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08/12/2011

Nous ne tremblerons plus au son de leur trompette! Un message à l'attention du président Gbagbo et aux peuples d'Afrique

Nous ne tremblerons plus au son de leur trompette!
Un message à l'attention du président Gbagbo et aux peuples d'Afrique

Dans notre tradition africaine héritée jalousement des Ancêtres, le procès a pour but majeur, sinon exclusif, de restaurer la paix dans la communauté divisée mais aussi dans les cœurs. Un dicton burkinatrombé dit d’ailleurs à ce propos que la palabre sauve le village. Car, ainsi que le précise aussi un proverbe wolof : « Il n’y a pas deux personnes qui ne s’entendent pas ; il y a seulement deux personnes qui n’ont pas discuté ». Madiba Mandela, noble fils de l’Afrique, est resté fidèle à cet enseignement des aînés. « Asseyons-nous et discutons ! », aimiez-vous à répéter à vos adversaires ; « Asseyons-nous et recomptons les voix ! », leur aviez-vous martelé des mois durant. Mais ils ne vous ont pas écouté.

Ceci parce qu’un petit nombre prétendument « international » a confisqué la parole, pris la justice en otage au nom des « droits de l’homme ». Mais dans notre Afrique historique et sage, où des mondes, des mentalités et des temps différents se superposent comme l’affirme le savant malien Hampâté Bâ, ils ne peuvent réussir une telle entreprise que par la violence, oubliant que le plus fort, celui qui gagne, le gagneur est peut-être dans l’humanité, celui qui nous amène à la régression. Car la force primaire, la force brute n’est pas primée dans nos sociétés. (Michel Serres).

Dans notre tradition africaine donc, M. le Président, un dicton ibo dit « qu’un procès n’exclut personne ». C’est-à-dire que le public n’est pas simplement présent en spectateur muet, il est autorisé à faire entendre son opinion. La mienne sera à travers cette correspondance mensuelle que je compte établir avec vous ; aussi longtemps que durera votre incarcération.

C’est, à travers ma plume, la voix de millions d’Africains du continent : Ivoiriens, Camerounais, Maliens, Sénégalais, Ougandais, Ghanéens, Algériens, Libyens, etc.

C’est aussi celle de millions d’autres, Africains de la diaspora et Descendants africains vivant dans le monde : en France, en Allemagne, en Chine, en Guadeloupe, en Haïti, au Canada, en Australie, etc.

C’est enfin celle de tous les combattants de la liberté de toutes confessions religieuses ou obédiences politiques: juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes, athées, socialistes, démocrates, républicains, communistes, etc.

Tous nous sommes là, Arc-en-ciel de liberté, défenseurs de notre humanité menacée, symbole de résistance contre l’injustice.

Tous nous voulons écrire cette page de notre histoire africaine avec vous ; Tous nous voulons marcher avec vous sur les traces de note humanité.

En introduction de son livre, Histoire de France, Pierre Miquel déclare : « Il y a des pays sans histoire. La France n’est pas de ceux-là. » Cette affirmation, de la plume même d’un historien, peut paraître choquante. On s’accorderait volontiers à dire que le terme « histoire » revêt une certaine ambiguïté ici, mais c’est sans compter sur cette autre déclaration, tout aussi célèbre, d’un fils d’immigré hongrois, que les Gaulois, pour leur malheur et perte, se sont choisi comme empereur-roi et qui déclarait triomphant à Dakar en 2006 que « le paysan africain n’est pas suffisamment entré dans l’histoire… ».

Mon cher Président, en votre qualité d’historien et de sage africain, permettez-moi de vous poser cette question toute simple : « C’est quoi l’histoire ? Se peut-il que nous n’ayons pas le même sens des réalités historiques que ces gens-là ?».

