je n’ai pas à exposer tout cela ici. Je sais ce qu'il m’a dit. Et c’est en fonction de cela que j’agis. (…) Dans le jeu de rôle où nous sommes, chacun peut emprunter sa voie pour qu’on parvienne au même objectif. Mais ce qui me parait être l’essentiel, ce n’est pas la peine de piétiner cela. Il y a trop de bruits autours de Laurent Gbagbo. C’est à cause du comportement de certains de ses collaborateurs qu’il se trouve là où il se trouve aujourd'hui. De grâce, il ne faut pas que nous ayons cette attitude-là. Et je l’ai dit à Koné Katinan. Il m’a dit ce qu’il m’a dit. Je lui ai répondu que là où il y a problème, c’est que le parti existe. Si tu as un projet soumets-le au parti. Si le parti te donne son onction, tu peux le faire librement. Dès lors qu’on ne t’a pas donné notre onction, on ne peut pas reconnaître ce qui se passe. Et que quelque consigne que ce soit d’où quelle vienne et, dès lors qu’elle ne porte pas la griffe du parti, elle doit être considérée comme nul et non avenue. J’ai été clair là-dessus », a terminé Miaka Ouretto.
Concernant Me Altit, le président du FPI soutient que celui-ci bénéficie toujours de la confiance de Laurent Gbagbo. Mais cela ne l’empêche pas d’être vigilant.
La dernière question portant sur une éventuelle entrée du FPI au gouvernement du dictateur Alassane Ouattara a été aussi abordée. Là-dessus, Miaka Ouretto s’est référé à la philosophie de Laurent Gbagbo. « Nous avons dit, lorsqu'il s’est agit du premier gouvernement, que comme le disait Laurent Gbagbo, (…) que nous sommes dans une situation politique aujourd'hui qui est telle qu’un parti même s’il gagne ne peut pas prétendre gérer seul le pays. Parce qu’il nous faut aller à la solidarité, à la fraternité. C’est pour cela que dès qu'il a été élu (en 2000 ndlr), sans contrainte extérieure, il a mis en place un gouvernement d’ouverture. Donc Laurent Gbagbo a donné l’exemple, il faut suivre cet exemple. C’est l’occasion de mettre fin à toutes ces rumeurs fantaisistes qui disent que j’ai bénéficié de pots de vin pour entrer au gouvernement. Mais à combien s’élèvent ces pots de vin pour que le FPI entre au gouvernement ? Mais pourquoi le FPI n’est pas entré au gouvernement alors ? Ou alors Alassane Ouattara m’attend pour m’intenter un procès! Parce que j’aurais pris son argent et je l’aurais trahi ! Si j’ai eu des pots de vin quels sont les actes que j’ai posés qui me compromettent ? C’est cela la question de fond. La question de notre entrée au gouvernement doit se décider au terme d’une discussion. (…) Ce n’est pas une question d’aller chercher de l’argent. Nous avons posé des conditions. Nous avons dit qu’il faut que le président?Laurent Gbagbo,?Affi N’Guessan,?Abou Dramane?Sangaré, Simone Gbagbo et Michel Gbagbo, tous nos camarades qui sont injustement détenus soient libérés. Il faut que tous les exilés rentrent au pays, que la CEI soit revue dans sa composition, que le financement des partis politiques soit effectif, que la sécurité soit rétablie sur l’ensemble du territoire national. Voilà un ensemble de conditions que nous posons », a clarifié le président du FPI.

Source : www.ladepechedabidjan.info

Axel Illary
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30/01/2012

Avant la sortie de son nouveau livre Dr. Boga Sako Gervais : "Gbagbo ne mérite pas la CPI"


Source : L'Inter : Du 30/01/2012
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Dr. Boga Sako Gervais est bien connu comme l’un des principaux acteurs des organisations de défense des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire. Après avoir fondé et présidé aux destinées de l’Association pour la protection des droits humains (APDH), il a créé en 2010 la FIDHOP (Fondation ivoirienne pour les droits de l’Homme et la vie politique). Suite à la crise postélectorale, il s’est réfugié dans un pays européen. Depuis son lieu d’exil, Dr. Boga Sako Gervais a publié un livre intitulé «La Guerre d’Abidjan n’aurait jamais dû avoir lieu». Avec comme sous-titrage : «Et si M. Sarkozy avait trompé le monde entier sur la crise ivoirienne de 2010 ?» Avant la sortie officielle de ce livre, ce samedi 28 janvier 2012, il assène dans cet entretien, ses vérités sur le conflit postélectoral en Côte d’Ivoire.

La guerre d’Abidjan n’aurait jamais du avoir lieu ». Pourquoi cette propension à vouloir, mordicus, écrire alors que l’on attend de vous des actions concrètes ? Et comment êtes vous venue l’idée d’écrire ?

Dr Boga Sako Gervais : En ce début d’année 2012, permettez-moi d’abord de renouveler ma compassion la plus profonde à toutes les familles ivoiriennes, sans distinction aucune, qui ont été les principales victimes de la crise atroce que notre pays a connue, fin 2010 et début 2011. En tant que leader d’opinion engagé, acteur ou activiste passionné des Droits de l’Homme au sein de la société civile, ce livre représente ma part de responsabilité vis-à-vis des milliers de morts et de blessés de la crise ivoirienne de 2010. Cependant, au-delà du pardon que nous devons demander au peuple, je continue de dénoncer et de condamner toutes les graves violations des Droits de l’Homme que nous avons vécues. « La guerre d’Abidjan n’aurait jamais dû avoir lieu » est mon second livre. Le premier a été publié chez l’Harmattan, en France, ce deuxième est publié en Italie, lors de mon séjour après ma sortie du pays en juin 2011. Il me fallait écrire, afin d’éclairer le monde entier, qui a été berné par le Président français Nicolas Sarkozy. D’où le sous-titre du livre : « Et si M. Sarkozy avait trompé le monde entier sur la crise ivoirienne de 2010 ? » Ce sont les éléments de l’enquête réalisée par les membres de notre Fondation ivoirienne pour les Droits de l’Homme (FIDHOP) sur cette élection de 2010, des témoignages avec lesquels je suis sorti du pays, et que j’ai enrichis et embellis. Je veux que toute la vérité soit rétablie dans la crise ivoirienne à travers ce livre. Je tiens à ce que les vrais auteurs des pires violations des Droits de l’Homme dans cette crise soient connus !

Regrettez-vous de n’avoir pas pu faire assez pour que la Côte d’ivoire soit épargnée de cette guerre ?

B.S.G : Ecoutez, je me reproche beaucoup, en tant qu’être humain ; je ne suis qu’un pauvre pécheur ! Mais dans cette crise-là, je crois, devant Dieu et grâce à Lui, avoir fait ce qu’un modeste citoyen et membre de la société civile comme moi, qui n’est ni membre d’un parti politique, ni Président de la République, ni Ministre, ni député, ni maire…, pouvait faire. J’ai vu le danger venir, j’ai prévenu, j’ai averti et j’ai alerté. Mais en vain ! Lorsque la Cedeao a évoqué la première fois l’idée d’une intervention militaire dans notre pays à travers l’Ecomog, alors je me suis révolté et avec des collègues de la société civile, j’ai porté une plainte devant la cour de justice de la Cedeao. Ensuite, je suis allé à Addis-Abeba avec Me Hervé Gouamené faire du lobbying et du plaidoyer, afin d’éviter une intervention militaire… Hélas ! La résolution de la crise par les armes s’est imposée, car c’était le choix de MM. Ouattara et Soro Guillaume, du RHDP et du Président Sarkozy. Il faut donc que les uns et les autres l’assument ; au lieu de diaboliser M. GBAGBO qui suggérait plutot le recomptage des bulletins de vote et qui a fini par se retrancher dans sa résidence à Cocody. Dans ce livre, je dévoile tout !

