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03/02/2012

Deux mois après le transfèrement de Gbagbo, les révélations d’un avocat (exclusif)

Maître Ciré Clédor Ly, du barreau de Dakar, est l’un des avocats constitués pour la défense des intérêts du président Gbagbo et de ses proches emprisonnés au nord du pays le lendemain du 11 avril 2011. Il lève un coin du voile sur les tractations politico-judiciaires auxquelles il a assisté à Korhogo qui ont marqué les heures précédant le transfèrement du président Gbagbo à La Haye.

"Saisie par le Président Laurent Gbagbo et sa famille de requêtes dirigées contre l’Etat de Côte d’Ivoire et SEM Alassane Ouattara, la Cour de Justice de la Cedeao avait délocalisé toutes ses audiences du mois de novembre 2011 à Porto Novo, conformément à son Règlement de Procédure. En raison de la visite du Pape Benoît XVI au Bénin, les procédures initialement programmées le 18 novembre furent reportées au mardi 22 novembre 2011. Advenue cette date, la Cour, rendant sa décision sur le siège, ordonna la jonction des procédures déclarées urgentes avant de décider du renvoi au 19 décembre 2011 pour les plaidoiries des avocats constitués. Il est à signaler que l’avocat conseil de SEM Alassane Ouattara était cependant rentré de toute urgence en Côte d’Ivoire, sans attendre les débats.

La suite des évènements permettra de comprendre qu’en réalité, l’Etat de Côte d’Ivoire craignait d’entendre la Cour ordonner la libération du Président Laurent Gbagbo et sa famille, détenus illégalement depuis la prise du pouvoir par le nouveau régime. Il fallait d’urgence planifier le transfèrement du président à la Cour pénale internationale, pour mettre ainsi le monde entier devant le fait accompli. La Cour de justice de la Cedeao n’aurait aucun moyen, ni aucune base juridique pour empêcher le fait accompli qui avait un autre fondement juridique que celui sur lequel elle était saisie.

C’est ainsi que le 23 novembre 2011, les avocats du Président Laurent Gbagbo furent convoqués pour un interrogatoire au fond sur la procédure d’inculpation inédite de vol à main armée pour un chef d’Etat. L’on fera remarquer à cet effet que la procédure ainsi engagée violait les droits de la défense de Laurent Gbagbo car, en sa qualité de Président de la République pour certains, d’ancien Chef d’Etat et membre de droit du Conseil constitutionnel pour d’autres, ce dernier ne peut légalement faire l’objet d’une inculpation, d’un interrogatoire ou même un jugement par un magistrat, radicalement incompétent rationae personae.

Le 25 novembre 2011, par ordonnance N°42/11 rendue par Monsieur Kanga Penond Yao Mathurin, premier président de la Cour d’appel d’Abidjan, la Chambre d’accusation d’Abidjan sera autorisée à «se transporter et siéger au lieu de détention de monsieur GbagbCire Cledor LY.jpg

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29/01/2012

Bernard Dadié: « Aujourd'hui ou jamais, Paris, abandonne la raison des armes! »



Source : Telediaspora.net : Du 29/01/2012


Oui, nous ressassons. Cela est bien connu. Les ex-colonisés «ressassent» quand les ex-colonisateurs «tournent la page» Mais les choses seraient-elles aussi simples ? De quels «ex» parle-t-on ? Pour excuser, en partie, l’infamie du Système colonial, des casuistes mirent en avant la responsabilité des 200 familles et de «colons brigands», puis «le régime de la honte», celui des collaborateurs de l’Allemand, Vichy. La France Libre et la Résistance à l’appel de laquelle les Nègres accoururent de partout, pour bouter dehors l’envahisseur, allaient enfin respecter l’Esprit français et les Droits des peuples si longtemps piétinés. Au lieu de quoi, nous assistâmes à la Réunion des Gouverneurs des Colonies pour annoncer qu’il n’y aurait pas d’évolution hors du bloc français.

Sékou Touré paya cher son audace…Ce qu’il arriva par la suite en Guinée, en fût, hélas, la conséquence. Nous-mêmes savons aujourd’hui ce qu’il en coûte de se vouloir homme libre dans un pays d’hommes libres. Peuple frère de Paris, sorti du XXe siècle, nous te saluons et te disons que la Liberté, l’Égalité et la Fraternité pour tous, la raison de ton héroïque combat au long des siècles, n’a jamais franchi pour nous, l’océan atlantique, qu’ont traversé tant de tes bateaux négriers. Descendants d’anciens tirailleurs et de petits cols blancs, surnuméraires ou médecins indigènes, aux salaires de misère, de paysans sans outils, dont la production est soumise aux appétits des grands groupes agro-industriels mondiaux, nous t’interpelons pour que, au-delà des «vérités officielles», tu connaisses «nos raisons».

Tes Gouvernements des bords de Seine, nous ont mandé, des siècles durant, sous la bannière de la Croix puis des Droits de l’Homme, leurs Conquérants, pour exploiter nos terres et nos hommes. 1945…1950…1960…, des dates qui rappellent tant d’occasions perdues de renouer enfin un dialogue égalitaire entre nos peuples. On avait salué avec force roulements de Tam-tam et déhanchements, la liberté et l’indépendance retrouvées. Nous les attendons toujours, avec certes un peu moins de bravos et de déhanchements…

Aujourd’hui, Paris attend toujours de nous déférence et révérence. Il mène le jeu et ne craint qu’une chose, que nous osions aller lui présenter nos doléances comme les femmes le firent pour le Roi à Versailles, tandis que les hommes ouvraient les prisons politiques et manifestaient contre les injustices et le mépris, mettant à terre toutes les Bastilles avec une violence, souvent injuste, hélas. Ne sommes-nous pas, sur papier, du moins, «libres» et «souverains» ?