Ce questionnement, à mon humble avis, mérite d’être posé au préalable, car il nous permet de comprendre, ainsi que le notait déjà l’illustre sage et patriote africain, Cheikh Anta Diop, à son fils spirituel Théophile Obenga que toute réalité sérieuse et profonde ne peut s’expliquer et se comprendre que dans le cadre de règles, d’idées, de valeurs culturelles et de méthodologies que l’on prend pour modèle ou guide et qu’il a désigné par le terme de « paradigme culturel ». En d’autres termes, nous ne pourrions nous comprendre, comprendre nos référents religieux ou socio-culturels, nos valeurs, le sens et la portée de notre destinée, le cours de notre histoire et partant, sa définition même, que si nous ne sacrifions pas tous sur l’autel de la pensée unique, souvent tyrannique et impérialiste occidentale.

Il y a plus de deux mille ans, Sima Quian (145-86 av. JC), le premier historien chinois, affirmait avec assurance : «Ceux qui n’oublient pas le passé sont maîtres de l’avenir ». Ce qui signifie en d’autres termes que la survie d’un peuple dépend de la sauvegarde de sa mémoire, de son histoire. Comment donc nous construire un avenir certain lorsqu’on nous dénie ce recours au passé qui est nôtre, ce rapport dialectique à notre propre histoire ? Comment être maîtres du futur quand on n’est pas maîtres du passé, quand ce dernier semble même n’avoir jamais existé ? Au-delà donc de toutes ces tripatouilles du sens de l’histoire, la seule certitude vraie est que la Volksseele (âme du peuple) et le Volksgeist (esprit du peuple) se forgent dans le rapport dialectique que ce dernier entretient avec son passé ; Falsifier donc ce rapport, l’occulter ou le renier même, c’est courir le risque de faire des êtres concernés, non plus des hommes et des femmes agissant et pensant, mais de pauvres ombres esclaves au service de l’imposteur.

Lorsqu’on emprisonne les historiens et sages d’un peuple, c’est l’âme de ce peuple qu’on veut emprisonner, c’est son esprit qu’on veut corrompre ; c’est son génie surtout qu’on veut stopper. L’entreprise n’est malheureusement pas récente. Elle a plutôt la peau dure et la nuque raide. Solide comme une forteresse, elle traverse les siècles et les époques, et à chaque fois, transforme et pervertit les mentalités qu’elle influence. Comment croire qu’ils ne le savent pas, que nous avons une histoire, que de toutes les histoires, notre histoire est. Qu’elle est ce qui est. Comment leur faire accepter notre passé une fois pour toutes ? Leur faire respecter nos historiens et hommes sages ?
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24/09/2011

POUR QUI SE BAT L'OTAN EN LIBYE?

samedi, 24 septembre 2011




L'alliance atlantique a annoncé le 21 septembre qu'elle allait prolonger de trois mois son intervention en Libye. Pour les Libyens ou pour ses intérêts personnels?



Le 5 septembre 2011, Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (Otan) n'hésitait pas à annoncer la fin prochaine des opérations de l'alliance en Libye.

Deux semaines plus tard, alors que les communiqués en provenance de la rive sud de la Méditerranée ne cessent de nous promettre la chute définitive des «derniers bastions» du régime du colonel Kadhafi et nous décrivent la marche triomphale des forces du Conseil national de transition (CNT) sur Syrte, Sebha et Béni Walid, l'Otan décidait le 21 septembre de prolonger de trois mois supplémentaires son intervention. Se pourrait-il que d'aucuns aient vendu la peau de l'ours kadhafiste avant de l'avoir tué?