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27/01/2012

L’universitaire Albert Bourgi dénonce le couple Sarkozy-Ouattara

Source : Le Nouveau Courrier : Du 26/01/2012


Les préparatifs et le déroulement du voyage officiel de Ouattara à Paris relèvent de la politique spectacle, notamment par la couverture médiatique, bien ordonnée, qui l’entoure. Comment expliquez-vous cela ?

Il y a dans ce que vous venez de dire une volonté des autorités françaises de justifier, au nom d’une prétendue démocratie, la brutalité de leur intervention militaire de l’an dernier, en Côte d’Ivoire, et les scènes ignobles qui ont entouré l’arrestation de Laurent Gbagbo ainsi que les violences exercées par l’ex-rébellion sous les yeux des militaires français.

Aujourd’hui, l’argument de la démocratie brandi pour illustrer un soi disant changement de la politique africaine de la France est balayé par le climat de terreur instauré par les milices gouvernementales. On peut dire, à partir de témoignages fiables, que la peur règne sur la ville d’Abidjan et, qu’on soit partisan ou non de Gbagbo, tout le monde est soumis au même régime de violence aveugle imposé par les Forces républicaines de sécurité, les FRCI.

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25/01/2012

Notre Voie au cœur de La Haye-Pascal Turlan, Conseiller du procureur Ocampo : “Les juges ont entendu Laurent Gbagbo”

Source : Notre voie du 25/01/2012

La demande d’une interview que Notre Voie a adressée au Procureur Luis Moreno Ocampo de la CPI, en début janvier dernier, a eu rapidement une réponse favorable. Sauf que, n’ayant pas les moyens de s’exprimer en français, le Procureur de la CPI a désigné son Conseiller, un spécialiste du droit pénal international, M. Pascal Turlan, pour répondre à nos préoccupations. Qu’importe ! M. Turlan est en réalité la personne la mieux indiquée puisqu’il est Français et Conseiller en coopération internationale au Bureau du procureur de la CPI, Division compétence, coopération et complémentarité. Il a rejoint ce Bureau en 2003, comme analyste. Mais ce qui nous intéresse le plus, c’est qu’au sein du Bureau, il suit plus spécialement la situation en Côte d'Ivoire et dans les Grands Lacs, en particulier les enquêtes en République Démocratique du Congo et en République Centrafricaine. Dans l’interview qu’il a accordée à James Cénach, notre correspondant Europe, toutes les questions que vous vous posez sur la CPI et la déportation du président Laurent Gbagbo lui ont été posées. C’est avec un réel plaisir que nous vous proposons la première partie de cet entretien entre deux spécialistes du droit.
Notre Voie : Arrêté le 29 novembre 2011 à 13h 45, à la demande de la CPI, Laurent Gbagbo était le même jour, à 18 h, dans l'avion pour La Haye. Alors que Callixte Mbarushimana, arrêté à votre demande en France en octobre 2010, ne vous a été remis que trois mois plus tard, le 25 janvier 2011, après épuisement de tous les recours que la loi lui offre. La célérité dans le cas du président Gbagbo ne cache-t-elle pas une violation des droits de l'intéressé ?
Pascal Turlan (du Bureau du Procureur) : En réalité, cette question devrait être posée aux autorités ivoiriennes plutôt qu'à nous. Ce sont en effet les autorités nationales qui sont en charge d'exécuter les mandats d'arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI). Comme vous connaissez le système, le Bureau du Procureur enquête et fait une demande de mandat d'arrêt aux juges de la CPI qui décident ou non d'émettre un mandat d'arrêt. En l'occurrence, ils ont décidé d'émettre un mandat d'arrêt. Ce mandat d'arrêt est notifié aux autorités nationales qui procèdent à l'arrestation de la personne et à son transfèrement.Gbagbo CPI Juges.jpg

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26/11/2011

Entretien avec … Fareed Jaunbocus (expert international) : «…la Côte d’Ivoire est presque dans le coma » « Le destin de la Côte d’Ivoire n’est pas entre les mains des étrangers »

ource : Soir Info : Du 26/11/2011


Expert-consultant international, Fareed Jaunbocus collabore depuis quelques années avec la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (Cgeci). A l’occasion de la deuxième phase de l’atelier de Côte d’Ivoire 2040 organisée du 21 au 22 novembre 2011 par le Patronat ivoirien à Yamoussoukro, Soir Info l’a interrogé. Entretien.

Depuis quelques années, vous êtes consultant de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (Cgeci). Vous menez des activités semblables dans des dizaines de pays à travers le monde. Votre pays, l’Ile Maurice, est un exemple mondial en matière d’environnement économique attrayant. A travers vous et certainement d’autres experts internationaux mauriciens, peut-on affirmer qu’en plus d’être ouverte aux investissements, l’Ile Maurice essaie de vendre son expertise économique ?

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17/11/2011

Le Fpi ne peut pas accompagner ce pouvoir

Publié le jeudi 17 novembre 2011 | Soir Info

Michel Amani N'Guessan a été ministre de la Défense dans le gouvernement de Guillaume Soro pendant la présidence de Laurent Gbagbo. Il est Secrétaire général adjoint chargé des questions sécuritaires au Front populaire ivoirien (Fpi, opposition). Dans cette interview, il parle des prochaines élections légilsatives. Aussi trouve-t-il insignifiant l'acte des autorités actuelles qui ont libéré 20 de ses camarades ex-Lmp. Sans détour, il crache ses vérités.

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12/11/2011

Emile Guiriéoulou : “C’est la guerre que nous avons perdue devant la France, pas notre dignité”



Source : Notre voie du 11/11/2011


Dernier ministre de l’Intérieur du Président Laurent Gbagbo (décembre 2010-Avril 2011), le député Emile Guiriéoulou n’est pas un inconnu de la scène politique nationale. Contraint à l’exil depuis le renversement de Gbagbo par l’armée française, il s’exprime pour la première fois.

Notre Voie : Monsieur le ministre, comment vous portez-vous ?

Emile Guiriéoulou : Avant de répondre à votre question, je voudrais que vous me permettiez de saluer la mémoire de toutes les personnes tuées au cours de la crise, d’exprimer ma compassion aux blessés et à tous les ivoiriens qui ont perdu un être cher dans de cette guerre absurde que nous avons connue. Je leur demande de ne pas perdre espoir et de garder foi en la Cote d’Ivoire. Ceci dit, je me porte très bien, tant au plan physique qu’au niveau moral.

N.V : Est-ce qu’on peut savoir où vous vous trouvez ?

E.G : Comme beaucoup d’autres Ivoiriens, je suis au Ghana. Je profite de l’occasion que vous m’offrez pour traduire toute ma reconnaissance aux autorités de ce pays frère ainsi qu’à l’ensemble du peuple ghanéen pour l’accueil qui nous est réservé ici. Nous nous sentons vraiment chez nous au Ghana où nous ne sommes l’objet d’aucune tracasserie.