C'est cette liberté-papier, de cette souveraineté-papier que nous voulons sortir; de l'ère ténébreuse de l'extension des influences de l'exploitation, toujours sous le couvert d'un douteux appui à notre développement.

Oublies-tu Paris que la grandeur d’un pays se manifeste dans le respect et l’accueil à la parole et à la culture de l’Autre et non dans l’imposition et l’expansion mercantile de la sienne ? Ne serait-il pas temps d’ailleurs de s’interroger sur les manipulations que l’Occident après l’avoir lancé, fait subir à la notion de cet «Autre» ? Nous, nous entendons, bien qu’on souhaite les étouffer, les pleurs de chacun : de ces enfants des villages qui continuent de voir leurs mères éventrées sous leurs yeux, et leurs vieux décapités, égorgés, leurs biens volés et leurs champs occupés, leurs cimetières profanés, sans qu’aucune des forces observatrices en présence n’ait tenté de leur porter secours ou même ait élevé suffisamment la voix ; de ces habitants, bloqués et affamés en leur maisons, de tous ceux, impuissants, qui ont pu constater, ici ou là, les cadavres dénudés, insultés de ces jeunes gens, sur les ponts et carrefours, balayés au matin comme des immondices, avec leur drapeau blanc, rouge de leur sang vermeil. Oui !

Les morts d'avant hier, d'hier et d'aujourdhui ne cesseront de crier et de te réclamer pleine et entière. Justice, Paris: et s'avanceront, à leur tête, après les chaînes fourmies de la traite, les "Morts pour la france" entérrés à Villeurbanne, à Chasselay et autres lieux pour veiller sur ton pays. Le minimum exigible de la justice est l'équité de traitement.

Il est dans la Hollande ;
Les hollandais l’ont pris…
Non ! Pas les Hollandais…

Enlever et déporter un homme d’État, quand il ne plaît pas, quand il gêne, est une vieille habitude de Paris. Au temps de la Conquête, Bakary Touré est enlevé et expédié au Gabon, Nana Ya Assentewa, aux Seychelles où elle s’éteint ; Samory Touré à Madagascar, Béhanzin à la Martinique puis en Algérie. En application des Droits de l’homme et du Citoyen, le Roi du Maroc est détrôné, exilé avec toute sa famille et remplacé par une créature du Glaoui de Marrakech, l’homme de la France ; le gouvernement de l’Algérie en guerre, est enlevé en plein vol ; et Bokassa, cet «Empereur» que Paris nous fabriqua, est dépouillé de tout puis interdit de séjour en Gaule. Au Nord, la force brutale, pour l’Afrique, au Sud du Sahara, on y ajoute la farce, la dérision et le mépris.

Avions qui s’écrasent, villages incendiés, leaders empoisonnés…, le temps du «brigandisme colonial», est-il passé ? Aujourd’hui un président noir qui avait refusé de tenir un langage de sujet, est expédié, en coulisse, et cadenassé dans un pays qui fut longtemps la Terre d’Asile de ceux qui refusaient le totalitarisme de la pensée. Spinoza, Descartes, réveillez-vous. On sait ce que les armées de la Révolution de 1789, après avoir aidé à la libération des peuples opprimés, firent de cette Liberté à peine entrevue, sous le Directoire puis sous le Consulat de Bonaparte.

En Guyane, un Victor Hugues, comme tant d’autres de son modèle, s’était déjà mué de Libérateur en Dictateur de la pire espèce, faisant éprouver aux populations locales, après l’esclavage et avant son rétablissement, les méthodes du Travail Forcé dont on a longtemps connu l’application dans nos colonies. Paris, la mémoire des Antilles est lourde ; elle est un miroir dans lequel il serait bon que tu t’examines avec moins de complaisance que tu ne le fais généralement, pour découvrir de quoi en certaines occasions, tu es, toi aussi, capable.

Un «Non !» sonore à un référendum et la Guinée parce qu’elle avait osé prendre sa liberté hors d’une «interdépendance», souhaitée ou plutôt imposée par la France, fut en butte à toutes les vexations. Le Portugal, l’Allemagne Fédérale, le Sénégal et la Côte d’Ivoire furent vivement sollicités pour aider à chasser Sékou Touré du pouvoir. En vain. La Guinée, à travers tribulations et souffrances put du moins sauvegarder une parties de ses richesses naturelles…à l’heure où celles de notre pays gaspillées, mais encore énormes, continuent de partir par colonnes de camions vers on ne sait quels usines de quels pays et pour accroître les fortunes de quelles multinationales ?

En cinquante, il fut conseillé au Président Houphouët, alors député, de rejoindre Paris. Ce qu’il fit. Il nous revint et se souvint que l’opposant baoulé de la première heure, Alangba avait été arrêté et fusillé à Toumodi, mais sur une pancarte plantée à l’entrée de Yamoussokro, la France remerciait ceux qui l’avaient aidée dans la conquête de ce même pays baoulé. Assinie, Grand-Bassam, Bingerville, Abidjan, avaient été, successivement, décrétées capitale et c’est par une annonce faite sur radio-Dakar que nous apprenions le transfert du siège de la dernière capitale à Yamoussokro. Si les Rois absolus de la France vivaient à Versailles, la République, elle, réintégrait ses gouvernants plus démocrates, au centre de Paris, de la grande cité, la plus peuplée, la plus turbulente ou vibre le coeur multiple d’une France plurielle.

Le séjour sur les bords de Seine, avait bridé les élans de notre Mouvement. La politique que nous avions souhaité voir s’exprimer, en phase avec nos idéaux RDA, était rejetée avant même que d’avoir été entendue, comprise. Elle gênait Paris, cela suffisait. Le Sanwi, le Guébié, Assabou et autres lieux, confirmaient que nous étions entrés dans le rang. Interdiction d’aller voir ailleurs sous peine d’être traité comme des « marrons».