Elle court, elle court, la rumeur

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30/08/2011

CE N’EST PAS «UNE AFFAIRE DE KADHAFI» KADAHAFI ET ENFANTS.jpg

lundi, 29 août 2011


Ainsi donc, nous devrions nous réjouir ! Pour ne pas être excommuniés du «cercle de la raison», nous devrions applaudir l'expédition de l'OTAN en Libye, glorifier la «benladinisation» de Muammar Kadhafi depuis la prise de Tripoli par les forces supplétives de la «communauté internationale» pro-occidentale, saluer ce prétendu dénouement qui relancera la dynamique des révolutions arabes, jouer les autruches face au chaos qui s'annonce... Mais voilà ! Nous préférons être minoritaires plutôt que de bêler avec le troupeau face à une des plus grosses mystifications de l'histoire contemporaine.
Ce qui se passe en Libye est inquiétant. Il ne s'agit pas d'une «guerre pour la démocratie». Qui a consulté le peuple libyen pour savoir s'il était prêt à accepter de voir son pays et ses acquis détruits pour pouvoir jouir d'hypothétiques libertés demain ? Il ne s'agit pas du dernier épisode du «printemps arabe», que les chaînes de télévision Al-Jazira, CNN et France 24, pour une fois d'accord, nous «vendent» comme elles le feraient pour la dernière telenovela à la mode. Comparer la révolte de la rue tunisienne aux manipulations de Benghazi reviendrait à mettre côte à côte Martin Luther King - apôtre du progressisme non-violent - et tous les théoriciens du chaos libérateur dont le siècle dernier a été fécond.

Ce qui se déroule en Libye n'est rien d'autre qu'une guerre illégale de l'Occident. Et la situation historique qui s'en rapproche le plus est la campagne d'Irak. L'évolution d'un certain nombre de gouvernements et d'opinions publiques est monstrueusement fascinante. Qui se souvient de Dominique de Villepin acclamé dans son pays et dans le monde arabe parce qu'il défendait, contre George W. Bush et le nouvel impérialisme américain, les principes de la légalité internationale ? Qui peut prétendre - sans rire ou emprunter le regard vitreux des porte-paroles officiels payés pour mentir en dépit des évidences - que c'est au nom de la résolution 1973 des Nations unies censée protéger les civils et créer une zone d'exclusion aérienne que les soldats des services spéciaux américains, français et britanniques combattent désormais au sol aux côtés des «insurgés» ? La ruse de l'OTAN, qui a enrobé son forfait dans un beau paquet cadeau onusien, rajoute au gangstérisme international une détestable malhonnêteté intellectuelle.

Les propagandistes «otaniens» pourront toujours dire qu'ils ont violé la Charte des Nations unies pour «sauver des vies», selon leur rhétorique habituelle. Seulement, l'expérience irakienne nous montre que le type de chaos qui vient est gourmand en sang humain... Il faut de toute urgence revenir aux fondamentaux et se demander quel monde nous prépare-t-on quand le droit international cesse d'être un référent admis par toutes les nations. Pour l'instant, l'OTAN ne fait face à aucune coalition résolue à mettre en échec ses visées. Mais demain ? La rage contenue des Chinois et - surtout ! - des Russes a de quoi inquiéter pour l'avenir.

Pour parler à l'ivoirienne, on dira que «ce n'est pas une affaire de Kadhafi». Il s'agit ici du destin de la Libye et de l'Afrique, malmenées au gré des caprices de véritables apprentis-sorciers. Depuis le 11 septembre 2011, les Etats-Unis ont remué la planète entière au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste. Maintenant que le CNT est quasiment sûr de l'emporter, tout ce que le monde compte de spécialistes de la Libye nous explique que les combattants qui sont en première ligne aux côtés de l'OTAN sont des... islamistes ! Devons-nous nous attendre à une «réplique» quelques mois après le «séisme», et à des règlements de compte meurtriers entre anciens alliés ? L'irresponsabilité des Occidentaux et leur volonté de faire des «coups» à très court terme au mépris de leurs conséquences nous confortent dans notre conviction : l'Afrique doit écrire elle-même sa propre histoire, et non se contenter d'être un jouet à la disposition des puissants.