N.V : Comment avez-vous vécu le 11 avril 2011 et précisément l’arrestation du Président Laurent Gbagbo ?

E.G : De façon dramatique. Les bombardements sur la résidence étaient horribles et insupportables. Dès l’arrestation du Président, j’ai reçu un coup de fil pour m’en informer. Ensuite, c’est Alain Toussaint qui m’a appelé de Paris pour me demander la confirmation. Et après, comme tout le monde, j’ai vu les images à la télévision. Cette arrestation du Président, je l’ai aussi ressentie comme une grande perte pour la Côte d’ivoire, une humiliation pour l’Afrique toute entière et un recul de la démocratie, de l’indépendance et de la souveraineté de nos Etats. Mais quand j’ai écouté la déclaration du Président, j’ai éprouvé de la fierté de voir qu’il a gardé sa dignité malgré les moments atroces qu’il a vécus. J’ai été particulièrement affligé par les images de la Première dame, Simone Gbagbo, maltraitée. Mais là également, j’ai vu une femme digne qui, en dépit du fait qu’elle souffrait dans sa chair, est restée sereine et a continué de prier. Je me suis dit que si eux qui sont entre les mains des bourreaux sont demeurés dignes, ce n’est pas à nous autres restés dehors de faiblir. C’est un message pour nous exhorter à continuer la lutte.

N.V : Comment êtes-vous sorti du pays ?

E.G : Je suis sorti de la Côte d’Ivoire le 20 avril 2011 grâce au soutien de quelques amis que je voudrais remercier ici. Comment je suis sorti ? Retenez tout simplement que je suis sorti.

N.V : Etes-vous disposé à retourner au pays?

E.G : Mais, la Côte d’Ivoire est mon pays et j’y suis très attaché comme d’ailleurs le sont tous les Ivoiriens. Donc ce n’est pas de gaieté de cœur que je suis en exil. C’est pour vous dire que j’ai hâte de retourner au pays. Mais cela, une fois que les menaces qui m’en ont fait partir auront disparu. Sinon pour le moment, le retour au pays, pour ce que je vois, ne figure ni dans mes priorités ni dans mes projets les plus immédiats.

N.V : Depuis que le Président Laurent Gbagbo a été renversé, vous vous êtes muré dans un silence de cimetière. Est-ce à dire que la politique ivoirienne ne vous intéresse plus ?

E.G : Vous savez, mon engagement en politique date de l’époque où j’étais encore étudiant dans les années 70. J’ai milité dans la clandestinité au sein du Fpi et je compte parmi les premiers militants de ce parti. Au nom de mes convictions politiques, j’ai renoncé à beaucoup de choses et j’en ai assumé sans regret les conséquences. Ce n’est donc pas aujourd’hui que je vais abandonner la lutte. Ici au Ghana, je suis membre du bureau de la Coordination Fpi en exil. J’endosse donc les déclarations et prises de position de cette coordination et je ne trouve pas utile d’en rajouter. Mais, si sur la vie de la nation, mon point de vue personnel est sollicité, je suis disposé à le donner. Et c’est ce que vous faites en ce moment. D’ailleurs, certains de vos confrères appartenant à d’autres organes de presse m’ont sollicité ces temps-ci. C’est à croire que mon silence vous pesait (rires) ? Non, rassurez-vous, mon silence n’est pas de cimetière.

N.V : Quel commentaire faites-vous de la déclaration d’Eugène Allou selon laquelle ses camarades du Fpi exilés au Ghana font trop de bruit ?

E.G : Dites au frère Allou, comme il croit peut-être que nous sommes en vacances ici au Ghana, de nous laisser au moins faire du bruit pour nous occuper ! Lui, il a comme loisir la chasse au point d’aller tirer des coups de feu qui ont fait fuir les gens dans son village en cette période de tension. Nous ne sommes pas obligés de partager les mêmes distractions que lui. Nous, nous préférons parler et écrire pour exprimer nos positions plutôt que de tirer des coups de fusil. Et puis dites-moi cher Augustin, entre les bruits de fusils d’Allou le chasseur ainsi que ceux, quotidiens, de ses « collègues » chasseurs dozos, ou de ses nouveaux amis Frci et nos « bruits ghanéens lointains » lesquels produisent le plus de nuisance et de dégâts ? Plus sérieusement, nos bruits-là sont trop pour qui ? Qui donc ne veut pas nous entendre demander la libération du Président Laurent Gbagbo afin d’aller à la réconciliation et qui considère cela comme « trop de bruit »? Si le frère Allou peut nous aider à identifier cette personne, nous irons vers elle pour mieux comprendre la gêne que lui procurent nos « bruits ».

N.V : Que dites-vous quand il vous propose de faire profil bas si vous voulez que votre problème et celui des prisonniers politiques soient résolus ?

E.G : Résolu par qui et comment? Que signifie faire profil bas ? Dogo Raphaël qui est en prison à Boundiali, est-ce parce qu’il faisait trop de bruit qu’il s’y retrouve ? Dassé Jean Martin qui n’a exercé aucune fonction dans l’appareil d’Etat et qui est en prison pour crimes économiques, est-ce le fait de ses bruits trop sonores?

N.V : Il dit aussi que celui qui a perdu la guerre ne pose pas de conditions. Qu’en dites-vous ?

E.G : Je suis d’accord avec lui. Nous savons tous que la France nous a fait la guerre et mis aux arrêts le Président Gbagbo. Mais le problème n’est pas là. Ceux qui ont gagné cette guerre et ceux qui en sont les bénéficiaires peuvent jouir pleinement de leur victoire militaire. Qu’ils gouvernent et réalisent comme ils l’entendent le programme pour lequel ils nous ont fait la guerre et nous n’aurons aucune condition à leur poser. Mais s’ils nous demandent de participer à un processus de réconciliation et d’aller à des élections avec eux, alors nous poserons nos conditions. C’est la guerre que nous avons perdue devant la France, pas notre dignité. Je précise bien « perdue » devant la France.

N.V : Continuez-vous à soutenir que Laurent Gbagbo a gagné les élections ?



E.G : Mais monsieur Kouyo, c’est Laurent Gbagbo qui a gagné les élections ! Et c’est parce qu’il en était sûr qu’il a demandé le recomptage des voix par un comité d’évaluation de l’Union Africaine. Et c’est parce que ses adversaires savent que c’est lui qui a gagné qu’ils ont refusé ce recomptage et que monsieur Young Jin-Choi (ex-représentant du Sg de l’Onu en Côte d’Ivoire, ndlr) a déclaré que recompter les voix serait une injustice pour Ouattara. Sinon, si recompter les voix devait donner la victoire à Ouattara, en quoi cela constituerait-il une injustice pour lui ? On a mis quatre mois à nous faire la guerre, alors que recompter les voix nous aurait certainement pris beaucoup moins de temps. La Côte d’Ivoire aurait évité tous ces morts et tous les dégâts matériels causés par cette guerre. Voyez-vous, la Côte d’Ivoire a enregistré plus de 3000 morts, des viols, des destructions, des pillages, l’insécurité à cause du refus de monsieur Ouattara et de la France d’accepter un simple recomptage des voix.

N.V : Mamadou Koulibaly estime que Laurent Gbagbo s’est entêté à la limite de l’irrationnel. Quel commentaire ?