Les «maquis» n’étaient que des lieux de ripailles populaires et la transgression n’y était admise qu’en musique. Place de la Bastille, chaque 14 juillet, on fête et l’on danse, toutes trompettes en délire, le droit du peuple et de chacun à la liberté et au respect des opinions, le droit à un travail décent. De l’autre côté de l’Océan, des portes des cahutes ouvertes sur la vaste mer, on aperçoit les loupiotes des barques qui tanguent au gré des colères de la masse liquide et sombre. Elles attendent leur chargement d’esclaves. Des hommes, des femmes et des enfants s’en vont, conscients du péril, ils vont «se chercher », engager leur force et leur intelligence à des trafiquants du travail : ici, la famille crie famine !

Aujourd’hui un président noir qui avait refusé de tenir un langage de sujet, est expédié, en coulisse, et cadenassé dans un pays qui fut longtemps la Terre d’Asile de ceux qui refusaient le totalitarisme de la pensée


Hier, chez toi, Paris, royauté, noblesse, bourgeoisie, strates populaires, pourtant divisés, opposés, s’unissaient contre les « exigences» des barbaresques et répondaient, outragés, à un coup de chassemouches par la conquête de l’Algérie. Paris, piqué au vif, se jetait sur l’impudent, sans que l’on songea à examiner davantage les raisons de tout cela. Haiphong, Bizerte… La litanie continue. On s’interroge, cependant.

Comment Paris, qui prétend, au nom des droits universaux au respect de la personne humaine et des peuples, peut bombarder, puis s'emparer d'un responsable politique étranger, et continuer à "suggérer", peser, presser pour que ce responsable soit enlevé à son pays "souverain"; déporté et emprisonné avant jugement. Saint Paul, citoyen romain, attendait en liberté, à Rome, l'instruction de son procès.

Nous saluons d’autant plus tous ces occidentaux et ces français, en particulier, et tous ces Africains, qui, à notre place, dénoncent, en l’occurrence, le mépris des droits des peuples.

Hier, on brûlait içi les manuels scolaires parce que l'histoire que rapportaient les indigènes n'étaient pas conforme à celle que le Pouvoir voulait voir écrite. Aujourd'hui on peut-on continuer ainsi; continuer de croire que l'Histire est une discipline molle, manipulable au gré des humeurs et des passions des hommes qui nous gouvernent?

Paris, redresseur de torts, donneur de leçons à toute la planète, prend toute une population en otage, l’affame, lui refuse les médicaments, puis la bombarde. « Dégât collatéraux » dit-il, qu’il se garde de compter et qu’il impute au parti et au leader qui ne lui revient pas… À Thiaroye, déjà, les coupables, étaient ceux qui réclamaient leurs droits. Ces hommes qui avaient laissés leur terre, leurs amours et leurs affections pour défendre la France.

Paris, tu as pourtant tes propres problèmes! Nos richesses en seraient elles la solution? Nous avons certe nos difficultés, lourdes, multiples, mais nous sommes capables de les régler sauf à penser que nous ne méritons pas notre liberté

Le 43e BIMA et les hommes politiques qui gardent l’esprit étampé par le système colonial quand bien même ils ne l’ont pas vécu dans leur chair, cesseront-ils de nous souffler des solutions qui ne provoqueront que des retards et, à terme, des éléments de division. Le cordon ombilical entre Résidences d’ici et d’ailleurs doit être coupé, sans interdire toutes autres sortes de liens d’amitié et de respect mutuels. S’il y a eu des élevages de Nègres à Saint-Domingue et des dressages de cerveaux en Côte d’ivoire, cela doit cesser.

En 40-45, «Il n’y a pas de libération sans insurrection», affirmait De Gaulle. Implacable et cynique, Hitler proclamait : «Je regarde avec calme venir le grand combat ». Et De Gaulle, avec constance et fermeté, répliquait : «Notre patrie est en péril de mort. Luttons pour la sauver. Vive la France.»

À Paris, occupé par l’Allemand ; à Vichy, la capitale dérisoire de Pétain, se disaient des prières pour certaines intentions. Les autres français, -encore, alors, une minorité-, ceux qui refusaient l’injustice, les pillages, le mépris, disaient eux aussi des prières. À notre tour, de prier le Seigneur. Avons-nous jamais cessé ?

« Sauve-nous, Seigneur, nous les Nègres, dont on fait si bon marché ici et ailleurs, sauve-nous de toute servitude dans le quartier du monde que tu nous a donné : l’Afrique ; et ailleurs… Sauve-nous d’abord de nous mêmes et de nos complexes. Chaque peuple a ses traditions et ses coutumes, sachons les habiter avec dignité, et respect les uns des autres. La colonisation et tout ce qui s’y apparente est un vol, fais que nous en soyons exempts. Ni sujets, ni maîtres. Simplement, des hommes et des femmes, riches de tous leurs héritages culturels et affectifs et de leur travail. Libres de penser par eux-mêmes. Responsables.»

Les gouverneurs et instituteurs français qui, par le passé, avaient été relevés de leurs fonctions pour avoir refusé de couvrir des crimes coloniaux et racistes, méritent notre reconnaissance. Plus nombreux furent ceux qui ont continué de jouer avec nos vies. L’humanité des êtres et des peuples qui leur font face, avant que leurs opinions politiques, n’a aucun sens pour certains individus qui entendent rester ou redevenir des « Maîtres » de notre Continent. Contre cet aveuglement, ce mensonge, ces ténèbres, la Côte d’Ivoire s’éclaire et reprend sa route pour des Temps Nouveaux, pour le transfert, dans l’égalité des nations, des sièges de pouvoir afin de développer librement nos pays et notre continent.