En Côte d'Ivoire, le pouvoir Ouattara, installé par la «communauté internationale» au prix de milliers de morts, se réjouit du trépas de Kadhafi parce qu'il constitue un message subliminal à destination d'une potentielle opposition musclée. «Voyez comme nos protecteurs sont forts, comme ils sont fous, comme ils sont déterminés et tremblez» : tel est, en substance, ce que nos nouveaux maîtres voudraient laisser entendre. Le plus grotesque dans les articles de leur presse est qu'ils se plaisent à tancer le «dictateur» Kadhafi, assimilé sans nuances à Laurent Gbagbo et à Charles Taylor. Ils le font en trichant une fois de plus avec l'histoire récente de la Côte d'Ivoire. En effet, si Alassane Ouattara est aujourd'hui au pouvoir, c'est en partie grâce à Charles Taylor, qui a créé de toutes pièces le MPIGO et le MJP, avec la participation de Blaise Compaoré - selon la très sérieuse ONG britannique Global Witness. En septembre 2002, la presse française ne glosait-elle pas sur le soutien supposé du Guide libyen à la toute nouvelle rébellion ivoirienne ? L'on se souvient également de la jubilation avec laquelle Le Patriote, quotidien fondé par Hamed Bakayoko, prêtait ces propos à Kadhafi, au cours de la crise postélectorale : «Allez-y bombarder son Palais, lui et ses soldats, tuez-le s'il le faut. Mais ne laissez plus Gbagbo au pouvoir. Y en a marre. Je ferai face à la facture de la reconstruction».

Les alliances politiques se font et se défont au gré des intérêts des acteurs, c'est une évidence. Aujourd'hui, un certain camp en Côte d'Ivoire se réjouit d'être sous le parapluie occidental. Il ne faudrait pas que ses animateurs, dont certains sont assez jeunes pour voir l'Histoire se retourner, considèrent ce soutien comme une donnée permanente. Au-delà des calculs à courte vue, il est plus qu'urgent que le continent, militairement indigent et extrêmement riche de ses matières premières, plaide d'une seule voix pour le respect du droit international, notamment des chartes de l'ONU et de l'Union africaine. Et pour cause : si une deuxième guerre froide ou une troisième guerre mondiale commence, ce qui est aujourd'hui plus que probable, ses enfants seront les premiers à en mourir. Par dizaines de milliers.


Source : Le blog de Fernand Dindé

Une semaine avec les rebelles libyens - Démons et ombres du Printemps arabe


Pierre Piccinin


On est bien loin, en Libye, sur le terrain, de l’image virtuelle et simplifiée, véhiculée par la plupart des médias européens, d’une rébellion populaire renversant la dictature féroce du gouvernement de Mouammar Kadhafi.

La société libyenne, en effet, se structure en un ensemble de tribus, dont les intérêts divergent ; organisées en fonction de liens de parenté solides, elles sont elles-mêmes segmentées en plusieurs clans, plus ou moins rivaux, dont les alliances se recomposent en permanence, en fonction des circonstances et d’intérêts sur le très court terme.



Ainsi, s’il est vrai que, au début des événements, le 17 février 2011 et durant les jours qui ont suivi, on a pu voir l’émergence d’une société civile s’exprimant lors de manifestations hostiles au colonel Kadhafi, ces mouvements sont néanmoins restés très limités et ont rapidement servi de prétexte aux soulèvements de chefs de clans, auxquels ils ont cédé la place, et lesquels ont plongé la Libye dans le chaos. De même, croyant leur heure arrivée, plusieurs mastodontes du régime se sont dressés contre leur ancien maître et ont pris le contrôle d’une partie de la rébellion.

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26/08/2011

La Libye et NOTRE propagande de guerre


Source: Camerounvoice
Kadhafi serait à la fois fou, démagogue, cynique, militariste... La guerre a évidemment pour but sa capture, après quoi l’humanité retrouvera le bonheur...