E.G : Laurent Gbagbo s’est entêté comment et par rapport à quoi ? Une élection est organisée. Il en est proclamé vainqueur par le Conseil Constitutionnel et prête serment. Son adversaire conteste cette victoire qui, pourtant, selon notre constitution, est définitive et sans recours. Mais en démocrate convaincu et pour mettre tout le monde d’accord sur sa victoire, Laurent Gbagbo propose de recompter les voix et saisit l’Union Africaine à cet effet. L’organisation panafricaine, au lieu de recompter les voix comme demandé, décide le 10 mars qu’elle confirme, sans justifier cette décision, que c’est Ouattara qui a gagné et que d’ailleurs les 10 ans passés à la présidence par Laurent Gbagbo correspondaient à deux mandats et qu’il devait donc quitter le pouvoir. Malgré cette décision contestable, le Président Gbagbo, par un communiqué lu par le porte-parole du gouvernement, a pris acte des propositions de règlement de la crise, accepté la nomination du Haut Représentant de l’Ua et dit se tenir prêt pour les discussions annoncées. Le président de la Commission de l’UA, Jean Ping, a saisi par écrit le 26 mars 2011 les deux camps pour annoncer le début des négociations sur le plan de sortie de crise de l’Ua pour le 4 avril 2011 à Addis-Abeba. C’est dans cette attente que, le 28 mars 2011, Alassane Dramane Ouattara, assuré du soutien militaire de la France, décide d’engager les combats meurtriers qui vont durer deux semaines avec pour point culminant les bombardements de la résidence du Chef de l’Etat, l’arrestation de celui-ci par l’armée française le 11 avril 2011 et sa déportation à Korhogo. Où se trouve donc l’entêtement du Président Laurent Gbagbo qui a toujours prôné le règlement pacifique de la crise alors que son adversaire brandissait l’usage de la force (Ecomog, Onuci, Licorne, etc.), comme le sait si bien le président Koulibaly lui-même?

N.V : Le gouvernement ivoirien et ses alliés soupçonnent les exilés politiques au Ghana de préparer des actions de déstabilisation, comment ressentez-vous ces accusations ?

E.G : Vous savez, ces accusations ne me font ni chaud ni froid parce que je ne me sens pas concerné. Mais je les comprends puisque c’est comme cela qu’eux-mêmes sont parvenus au pouvoir. Sans la rébellion armée qu’ils ont montée au Burkina Faso, ils n’en seraient pas là. Le Ghana n’est pas le Burkina Faso. Les autorités ghanéennes croient en la démocratie et ne sont pas dans les complots et les actions de déstabilisation de leurs voisins.

N.V : Comment pouvez-vous convaincre les autorités ivoiriennes que vous ne préparez pas leur renversement ?

E.G : Nous ne cherchons pas à convaincre qui que ce soit. Comme le dit l’adage «qui s’excuse, s’accuse». Chacun fait son travail. Nous, ce que nous savons faire, c’est la politique donc l’accession au pouvoir par la voie des urnes. Notre combat aujourd’hui, c’est la libération du Président Laurent Gbagbo afin de ramener la Côte d’Ivoire dans l’Etat de droit et la démocratie. C’est cela qui nous préoccupe. Ceux qui sont les adeptes de coups d’Etat et de rebellions armées sont connus et disent que c’est fini.
D’ailleurs, je vous renvoie à une récente déclaration de Soro Guillaume dont la presse s’est largement fait l’écho : «Après moi, personne d’autre ne réussira de coup d’Etat en Côte-d’Ivoire, c’est fini. Les coups d’Etat ici, c’est notre idée et les tricheurs ne réussiront pas. Ils n’ont ni le génie, ni les parrains, ni les moyens. Les coups d’Etat, c’est fini». Donc les dirigeants actuels du pays se sont eux-mêmes convaincus de la chose. Pas besoin alors d’insister pour les convaincre ou les rassurer.

N.V : Avez-vous été convaincu par l’appel que M. Ouattara vous a lancé lors de son voyage au Ghana ?

E.G : Si nous sommes convaincus d’une chose, c’est que faute de ne pouvoir nous mettre en prison, monsieur Ouattara nous préfère en exil plutôt qu’au pays. Le mandat d’arrêt lancé contre Assoa Adou, notre porte-parole, et l’attaque de son domicile à Abidjan intervenus après cette visite au Ghana en sont les preuves palpables. Et puis la question de notre retour au pays n’est pas fondamentale. Si demain, le Président Gbagbo est libéré et qu’à sa suite Simone Gbagbo, Affi N’ Guessan, Aké N’ Gbo, Abou Drahamane Sangaré et tous les autres sont libres, pourquoi serions-nous encore en exil ?

N.V : Bientôt ce sont les élections législatives. Estimez-vous comme Alassane Dramane Ouattara que le Fpi ne doit pas commettre l’erreur de ne pas y participer ?

E.G : Il y a beaucoup de gens qui aiment le Fpi actuellement et qui sont soucieux de sa survie, de son avenir en tant que parti politique. Nous, on ne savait pas qu’on était important comme cela ! Je remercie donc toutes ces âmes charitables pour notre « parti minoritaire ». Parti tellement minoritaire que les «grands partis houphouëtistes» sont obligés de se coaliser pour l’affronter. Imaginez en France, le PS et l’Ump conclure une alliance électorale contre le Modem ! Monsieur Ouattara demande au Fpi ne pas commettre la même erreur que le Rdr en ne participant pas aux élections législatives. Si cette erreur n’a pas empêché le Rdr d’arriver au palais présidentiel de façon «démocratique», pourquoi est-ce au Fpi qu’elle serait fatale ? Laissez le Fpi décider de ce qu’il doit ou ne doit pas faire. Tant que le Président Laurent Gbagbo est en prison ne comptez pas sur le Fpi pour aller à des élections.
C’est pourquoi, je voudrais ici saluer et encourager la direction du Fpi qui conduit le Parti avec intelligence et détermination. Nous sommes avec eux dans le combat qu’ils mènent sans relâche pour la libération du Président Gbagbo et tous les autres camarades emprisonnés. J’adresse mes félicitations à mon collègue, le député Yao Yao Jules pour son courage, sa foi militante et sa constance dans la lutte, toutes choses qui ont permis au Fpi de redresser la tête et de se remobiliser par l’organisation de meetings. Je n’oublie pas le camarade Koua Justin de la JFpi, le député Mobio Samuel, le député Guipé Charles et tous ceux qui, contre vents et marées, se battent quotidiennement sur le terrain pour faire vivre le Parti et le maintenir debout.

Depuis son exil ghanéen Emile Guiriéoulou : “Ce que Tagro m’a dit avant sa mort ”

Dans la deuxième et dernière partie de l’interview qu’il nous a accordée, Emile Guiriéoulou, ancien ministre de l’Intérieur en exil au Ghana se prononce sur la départ de Mamadou Koulibaly du Fpi, évoque la mort de Désiré Tagro et les atrocités perpétrées par l’armée du Chef de l’Etat Alassane Ouattara à l’ouest.