C'est maintenant ou jamais que Paris doit déclarer que le temps des képis et des baïonnettes est définitivement passé. On ne saurait garder ouvert le temple de Janus, mener des raids meurtriers en coupeurs des routes de terres, de ciel et de mer, sans déchaîner un jour sur son propre pays, la colère divine.

Nous avons trop aimé une certaine France pour le souhaiter ! Mais quelle France ? Celle qui s’insurgeait, et continue de le faire, contre la colonisation, contre racisme et contre toute occupation. La France de 1936, qui écoutait le Peuple. Nous ne la reconnaissons pas ou plus, dans cette France qui, tous les cinq ans, se choisit un
nouveau roi. Un souverain qui, tel Louis XIV, se croit en droit de donner des leçons au monde entier. Non plus comme vicaire divin, mais comme investi d’on ne sait quel pouvoir, venu du fond des âges, du seul fait qu’il serait né sur le sol de la Gaule et élu par les habitants de ce pays-là.

Les Français ignorent ils que nous avons été, comme eux, portés neuf mois dans le ventre de nos mères et que nous avons tous, comme eux, quatres membres et un cerveau doté d'autant de circonvolutions?

Ignorent-ils, aujourd’hui, au constat de ce qui se passe dans le « tiers » monde –enfin debout-, que les pays qui ont été le moins nuisibles aux peuples qu’ils ont voulu soumettre, sont ceux qui ont le moins colonisé ?

Aujourd'hui ou jamais, Paris, abandonne la raison des armes!

Bernard B. Dadié
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27/01/2012

Depuis Odienné, Simone Gbagbo parle aux Ivoiriens (exclusif)

Source : Le Nouveau Courrier du 27/01/2012


Arrêtée en même temps que son époux le président Laurent Gbagbo, Simone Ehivet Gbagbo est détenue à Odienné depuis le 12 avril dernier, dans la résidence de l’ex-chancelier où elle passe ses journées entre prières et méditation de la Bible, lecture et les films comiques ivoiriens. Aujourd’hui, la présidente du groupe parlementaire Fpi lance un message fort aux Ivoiriens depuis sa prison d’Odienné.

C’est une femme moralement forte, même si depuis près de dix mois elle n’a pas revu ses enfants. La Première Dame Simone Ehivet Gbagbo n’a rien perdu de sa sérénité et de son assurance. Si elle avait parue amaigrie, il y a quelques mois sur les images qu’il avait été donné de voir, à l’occasion d’une des visites de son conseil d’avocats, aujourd’hui la députée d’Abobo semble avoir pris quelques kilos en plus, nous apprend notre source. Elle témoigne de ce qu’elle est bien traitée depuis son arrivée à Odienné. Même si une prison demeure une prison, malgré tout. Ses proches lui manquent. En ces moments de montée de violences perpétrées par des pro-Ouattara, elle a insisté sur le fait que les Ivoiriens doivent pardonner et ne pas avoir un souci de vengeance.
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22/12/2011

En guise de récompense: Alassane Ouattara abandonne l'ouest aux ex-rebelles

Source : Le Nouveau Courrier : Du22/12/2011

Vraisemblablement, le chef de l’Etat ivoirien a décidé d’offrir tout le grand ouest de la Côte d’Ivoire aux ex-rebelles des Forces nouvelles conduites par l’actuel locataire de la primature Guillaume Soro qui soutiennent Alassane Ouattara depuis la rébellion du 19 septembre 2002 et qui sous l’appellation de Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) créées rapidement en mars dernier pour voiler la collusion avec la rébellion qui lui a été d’un soutien déterminant dans la bataille d’Abidjan qui l’a porté au pouvoir.

Pour cela le chef de l’Etat a certainement voulu être reconnaissant à ses soldats d’une manière ou d’une autre. En témoignent les nominations à des hautes fonctions dans l’Armée des chefs de l’exrébellion, l’impunité dont bénéficient les Frci qui commettent des exactions et tracasseries régulières sur les populations sur l’ensemble du territoire. Mais la situation est plus atypique dans l’ouest où les soldats règnent en maitres absolus, et de ce fait, ont décidé de se payer sur le dos des populations qui souffrent le martyre de cet «état de siège» dans l’indifférence quasi-totale des nouvelles autorités.

Une économie parallèle ou de guerre qui a de l’avenir

En effet, les Frci ont ajouté une autre corde à leur capacité de nuisance sur les populations de l’ouest du pays : le racket généralisé ; s’érigeant mutatis mutandis en l’administration administrative et financière qui est quasiment absente ou présente pour la forme par endroit. Ainsi, en période de récolte, les perceptions illicites et autres extorsions se sont accentuées. De la plus mauvaise des manières et des méthodes peu orthodoxes au détriment des planteurs et acheteurs.

Le lieutenant Zoulou, commandant Frci de Bloléquin fait émettre des tickets pour prélever et percevoir des taxes illicites, donc non officielles, seulement pour son propre compte, appelés «tickets de ramassage» auprès des planteurs. Cette taxe fixée à 9 000 francs Cfa (une taxe soumise à des vicissitudes puisqu’elle peut évoluer en fonction des humeurs des hommes en armes) est perçue sur les pistes villageoises pour tout camion de café-cacao à destination de la ville de Bloléquin. Pour asseoir et consolider leur «trésor de guerre», la voracité des hommes en armes ne saurait se limiter ces «miettes». Ils jettent donc leur dévolu sur les acheteurs, une fois les marchandises stockées dans leurs magasins en ville. Et là, ces derniers doivent payer le prix fort, non sans colère. «C’est illégal mais on est contraint de payer», a réagi un des acheteurs de produits agricoles. En effet, avant de convoyer leurs différents produits achetés vers les différents ports du pays, les acheteurs doivent débourser la bagatelle de 150 000 francs Cfa par camion.