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09/11/2011

L’AVOCATE PARISIENNE DE GBAGBO ROMPT LE SILENCE - ME LUCIE BOURTHOUMIEUX: «LA CPI N’A AUCUNE COMPETENCE POUR JUGER GBAGBO»

mercredi, 09 novembre 2011



Me LUCIE BOURTHOUMIEUX, JACQUES VERGES ET ROLAND DUMAS.jpg

Lucie Bourthoumieux est avocate à la Cour près le Barreau de Paris. Cette Franco-Camerounaise, résidant en France, fait partie, avec Maitres Jacques Vergès, Roland Dumas et Marcel Ceccaldi, du collectif des avocats internationaux chargés de défendre l’ancien chef de l’État ivoirien, Laurent Gbagbo et son épouse Simone. Dans cette interview exclusive qu’elle a bien voulu nous accorder depuis Paris par téléphone (le samedi 05 novembre), la juriste fait un tour d’horizon de l’actualité nationale et internationale avec en point de mire, les procédures judiciaires ouvertes contre ses clients.

L’actualité en Côte d’Ivoire, ce sont les préparatifs des élections législatives pour lesquelles des partis membres du CNRD, groupement politique proche de Laurent Gbagbo, ont déposé leurs dossiers de candidature à la Commission Électorale Indépendante (CEI), contre la consigne du FPI de boycotter ces élections. Quel est votre commentaire?

En tant que simple observateur, je dois dire que le CNRD fait là preuve d’un très grand optimisme pour la paix. Le CNRD fait le pari de la paix en pensant que le président Ouattara va effectivement, comme le demande le FPI, libérer le président Gbagbo de façon à ce qu’avant le 11 décembre, des négociations inclusives de toutes les parties et des trois grands responsables politiques de la vie nationale ivoirienne, à savoir Ouattara lui-même, Bédié et Gbagbo, s’asseyent autour de la table et fassent ce que le président Gbagbo a toujours dit, y compris sous les bombes françaises: «Asseyons-nous et discutons». Donc je ne pense pas un seul instant que le CNRD prendra sur lui la responsabilité d’aller aux élections, même si le président Gbagbo n’est pas libéré. Je pense plutôt que le CNRD fait le raisonnement suivant: en connaissant ou en supposant l’amour que le président Ouattara doit avoir pour le peuple ivoirien, nous pensons que ce n’est pas possible qu’il n’entende pas l’appel du FPI et de la majorité de la population ivoirienne, en libérant le président Gbagbo. De façon à ce que le président Gbagbo prenne part au débat sur la nécessaire réconciliation ivoirienne. Voilà comment j’interprète le geste du CNRD.

Certaines personnes perçoivent cet acte du CNRD comme un abandon progressif de Laurent Gbagbo par sa famille politique. Est-ce votre cas?

Non, absolument pas! Je connais très bien nos amis du CNRD, et je ne pense pas un seul instant qu’ils voudront porter la lourde responsabilité de trahir le président Gbagbo. Vous savez, ce qui porte le CNRD, c’est le FPI. Et je pense que nos amis du CNRD qui sont des gens assez intelligents, sont bien conscients que le CNRD sans le FPI ne vaut rien; c’est une coquille vide. Ça, je le dis en tant qu’observateur et peut-être que les hommes politiques me démentiront. Sinon en tant que simple observateur et de façon objective, c’est ce qui est la réalité. Maintenant, je ne pense pas que politiquement, les responsables du CNRD peuvent prendre la responsabilité d’aller aux élections, alors que le FPI et la majorité des Ivoiriens demandent que la paix revienne en Côte d’Ivoire. Et pour que la paix revienne en Côte d’Ivoire, comme le dit si bien le FPI, la condition sine qua non, c’est que le président Gbagbo et tous les autres détenus politiques soient libérés. Et que toutes les parties au conflit en Côte d’Ivoire s’asseyent et discutent.

Que dites-vous de la position du ministre des Droits de l'Homme, Coulibaly Gnénéma, qui pense qu'envoyer Gbagbo à la CPI est la solution à la paix en Côte d’Ivoire?

Vous savez, quand on est autour d’une table de discussion, chacun vient avec son point de vue, ses idées qui sont parfois même au-delà de la raison. Écoutons ce que le ministre des Droits de l’Homme dit, et écoutons aussi ce que la raison et la réalité commandent. Si on veut une paix véritable pour la Côte d’Ivoire et dans la sous-région, il faut libérer le président Gbagbo. C’est à ce prix-là que les Ivoiriens pourront se parler et se réconcilier.

Est-il possible aujourd’hui d’envoyer Laurent Gbagbo à la CPI?

Je ne voudrais pas m’étendre sur ce dossier, parce que nous sommes en train de travailler activement là-dessus. Pour moi, il n’y a aucune raison, ni politique, ni juridique, ni objective pour que le président Gbagbo se retrouve à la CPI (Cour Pénale Internationale). D’abord sur le plan juridique, vous savez autant que moi que la Côte d’Ivoire n’a pas ratifié le traité de Rome instituant la Cour Pénale Internationale. Qu’est-ce que cela veut dire? A supposer que par extraordinaire, la communauté internationale, qui soutient le président Ouattara, prenne le risque grave de transférer le président Gbagbo à la CPI. Elle ne sera pas en mesure de juger le président Gbagbo. Parce que la CPI n’a aucune compétence de jugement. La seule compétence que la CPI a aujourd’hui en l’état actuel des choses, c’est de mener des enquêtes sur tel ou tel événement ou fait qui s’est passé en Côte d’Ivoire; et ensuite faire un rapport. C’est vrai que le droit commande à la CPI que pendant cette phase d’investigations, si elle considère que la présence de telle ou telle personne sur le territoire ivoirien est nuisible à la paix, alors la CPI peut l’éloigner de la Côte d’Ivoire. Mais je vous rappelle que sur cette condition, le rapport de la Commission des Droits de l’Homme de l’Onu, dans sa dernière livraison, est très clair. Il soutient que la présence du président Gbagbo en Côte d’Ivoire, n’est nullement un obstacle à la paix, ni pour le pays, ni pour la sous-région. Au contraire, sa présence rassure et est même un élément stabilisateur. Donc une éventuelle décision de transfèrement du président Gbagbo à la CPI serait juridiquement hasardeuse et politiquement très grave.

A quand remonte votre dernière visite à l’ex-couple présidentiel ivoirien, et dans quel état physique et psychologique les avez-vous trouvés?

J’ai eu l’honneur de rencontrer le président Laurent Gbagbo pour la dernière fois le 17 septembre. Je l’ai rencontré deux fois. La première fois, c’était le 5 septembre, et la dernière fois, c’était le 17 septembre en compagnie de mes confrères, Maîtres Vergès et Dumas. La première Dame, je l’ai vue le 7 septembre. Ils ont le moral haut. Le président Gbagbo est un homme moralement très fort. Mais ce qui m’a marqué, moi personnellement chez lui, c’est son absence de haine. J’étais étonnée de voir que quelqu’un qui a été si violemment trahi, si violemment insulté injustement par la prétendue communauté internationale et par nous, les Africains et les Ivoiriens surtout, n’ait conservé aucune trace de haine ni de vengeance dans ses propos. Je dis bien aucune. Et ça, vous savez, depuis le 26 mai 2011 que j’ai eu l’honneur de le rencontrer pour la première fois dans sa résidence surveillée de Korhogo, cela m’a frappée. Tout cela me laisse penser que le président Gbagbo prend sa force morale et mentale dans l’amour profond qu’il a pour la Côte d’Ivoire et pour le peuple ivoirien, qui fait qu’il met l’intérêt de la Nation ivoirienne au-dessus de sa propre personne et de son propre sort. Donc sur ce plan-là, le président Gbagbo va très bien. Il est debout, comme il le dit lui-même : «Je suis débout parce que la cause en vaut la peine; parce que la question n’est pas de savoir qui me déteste moi Gbagbo ou qui m’aime. Mais la question est de savoir, est-ce qu’aujourd’hui au 21ème siècle, nous allons accepter que la Côte d’Ivoire en particulier et l’Afrique en général, redeviennent le vassal de l’Occident?». Voilà la question fondamentale qui fait que le président Gbagbo est debout.