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Pourquoi la France en veut à Gbagbo !

Source : Telediaspora.net : du 22/12/2011

La Côte D’Ivoire, devenue l’une des colonies de la France depuis la conférence de Berlin de 1885, continue après les indépendances factices, d’être la vache à lait de cette vorace puissance colonisatrice. Malgré ces indépendances, et pour satisfaire leurs besoins sans cesse croissants en matières premières, les dirigeants français vont installer à la tête de leurs ex-colonies leurs hommes de main, des personnes disposées à leur brader les richesses africaines.

Ce fut le cas en Côte D’Ivoire avec Houphouët Boigny, pion essentiel de la françafrique, pour enraciner l’hégémonie de la France en Afrique. C’était le prix à payer pour que celui-ci puisse demeurer longtemps au pouvoir. C’est pourquoi, la France avec l’aide de ses « préfets » africains s’employait à tuer ou chasser du pouvoir tous les responsables politiques africains qui s’opposaient à ses intérêts.
Ainsi furent tués ou chassés du pouvoir Modibo Keita du Mali, Sylvanus Olympio du Togo, François Tombalbaye du Tchad, Hamani Diori du Niger, Thomas Sankara du Burkina Faso, Pascal Lissouba du Congo et bien d’autres. De même, tout africain n’ayant pas l’onction de l’Elysée et qui s’opposait au Président parrainé, subissait la même furia. C’est le sort réservé aujourd’hui à Gbagbo.

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10/12/2011

Après son transfèrement à la cpi - Gbagbo : sa nouvelle vie à La Haye / Voici le document qui clarifie tout

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Source : L'Inter du 09/12/2011

L'ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo s'est adapté à son nouvel environnement carcéral. Transféré à la Cour Pénale Internationale (CPI) le 30 novembre dernier, il n'a pas mis assez de temps pour se familiariser au mode de vie de la prison hollandaise de Scheveningen, le centre pénitentiaire situé dans les faubourgs de La Haye qui héberge les détenus de la CPI, du TPIY (Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie) et du TSSL (Tribunal Spécial pour la Sierra-Leone). Passé le «choc» émotionnel de ce voyage-éclair en Hollande, comme l'a expliqué son avocat Maître Emmanuel Altit, Laurent Gbagbo réapprend à vivre une vie «normale».

En effet, lors de sa première audition par les juges de la Cour, lors de l'audience de comparution qui s'est déroulée le lundi 05 décembre dernier, le prisonnier le plus célèbre de toute l'histoire de la Côte d'Ivoire a révélé lui-même qu'il était satisfait des conditions de détention à La Haye. Comparativement à son assignation à résidence à Korhogo, où il s'est plaint de n'avoir «pas vu le soleil» assez souvent ; et aussi de ne pas pouvoir se promener dans la cour de «sa villa» ou de faire des exercices physiques.

Au pénitencier de Scheveningen, Laurent Gbagbo dispose d'espace pour se mouvoir et d'installations pour entretenir sa forme physique, morale, intellectuelle et spirituelle. Selon une note interne de la CPI intitulée «Comprendre la Cour Pénale Internationale», l’emploi du temps quotidien du quartier pénitentiaire permet à l'ancien chef de l’État ivoirien d’effectuer une promenade dans la cour de l’établissement (en plein air avec vue sur le ciel), de faire des exercices, de participer à des activités manuelles, de s'adonner à des activités sportives et de loisirs, etc. La prison dispose en effet en son sein, d'un court de tennis, d'un terrain de basket-ball et d'une salle de jeu baby-foot.

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25/11/2011

Gbagbo raconte lui-même son 11 avril . Comment une bombe a atterri dans sa chambre et détruit sa bibliothèque. Pourquoi il a demandé à l'armée ivoirienne de ne plus se battre.Les tentatives de «corruption» de l'administration Obama


Source : Le Nouveau Courrier : Du 24/11/2011


Le livre est intitulé «Côte d'Ivoire : le coup d'Etat». Il est écrit par le journaliste d'investigation Charles Onana et préfacé par l'ancien président sud-africain Thabo Mbeki. Et il apparaît d'ores et déjà comme un livre-événement, tant les révélations et les rappels utiles y sont foisonnants. Le livre contient également des documents et des courriers inédits que Charles Onana a réussi à se procurer, provenant notamment de ministres français. Déjà en vente en France, «Côte d'ivoire : le coup d'Etat» sera-t-il autorisé à la vente en Côte d'Ivoire ? Il faudrait pour cela que des libraires ou des distributeurs aient le courage de le commander... Le Nouveau Courrier publie ici des «bonnes feuilles» de ce livre. Il s'agit du témoignage du président Laurent Gbagbo, qu'il a pu faire parvenir à Charles Onana depuis sa réclusion, et qui va, à coup sûr, déranger des milieux internationaux très haut placés. Ses accusations contre l'armée française, qui a selon lui tiré sur de jeunes manifestants Ivoiriens pour les disperser ou les empêcher de rallier sa résidence, et qui a visiblement profité d'une conversation téléphonique pour le localiser dans la résidence et bombarder sa chambre, sont très claires. Elles montrent une petite partie de ce qu'il a à dire, et constituent une alerte pour tous les hommes de bonne volonté. En effet, le pouvoir Ouattara et la Sarkozie doivent absolument comprendre qu'une éventuelle élimination physique du témoin gênant de Korhogo serait lourde de conséquences pour la Côte d'Ivoire. A court, moyen et long terme.