Quelle est, selon vous, la part de responsabilité de Laurent Gbagbo dans la crise ivoirienne?

Votre question est intéressante, parce qu’en tant qu’acteur majeur de la vie nationale pendant au moins trente (30) ans, il serait même insultant de dire que le président Gbagbo n’a aucune responsabilité dans cette crise que connaît la Côte d’Ivoire depuis 1993. Je dis bien 1993. Aurait-il fallu qu’en 1993, au lieu de dire non à Ouattara qui voulait marcher sur la Constitution ivoirienne et arracher le pouvoir à Bédié, le président Gbagbo lui dise:« oui, piétinons la Constitution, monsieur le Premier ministre, prenez le pouvoir et donnez-moi un strapontin ?». Je ne sais pas. Quand en 2002, les rebelles viennent attaquer les institutions de la République et qu’en 2003 on se retrouve à Marcoussis et qu’on demande encore au président Gbagbo, ensemble marchons sur la Constitution, est-ce qu’il aurait fallu dire oui ? Est-ce qu’en 2004, quand la France, en dehors de toute légalité et de toute légitimité, a tiré sur la population ivoirienne, qui s'est levée pour défendre ses institutions, et en a tué 100, Gbagbo aurait dû applaudir et féliciter comme les autres, l’armée française? Quand en 2010 le Conseil constitutionnel, s’appuyant sur la Constitution adoptée par référendum non sous Gbagbo mais sous un autre président, le général Guéi Robert, dit que c’est vous qui êtes élu au regard des procès-verbaux des bureaux de vote et des observations factuelles des observateurs internationaux, y compris ceux de l’Union européenne, est-ce que le président Gbagbo, déclaré vainqueur de la présidentielle par le Conseil constitutionnel, aurait dû dire ''non, comme la communauté internationale dit que ce n’est pas moi, donc je ne respecte pas ma Constitution, je m’en vais?''. Je ne le pense pas. Quand le 26 mars, le président Gbagbo dit qu'il accepte finalement, pour la paix dans son pays, la feuille de route de l’Union africaine et la nomination du Haut Représentant de l’UA, qu’il vienne; et que le lendemain Ouattara, soutenu par les forces françaises et dans une moindre mesure par les forces de l’Onuci, attaque la Côte d’Ivoire, est-ce que le président Gbagbo aurait dû, devant cette attaque, ne pas défendre les institutions comme la Constitution de son pays l’exige? Est-ce qu’il aurait dû s’enfuir? Je me pose toutes ces questions, et je pense que les réponses objectives à toutes ces interrogations détermineront la responsabilité du président Gbagbo devant l’Histoire.

Le dernier rapport de Human Rights Watch le cite nommément comme le principal responsable des tueries de la crise post-électorale, qui a fait officiellement 3.000 morts en Côte d’Ivoire. Qu'en dites-vous?

Je vous arrête tout de suite, monsieur. Vous savez, j’ai regardé et lu ce rapport. C’est un rapport pitoyable, je le dis en connaissance de cause et je pèse mes mots. Figurez-vous que ce rapport dans ses grands titres, souligne que c’est Gbagbo qui est responsable. Mais quand vous lisez son contenu, il n’y a aucun fait ni preuve qui vient soutenir ou étayer cette affirmation grave. D’ailleurs, il y a certains de mes confrères qui vont porter plainte contre Human Rights Watch pour diffamation. Que veut l’Occident? Nous sommes dans un monde où les rebelles sont légitimés et légalisés par la soi-disant communauté internationale. On demande aux gens qui sont au pouvoir dans un pays, qui sont là pour défendre les institutions et le pouvoir d’État, qui sont institutionnellement installés, de laisser les rebelles les attaquer, attaquer les institutions de leur pays, tuer leurs populations sans riposter. On leur dit de fuir et d'aller en exil doré qu’on propose. Mais ce n’est pas cela la vie des Nations. La vie des Nations est régie par la Charte des Nations unies, qui pose comme principe fondamental le respect des institutions des États, le respect de la souveraineté nationale et le devoir de non-ingérence dans les affaires intérieures des États. Sur quoi ou sur quel texte Human Rights Watch et la prétendue communauté internationale s’appuient pour intervenir ou donner leur point de vue dans les pays africains? On peut difficilement prendre au sérieux une telle affirmation venant de cette ONG. Gbagbo, président de la République, chef suprême des armées, n’est pas un chef de guerre. Ouattara, qui vient avec les rebelles et qui ne s’en cache pas, c’est un chef de guerre. C’est tout de même curieux que Human Rights Watch n’en dit pas mot. Aujourd’hui, ce que nous soutenons devant le Conseil de sécurité de l’Onu et devant la CPI à qui nous avons écrit, c'est qu'ils jouent leur crédibilité dans cette affaire. Il est impensable aux yeux des Ivoiriens, des Africains et de toutes les personnes éprises de justice, qu’on parle de responsabilité de Gbagbo pour faits de guerre dans un rapport, en laissant Ouattara. Ce n’est même pas possible, c’est inconcevable et indécent.

Vos actions sont concentrées au niveau international, donnant l'impression que Gbagbo est le prisonnier de la communauté internationale. Avez-vous d'autres actions au niveau national pour la libération de votre client?

Nous sommes un pool d’avocats. Et j’ai mon excellent confrère ivoirien, Me Baroan, qui fait un travail formidable sur le terrain, et avec qui nous travaillons en concertation sur toutes les procédures juridiques qui doivent être faites sur le plan du droit national ivoirien. Nous avons le point de vue suivant, qui ne nous empêche pas de parler avec les autorités ivoiriennes. La prétendue communauté internationale, et plus précisément la France, est intervenue en Côte d’Ivoire en se prévalant de ce qu’on a appelé la résolution 1975 du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette résolution est très claire: elle prône le principe de neutralité, d’impartialité et donne à la force des Nations unies en Côte d’Ivoire, l’ONUCI, une mission de protection des civils et de destruction des armes lourdes du moment où celles-ci sont dirigées contre les populations civiles. Donc en tenant compte de cette base juridique, nous continuons à penser que la situation dans laquelle se trouvent le président Gbagbo, tous ses collaborateurs et les membres de sa famille aujourd’hui, découle du non-respect de cette résolution 1975 par la France et les Nations unies. C’est la raison pour laquelle nous n’avons de cesse de rappeler à ces deux entités de la communauté internationale que la situation des détenus aujourd’hui au nord de la Côte d’Ivoire, en tout cas pour tous ceux qui se trouvaient à la résidence du président Gbagbo le 11 avril 2011 et qui ont été appréhendés avec le soutien des forces françaises, ceux-là sont les prisonniers du fait du non-respect par la France, pays en principe des Droits de l’Homme, de la résolution 1975. Et cette question du non-respect d’une résolution des Nations unies, nous n’allons pas la lâcher. C’est pourquoi notre action est toute tournée en grande partie sur le plan international.