Gbagbo raconte comment une bombe a atterri dans sa chambre et détruit sa bibliothèque

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22/11/2011

Guillaume le Conquérant " Quand Vénance Konan déshabille Soro Guillaume

Source : Telediaspora.net : du21/11/2011

( Slate Afrique ) Guillaume le Conquérant
«Guillaume, aujourd’hui, tu es le quasi vice-président de la Côte d’Ivoire. Quel chemin tu as parcouru, à seulement 39 ans, et malgré pas mal de casseroles. Chapeau, l’artiste!» Par Venance Konan.

Chapeau bas pour Guillaume Kibafory Soro, alias Bogota, de son nom de guerre du temps de la Fédération des étudiants et scolaires de Côte d'Ivoire, la Fesci. Tu mérites effectivement respect, Guillaume, au vu de ton parcours.
Chapeau, l’artiste!
Te souviens-tu de ce jour de 1998 où je te remis le trophée de l’homme de l’année dans mon bureau de rédacteur en chef d’Ivoir’Soir? A cette époque tu étais le frêle secrétaire général de la Fesci et nos lecteurs t’avaient plébiscité pour le titre d’homme de l’année, parce que tu donnais du fil à retordre au gouvernement de Bédié. Et j’avoue que cela me plaisait bien de te décerner le titre, parce que j’aime bien ceux qui cassent les pieds aux pouvoirs politiques.
A cette époque la Fesci ne réglait pas ses différends à coup de machette, ne tuait pas, ne violait pas, ne rackettait pas, et nous croyions que vous aviez raison d’exiger d’être formés dans de bonnes conditions. Nous ignorions que votre syndicat était l’appendice des partis d’opposition d’alors.Soro-regard.jpg

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21/09/2011

Retour sur la bataille d’Abidjan. Comment les Généraux ont lâché Gbagbo

Source : Le Nouveau Courrier du 21/09/2011


Cinq mois après l’arrestation du président Laurent Gbagbo par les forces spéciales françaises, un proche d’un Général d’armée des Fds livre les secrets de ce qui peut être considéré comme «la trahison des Généraux».

Comme se plaît à le répéter les partisans du président Laurent Gbagbo, malgré les pressions internationales de toutes sortes et les coups de canon qui tonnaient ça et là, la République dans son ensemble est restée unie autour du chef de l’Etat. Aucune institution n’a apporté son soutien à Ouattara, encore retranché au Golf Hôtel, pas même les grands commandements de l’armée. C’est le 30 mars 2011 que l’ex-commandant des forces terrestres, aujourd’hui chef d’Etat-major adjoint, le Général Detho Letho a «déserté» pour se retrouver dans le camp Ouattara. Les Généraux ont-ils lâché ou non Gbagbo dans ce bras de fer politicomilitaire, pudiquement appelé crise postélectorale ? Les révélations d’un proche d’un Général des ex-Fds vient situer plus d’un sur le rôle joué par les patrons des Fds au plus fort de la récente crise politico-militaire.

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19 septembre 2002: Il y a 9 ans, la rébellion endeuillait la Côte d'Ivoire. 19 septembre 2002 – 19 septembre 2011: Sur les traces de la rébellion


e la rébellion
Source : Le Nouveau Courrier du 20/09/2011


Il y a neuf ans, une tentative de coup d’Etat sanglant se muait en rébellion. La Côte d’Ivoire était attaquée par une cohorte d’individus venus du nord du pays. Retour sur un événement qui continue de rythmer la vie politique nationale.

Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, une énième tentative de coup d’Etat contre le pouvoir du président Laurent Gbagbo, en place seulement depuis fin octobre 2010, s’opérait en Côte d’Ivoire, pendant que ce dernier était en visite officielle en Italie. Plusieurs objectifs militaires et des résidences des pontes du régime sont attaqués simultanément à Abidjan, Bouaké et Korhogo. Devant l’échec patent du coup de force à Abidjan, les putschistes vont se replier sur Bouaké et y former un kyste qui deviendra une rébellion. Avec l’appui de l’armée française qui prétextera du rapatriement des ressortissants occidentaux dans la zone pour imposer une scission du pays. La plupart des auteurs du coup d’Etat manqué étaient en exil dans des pays limitrophes. Notamment au Burkina voisin, où le gros lot du contingent dirigé par le Sgt-chef Ibrahim Coulibaly dit IB, composé de militaires en rupture de ban et d’ex-fescistes et de fescistes dissidents, avait trouvé gîte et couvert. Sous le regard bienveillant du président burkinabé, Blaise Compaoré.

Le contingent des fessistes

Plusieurs militaires s’étaient réfugiés au Burkina, pour échapper aux hommes du Général Guéï qui les avaient accusés d’avoir attenter à sa vie, en pleine transition militaire. Lors du coup du cheval blanc, la résidence du chef de la junte avait subi une attaque. Le Général-candidat s’était alors séparé des Généraux Palenfo et Abdoulaye Coulibaly, membres du Comité national de salut public (Cnsp).

En Octobre 2000, Laurent Gbagbo, l’opposant historique accède au pouvoir. Dans le même temps, entre fin 2000 et 2001, naissait au sein de la Fesci, une dissidence conduite par un certain Doumbia Major contre Blé Goudé, Sg de la Fesci d’alors. C’était l’épisode de la «crise des machettes» sur les campus. Le camp Blé Goudé voyait derrière la dissidence de Doumbia Major, la main de l’ex Sg de la Fesci, Guillaume Soro qui, entre temps, avait déposé ses valises au Rdr d’Alassane Ouattara et avait même été le colistier d’Henriette Dagri Diabaté à Port-Bouet aux législatives de 2000 que le Rdr avait finalement boycotté.

La dissidence, du moins la «rébellion» au sein de la Fesci, n’ayant pas atteint son objectif, plusieurs des meneurs se sont enfuis hors du pays. Un groupe s’est retrouvé au Burkina et l’autre au Mali. Drigoné Faya, Salif Soumahoro, Bossenan Claver dit Clarck, Kara, Morel, Timité Ben Rassoul se sont retrouvés au Mali. Au Burkina voisin, Soro et ses amis dont Soul to Soul et Doumbia Major avaient rejoint les militaires exilés, avec à leur tête le Sgt-chef IB. C’est donc depuis Ouaga que ce qui deviendra par la suite la rébellion ivoirienne se préparait. Le Chef des Opérations, IB, avait à l’époque une grosse moto. Selon un ex-proche du «contingent de Ouaga», c’est le «chef» IB lui-même qui a fait appel à Guillaume Soro pour jouer le rôle de porte-parole et diriger en quelque sorte l’aile politique.

Guei Robert victime de son «complot»

Pendant la préparation du coup, explique A. Coulibaly, chacun des soldats avait été «affecté» au meurtre de personnalités clés du régime et de plusieurs gradés de l’armée. «Voilà comment le ministre Boga Doudou et des gradés de l’armée ont été tués. Et d’autres personnalités dont des ministres et des proches même de Gbagbo devraient être assassinés pour casser le moral des troupes», révèle-t-il. Le Général Guéï Robert était dans le coup. Il avait ses éléments dans le complot. Malheureusement, explique celui qui a été pendant longtemps dans l’entourage des cerveaux du 19 septembre 2002, les propres éléments du Général Guéï avaient été retournés contre lui, sans qu’il ne s’en rende compte. Selon le plan arrêté avec Guéï, le pouvoir devrait lui être profitable pour la seconde fois. Alors qu’IB et ses hommes avaient planifié son assassinat pendant l’opération. Ainsi, c’est le sergent-chef qui devrait être amené à faire la déclaration de prise du pouvoir devant profiter, après coup, au commanditaire du coup de force.

Le coup d'état précipité au 19 septembre

La date du 19 septembre est choisie à la dernière minute. Le «contingent» de Ouaga est à Abidjan depuis quelques jours. Les hommes de Guéï sont aussi sur le terrain. L’opération est lancée dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, sans que tout ne soit véritablement peaufiné. Le coup de force est un fiasco, malgré les assassinats de plusieurs dignitaires civils et militaires du régime. Et débouche sur l’assassinat du Général Guéï qui est en réalité un des acteurs clé de l’opération.

«Mais, les autorités ne savaient pas que c’était un putsch dans un autre. Parce qu’il faut savoir que la rébellion n’était pas encore prête à faire son coup d’Etat. Guéï a avancé cette date et les autres l’ont soutenu. Tout a donc échoué. Ils ont fait un repli sur Bouaké où ils installeront leur base», explique A. Coulibaly. Pendant ce temps, IB avait installé sa base à Korhogo, à l’hôtel «Le Mont Korhogo». La rébellion est ainsi née de l’échec du coup d’Etat. Cela a été possible parce que les combattants assaillants avaient été prédisposés à Bouaké et Korhogo pour les attaques simultanées des villes d’Abidjan, Bouaké et Korhogo.

Clash Soro-IB une histoire de maraboutage

Le Sergent-chef Ibrahim Coulibaly dit IB a perdu petit à petit l’estime de ses camarades qui lui reprochait de vouloir profiter de la «mission» pour assouvir ses ambitions. «Quand on partait voir les marabouts, IB en tant chef était chargé de conduire les choses. Mais à chaque fois qu’on partait voir un marabout, ce dernier préférait le nom de Soro à celui d’IB pour les préparations mystiques, parce qu’on choisissait forcément le nom de quelqu’un pour faire les incantations. Ils disaient tous (les marabouts, ndlr) que le nom de Soro est favorable parce que son âme est faite pour diriger. Et qu’avec lui, on pouvait réussir telle ou telle autre mission», révèle Coulibaly. Dans le langage supranaturel, bien qu’il soit le chef reconnu, le nom d’IB n’est pas «mystiquement favorable», contrairement à celui de Soro.

Ce qui va faire prendre confiance à Soro qui va, dès lors, malicieusement préparer un putsch contre IB. «Soro a compris qu’il peut diriger la rébellion comme le prédisaient les astres. Il a commencé à se rendre indispensable, agissant en vrai leader du mouvement. Pendant ce temps, IB multipliait les erreurs depuis le camp de retranchement de Ouaga, en ne nommant que ses frères Kôyaka autour de lui», témoigne notre source au coeur de la rébellion.

Comment Soro récupère la machine

Guillaume Soro, alias Dr Koumalo, va surfer sur le «tribalisme» d’IB pour le fragiliser et récupérer le mouvement. Il attire l’attention des autres acteurs du mouvement sur les choix du sergent-chef IB qui se résument aux gens de sa «région». Et avec la bénédiction du destinataire de la lutte, qui tirait subtilement les ficelles, IB est fragilisé au sein de la rébellion, au profit du Dr Koumalo (Guillaume Soro, ndlr).

Le talon d’Achille d’IB, note A.C, c’est qu’il avait l’habitude de se tenir à distance du théâtre des opérations. Un coup est donc monté pour arrêter le sergentchef, afin de l’éloigner durablement, voire définitivement, du commandement de la rébellion. Avec la bénédiction du tuteur, Blaise Compaoré et de la France. Ce qui propulse Soro à la tête de la rébellion. Sur le terrain, tout était mis en oeuvre pour refroidir les hommes clés d’IB. Notamment, Adams son jeune frère qui régnait à Korhogo et Youl, chef rebelle de Pôgô, Koffi, etc. Angaman Messou a dû fuir pour se réfugier au Burkina. Plusieurs des hommes du sergent-chef encore présents dans la capitale malienne trouvent refuge en France.