Vous avez saisi l’ONU pour demander une enquête internationale sur les tueries des femmes d'Abobo début mars 2011. A quoi répond cette demande?

Je voudrais rappeler que le président Gbagbo, soutenu d’ailleurs par un rapport de son ministre de la Défense, Alain Dogou, souhaite que la vérité soit faite sur les tueries d’Abobo, notamment celle des 7 femmes. D’abord pour déterminer s’il y a eu tueries, et si oui, identifier les véritables auteurs. Cela est d’autant plus important que l’identification de l’auteur ou des auteurs va permettre au peuple ivoirien, à l’Afrique et à la communauté internationale de savoir véritablement ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Et s’il y a des ONG, comme Human Rights Watch, qui s’amusent à accuser le président Gbagbo, c’est le moment de soutenir la mise en place d’une Commission d’enquête internationale sur les tueries des 7 femmes d’Abobo, de sorte que la vérité se manifeste. A cet effet, le porte-parole du président Gbagbo, le ministre Koné Katinan, a écrit au Secrétaire général des Nations unies pour demander la mise en place d’une Commission d’enquête internationale afin de faire toute la lumière sur ces faits. Nous ne doutons pas un seul instant que Ban Ki-Moon donnera une suite favorable à notre requête, si tant est que la communauté internationale veut savoir la vérité en Côte d’Ivoire. Car ce sont les présumées tueries des 7 femmes d’Abobo qui ont déclenché les bombardements de l’armée française et de l’Onuci sur la résidence du président Gbagbo et les massacres des populations civiles.

Mme Bourthoumieux, vous êtes aussi l’avocate des victimes des événements de novembre 2004. A quel niveau se trouve ce dossier aujourd'hui?

Tout d’abord, je voudrais m’incliner respectueusement sur la mémoire de la centaine de civils ivoiriens froidement tués par l’armée française, parce que nous sommes dans la période de commémoration de ces tristes et douloureux événements. Je donne également tous mes encouragements aux 2500 blessés dont 300 handicapés à vie, qui continuent encore à penser qu’ils se sont battus pour la défense des institutions de la République et que si c’était à refaire, ils le referaient. Pour que soient respectées la liberté et la libre détermination du peuple ivoirien ainsi que la souveraineté de l’État de Côte d’Ivoire, qui passe par le respect de ses institutions. Où en est le dossier? Vous savez que le président Gbagbo avait, pour des raisons politiques mais aussi et surtout pratiques, choisi un règlement à l’amiable. Sur le plan pratique, le président Gbagbo avait fait le raisonnement suivant: si nous optons, comme le droit nous le permet, de traduire les autorités françaises devant un tribunal pénal, notamment le Tribunal Pénal aux Armées de Paris, parce que c’est cela la procédure, nous allons rentrer dans une procédure très longue qui ne serait pas profitable aux victimes elles-mêmes. Parce qu’elle peut durer plus de 20 à 30 ans. Et nombreuses sont les victimes qui ne verraient pas l’aboutissement de cette procédure et n’auraient pas le bénéfice de la décision ultime, puisqu’elle ne les trouverait certainement pas en vie. Donc le président Gbagbo a préféré à une procédure très longue, un règlement amiable dont l’intérêt est d’accélérer l’indemnisation des victimes.

Sept (7) ans après, les victimes continuent toujours d'attendre, alors que les victimes françaises ont été en partie dédommagées par la Côte d’Ivoire...

C’est vrai, mais ce n’est pas faute d’avoir engagé la procédure de règlement amiable auprès des autorités françaises. Nous avons écrit au président Sarkozy en janvier 2010 pour lui faire cette proposition de règlement amiable au nom des victimes, en lui montrant bien que nous ne voulions pas d’une procédure conflictuelle qui risquait de mettre à mal les relations entre les deux pays. Et dans un premier temps je n’ai pas été déçue, puisque la semaine qui a suivi l’envoi de notre courrier, nous avons eu une réponse de l’Élysée nous informant qu’ils avaient pris connaissance avec intérêt de notre courrier, et qu’ils entendaient y donner suite. Et qu’ils transmettaient le courrier à la ministre française de la Justice d’alors, Mme Michèle Alliot-Marie...

La ministre de la Défense française au moment des événements de novembre 2004…

Exact. Nous nous sommes approché de Mme Alliot-Marie qui, au téléphone, nous a laissé un peu dans le vague. Nous avons compris qu’elle était quelque peu embêtée, parce que comme le disait le président Gbagbo, nous entendions vider le contentieux de novembre 2004. Donc elle a fait traîner les choses en prétextant un emploi du temps chargé, jusqu’à ce qu’on arrive aux élections présidentielles et ce que nous savons tous.

Peut-on dire, à ce jour, que la cause des victimes ivoiriennes est définitivement perdue auprès des autorités françaises?

Ah non! Il n’est plus question de règlement amiable. Mais nous sommes en train de travailler à faire avancer rapidement ce dossier, et permettez que je n’en dise pas plus là-dessus.

Le régime a changé en Côte d’Ivoire, et les victimes de novembre 2004 sont inquiètes pour leur sort. En avez-vous déjà saisi les nouvelles autorités?

Nous sommes en train de travailler en étroite collaboration, les représentants des victimes et nous, sur cette 7ème commémoration. Nous sommes en plein préparatifs. Au départ, on voulait organiser une marche symbolique allant de la RTI à l’hôtel Ivoire, à Cocody. Mais cette idée a été écartée par les victimes elles-mêmes, parce que m’ont-elles dit, les questions de sécurité ne sont pas réglées depuis. Et elles n’ont pas pu obtenir les autorisations nécessaires. Ensuite, après cette marche symbolique, les victimes avaient manifesté le désir d’aller saluer leurs camarades qui sont doublement victimes puisqu’ils se retrouvent dans des camps de déplacés à Bingerville et à l’intérieur du pays. Mais pour des raisons évidentes de sécurité, ces deux activités semblent hasardeuses. Donc du coup, nous sommes en train de réfléchir sur la possibilité de préparer un document que nous adresserons aussi bien à la communauté internationale qu'aux nouvelles autorités ivoiriennes.

Madame Bourthoumieux, quelle est votre plus grande préoccupation aujourd’hui?

Ma plus grande préoccupation aujourd’hui, c’est la paix, la véritable paix en Côte d’Ivoire. Parce que la paix en Côte d’Ivoire, et ça je le dis en tant qu’observateur, va conditionner la paix en Afrique. Et je sais que cette paix en Côte d’Ivoire, elle passe par la vérité et la réalité des faits. Elle passe nécessairement par un débat inclusif qui comprendrait, par ordre protocolaire, le président Bédié, le président Gbagbo et le président Ouattara. C’est la condition sine qua non pour la paix en Côte d’Ivoire et en Afrique. L’Afrique et le monde entier regardent la Côte d’Ivoire. Parce que de la solution en Côte d’Ivoire dépendront les 50 prochaines années de nos États et de nos peuples d’Afrique. La question est de savoir si nous, Africains, nous allons être capables de prendre notre destin en main, un jour. Ou bien nous allons continuer encore pour ces 50 prochaines années à tendre la main à l’Occident, quémander vers l’extérieur, alors que nous avons tout chez nous pour vivre dans la paix et développer nos nations. Voilà ma préoccupation, qui rejoint le sens du combat mené par le président Gbagbo.

Interview réalisée par Hamadou Ziao et Anassé Anassé



Source: L'INTER

03/11/2011

Kouassi Ouraga Bertin, chef du village de Mama : “Nous demandons la libération de notre fils”



Source : Notre voie du 03/11/2011 Auteur: Benjamain koré

Le chef du village de Mama, Kouassi Ouraga Bertin, se prononce sur la détention de Laurent Gbagbo, fils de Mama. Il explique comment les populations ont subi le changement brutal de régime et dit ses vérités sur la Cour pénale internationale (Cpi).

Notre Voie : Le Président Laurent Gbagbo est en prison à Korhogo depuis son arrestation ? le 11avril 2011. Vous, chef du village de Mama, son village natal, quelle est votre opinion sur sa détention ?

Kouassi Ouraga Bertin : Le souhait d’un père est de voir son fils libre et jouir de ses droits. Notre fils et frère Laurent Gbagbo a été arrêté et se trouve en prison avec de nombreux Ivoiriens, et beaucoup d’autres vivent toujours en exil. Des mandats d’arrêt sont lancés contre beaucoup d’entre eux. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est gouvernée par un nouveau chef de l’Etat. En politique, un Président est toujours changeable. C’est-à-dire quand un Président part, un autre arrive. Ainsi, nous avons connu Houphouet, Bédié, Guéi et Gbagbo. Mais partir du pouvoir est une chose. Et comment en partir en est une autre. En Afrique, on utilise la violence pour enlever les gens au pouvoir quand on sait que ces gens travaillent bien pour leurs peuples et qu’ils peuvent être réélus. C’est arrivé, Gbagbo est en prison. Mais, nous ses parents, notre souhait est de le voir retrouver sa liberté.

N.V. : Vous souhaitez le voir libre, mais les nouvelles autorités ne cachent pas leur volonté de le traduire devant la justice. Comment trouvez-vous leur démarche ?

K.O.B. : Si les nouvelles autorités ivoiriennes tiennent à juger Gbagbo, nous demandons qu’il soit jugé selon les lois ivoiriennes. Si les autorités ivoiriennes veulent juger Gbagbo, alors nous disons qu’il ne doit pas y avoir un jugement spécifique. Au-delà, nous nous demandons toujours de quoi on accuse Gbagbo et pourquoi on veut le juger. Nous nous interrogeons toujours sans trouver la raison.

N.V. : Les autorités accusent Gbagbo d’avoir commis des crimes de sang dans la crise post-électorale qui relèvent selon elles de la compétence de la Cour pénale internationale (Cpi). Ne pensez-vous pas que ces accusations sont suffisamment graves ?

K.O.B. : Sincèrement, Gbagbo que je connais, je ne crois pas qu’il soit capable de verser une goutte de sang. Si tel était le cas, nous disons que Gbagbo ne doit pas avoir un jugement spécifique. Si nos autorités estiment qu’il a commis des crimes de sang, alors nous demandons que soient également jugés tous ceux qui ont tué depuis 2002 jusqu’à ce 30 octobre 2011 où vous êtes avec nous. Nous ne nous opposons pas aux nouvelles autorités du pays. Mais nous demandons : qu’est-ce que Gbagbo a fait dans la crise post-électorale que les autres n’ont pas fait ? Qu’est-ce que Gbagbo a fait dans la crise post-électorale que les autres ne continuent pas de faire ? Nous n’avons rien contre le Président Alassane Dramane Ouattara, mais nous voulons savoir pourquoi on s’acharne sur Gbagbo seulement.

N.V. : Pourquoi pensez-vous que c’est un acharnement sur Gbagbo ?

K.O.B. : C’est vraiment un acharnement. Parce que, ici à Mama, la résidence de Gbagbo n’existe plus que de nom. Il ne reste que le bâtiment. La résidence de Gbagbo a été mise à sac. Dites-nous à quel autre Président ivoirien, on a fait ça !

N.V. : C’est Gbagbo qui fait l’objet de poursuite parce que les autorités pensent que c’est par lui que les gens ont été tués. Ces accusations ne sont-elles pas graves à vos yeux ?

K.O.B. : Pourquoi on accuse uniquement Gbagbo d’avoir commis des crimes ? Pourquoi on ne remonte pas à 2002 ? Pourquoi on n’ouvre pas les yeux sur les crimes qui ont été commis à l’Ouest ? L’Ouest ne fait-il pas partie de la Côte d’Ivoire ? Tout le monde doit aller à la Cpi et on verra qui restera là-bas et qui reviendra. Ici, des populations que nous avons accueillies sur nos terres nous ont attaqués et continuent de nous séquestrer. Des gens sont morts en brousse. Moi qui vous parle, j’ai fait 16 jours dans la forêt ; je me cachais. Et j’ai tout perdu, mes deux voitures et mes bêtes. Mais ce que j’ai perdu ne vaut pas l’emprisonnement de Gbagbo. Des gens qui avaient quitté le village, il y a 5 ou 10 ans reviennent occuper nos terres. Nous sommes envahis par des dozos (chasseurs traditionnels malinké pro-Ouattara, supplétifs des Frci, ndlr) qui circulent nuit et jour dans nos villages et forêts. Ils nous séquestrent et nous terrorisent. On nous a arraché nos fusils de chasse de type calibre 12 et ces armes ont été remises à des gens qui nous séquestrent. On veut nous anéantir.

N.V. : A vous entendre, on a le sentiment que vous avez gros sur le cœur…

K.O.B. : Nous n’avons pas peur, nous n’allons pas fuir. Nous ne menaçons pas, mais c’est un cri de cœur. Nous demandons qu’on libère notre frère Gbagbo. Il y a un proverbe qui dit : quelle que soit la laideur du petit du chimpanzé, son père l’aime. Tout le village de Mama veut son fils. Si on nous le permettait, c’est tout le village de Mama qui irait à Korhogo pour voir Gbagbo.

N.V. : Ne craignez-vous pas qu’on assimile votre position à un sentiment de rejet des nouvelles autorités ivoiriennes ?

K.O.B. : Non ! Loin de là. Nous n’avons jamais renié le Président Ouattara. Nous n’avons jamais renié Guillaume Soro, qui est un enfant. On dit que tous les chemins mènent à Rome. Il a pris son chemin. Alassane Ouattara est Président. Nous adhérons à sa politique, mais nous voulons qu’on allège nos souffrances. Nous voulons qu’on libère Gbagbo pour qu’il vienne vivre avec nous ici à Mama.

N.V. : Le chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara, prône le pardon et exhorte à la réconciliation nationale. Etes-vous disposé à vous y impliquer malgré votre demande de libération du Président Gbagbo ?

K.O.B. : Nous sommes engagés dans la voie de la réconciliation. Nous étions à Yamoussoukro à l’investiture du Président Ouattara. Nous étions plus de 100 chefs de Gagnoa à rencontrer l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny pour lui dire que nous le soutenons. Mais nous avons demandé la libération de Gbagbo et de tous les autres prisonniers. Nous demandons qu’on permette le retour des exilés. Actuellement, il est impossible d’aller voir Gbagbo en prison et on veut nous réconcilier. Cela ne nous plaît pas. Qu’on libère Gbagbo et tous les prisonniers pour aller à la réconciliation nationale n





Interview réalisée à Mama (Ouragahio) par Benjamin Koré