Notamment, Doumbia Major, Drigoné, Soumahoro… Avec la mise en quarantaine du Sergent-chef, Soro a la main libre et s’impose à la tête de la rébellion qu’il dirige de mains de maître. Il place ses hommes clés au sein de l’appareil des Forces nouvelles.

Le renversement manqué de Soro

Le Sergent-chef IB prend conscience qu’il a été trahi par son jeune frère Soro. Il a été dupé et n’a plus d’emprise sur le mouvement qui a pourtant acquis de la notoriété sur le plan international. IB dont l’objectif demeure le renversement du président Gbagbo va tenter désespérément deux coups d’Etat dans le sud, révèle notre interlocuteur. Ses hommes lui conseillent alors de tenter par la force de reprendre «sa» rébellion, étant donné que le gros lot de ses troupes est dans le nord. Et de descendre ensuite vers le sud pour parachever le renversement du régime Gbagbo.

A un moment donné, vu l’impasse, IB, avec l’aide des services secrets français, projette de renverser Soro. Les grandes oreilles françaises lui auraient même conseillé de créer un parti politique depuis son exil au Bénin. Il tente un coup de force contre le chef de l’aile politique de la rébellion. En organisant la prise de Bouaké. Mais les services secrets français avaient déjà, et paradoxalement, informé Soro du coup qui se préparait contre lui. Avec l’aide d’un des « frères d’IB » qui se prénomme Ahmed, Soro infiltre l’opération. Il est alors programmé l’élimination des hommes d’IB encore en position de force dans le dispositif de la rébellion. Notamment Kass qui était le seul à détenir les armes lourdes de la rébellion. Il contrôlait l’aéroport de Bouaké et constituait véritablement un os dans la gorge de Soro, explique Coulibaly. «Kass était vraiment puissant. Quand il n’est pas content, personne ne voyage. Puisqu’il y avait un hélico à la disposition de la rébellion.

Soro monte les dozos contre Kass et IB

«Pendant ce temps, on fait croire aux hommes de Kass que le président Gbagbo a donné 192 milliards de Fcfa à IB et Kass pour déstabiliser la rébellion. Les hommes de Kass se retournent contre leur chef qui n’avait que ses fidèles à ses côtés. IB avait également recruté les dozos qui se retourneront finalement contre lui, puisque sénoufo pour la plupart, ethnie de Guillaume Soro», explique-t-il. Le vieux Bamba, chef des dozos, poursuit Coulibaly, fait appel à Kass qui contrôlait toujours Bouaké, pour lui faire croire qu’il menait un bon combat, à savoir redonner la rébellion à son «propriétaire délégué », le sergent-chef IB. «Kass répond à l’invitation du chef dozo qui veut lui procurer d’autres pouvoirs mystiques. Dépouillé de ses amulettes pour une énième préparation mystique, Kass est capturé et remis aux hommes de Soro. Voilà comment ils l’ont tué. Ils ont enlevé son coeur et cassé son crâne», révèle-t-il. Voilà comment la tentative de renversement de Soro a échoué, malgré la prise de Bouaké par Kass, l’homme de main d’IB.

Il disait toujours aux gens que si quelqu’un s’amuse avec lui, il met tout Bouaké en feu et Gbagbo va venir les prendre eux tous, révèle l’ex-proche d’IB. Ahmed, le «frère d’IB», fait croire à Kass que son grand frère avait donné le ok pour l’opération devant aboutir au renversement de Soro. Il lui a fait croire qu’un renfort important viendrait du nord pour l’épauler. «Effectivement, le renfort était déjà à Korhogo, mais dans le même temps Wattao et Chérif Ousmane avaient été chargés de neutraliser tout renfort. Kass était donc isolé à Bouaké, mais il ne le savait pas», souffle-t-il. Selon le témoignage de Coulibaly, Kass réussit à contrôler Bouaké, en éliminant le Chef Mobio et en neutralisant Loss et ses hommes.

La naissance du commando invisible

Après l’élimination de plusieurs de ses hommes au sein du dispositif de la rébellion, IB fait profil bas et connait même un passage à vide avec ses démêlées avec la justice française avant de réapparaître officiellement en Côte d’Ivoire avec le Commando invisible. Un commando constitué en grande partie de ses éléments qui avaient trouvé refuge dans les pays limitrophes. Il est épaulé par un Malien se faisant appelé «Colonel», basé actuellement au camp commando d’Abobo et un Burkinabé connu sous le nom de «Hamed le libérien», qui aujourd’hui encore, avec ses hommes, le centre émetteur d’Abobo.

C’est ensemble, précise notre source, qu’ils ont monté le commando invisible dans lequel figuraient des mercenaires maliens et burkinabé. Le «contingent» burkinabé occupait, selon les informations en notre possession, un bâtiment où était stocké l’essentiel de l’armement à Angré extension, à la lisière d’Abobo-Baoulé. Ils commencent ainsi la guérilla à Abidjan, réussissant à couper Abobo du reste de la ville, où IB recrutait en
masse les jeunes mécaniciens et braqueurs. Guillaume Soro, connaissant bien IB et son ambition «démesurée», n’a jamais cessé de suivre les faits et gestes de son ex-compagnon désormais à la tête du Commando invisible. Une fois l’objectif principal atteint, à savoir le renversement de Laurent Gbagbo, les hommes de Soro se sont «occupés» du cas IB. Raison officielle de l’assassinat du sergent-chef, autoproclamé Général IB, selon
le pouvoir Ouattara, c’est qu’il s’apprêtait à faire un coup d’Etat. Avec la mort d’IB, la guéguerre entre Soro et ce dernier a pris définitivement fin. Du moins, entre les deux hommes.