Les citoyens de nos pays démocratiques doivent se lever et faire entendre leur voix pour tenter d’éviter à la Syrie le cauchemar de l’intervention militaire des forces de l’OTAN sous mandat de l’ONU, ou des "coalitions de volontaires", qu’ont subi ou continuent à subir les peuples d’Afghanistan, d’Irak, de Somalie, de Libye. Professeure à l’Université Libre de Belgique, Présidente de "Femmes pour la Paix", Mme Anne Morelli, révulsée par la vision unilatérale répandue par les journalistes sur les guerres de plus en plus destructives et sanguinaires qui se déroulent sous nos yeux, réagit par ce beau et généreux texte. (Silvia Cattori)

Un article d’Anne Morelli, professeure à l’Université Libre de Belgique

Les principes généraux de la propagande de guerre sont toujours pareils. Ils tentent de nous faire adhérer à une cause belliciste par des déclarations d’abord pacifistes puis résignées : nous sommes « contraints » par l’Autre à faire la guerre. Il l’a provoquée et nous allons nous y engager pour de nobles causes : la protection humanitaire des civils, la démocratie, la lutte contre le militarisme effréné de notre ennemi...

Bien sûr, lui, commet systématiquement des atrocités, tandis que notre armée est composée de gentilshommes, tout au plus susceptibles d’une involontaire « bavure ». En outre cette guerre n’est en rien risquée de notre côté : la supériorité écrasante de nos armes nous assure des « pertes zéro » tandis que nos ennemis sont depuis le début condamnés à la défaite. Enfin, celui qui s’opposerait à cette guerre courte, morale et forcément victorieuse, ne peut qu’être un agent de l’ennemi.

J’ai réuni ces principes qui régissent la propagande, préalable et contemporaine à toutes les guerres depuis le début du XXe siècle, dans un petit volume [1]. À chaque nouvelle édition je dois ajouter sur ce même schéma, des exemples de bobards ayant été utilisés pour mobiliser l’opinion dans les conflits les plus récents : Afghanistan, Irak... Et à chaque fois je forme un vœu pieux toujours démenti : j’espère que les lecteurs, avertis, ne se laisseront plus prendre aux pièges grossiers de la propagande...

Mais la récente guerre de l’OTAN contre la Libye nous oblige - hélas - une fois de plus à constater que ces principes sont à l’œuvre... et marchent très bien !

Nous sommes des pacifistes et « réagissons » aux violences libyennes

Selon la thèse officielle de l’OTAN, nos bombardements, via l’opération « Protecteur unifié » (sic), ont pour but d’empêcher le régime libyen (les mots ont toute leur importance) de poursuivre ses attaques barbares contre le peuple libyen [2]. C’est donc « lui » qui a commencé et nous ne faisons que réagir à des violences ennemies, par ailleurs difficiles à quantifier et juger. Ainsi, les « rebelles » de Benghazi contre qui agit Tripoli, sont-ils vraiment d’innocents civils alors que, même leurs toutes premières photos, nous les montraient lourdement armés (par qui ?) et que leur Conseil National de Transition se plaint lorsqu’il se rend à l’OTAN à Bruxelles, de recevoir insuffisamment d’argent pour professionnaliser leur armée [3].

Les bombardements, rebaptisés « campagnes de frappes aériennes », ont été autorisés par le Conseil de sécurité de l’ONU le 18 mars 2011 en tant que « réaction » à ces présumés massacres de civils et pour « protéger les civils libyens ». Il peut sembler que bombarder des civils pour les « protéger » est contradictoire, mais c’est bien en ces termes que la mission est lancée [4]. Elle serait donc, comme toutes les guerres, une « réplique » à ce que l’OTAN appelle « les attaques barbares du régime de Kadhafi contre le peuple libyen ».

Khadafi, monstre par intérim

La propagande canalise classiquement la haine et les ressentiments de l’opinion publique vers un leader ennemi, sensé être la cause de tous les maux. Il sera à la fois fou, démagogue, cynique, militariste... Guillaume II pendant la Première Guerre mondiale - avant Ben Laden, Milosevic ou Saddam Hussein - a ainsi personnifié l’ennemi à abattre. La guerre a évidemment pour but sa capture, après quoi l’humanité retrouvera le bonheur.

Le conflit avec la Libye ne fait pas exception à la règle mais la construction médiatique du personnage de Kadhafi est particulièrement intéressante. En effet, après avoir été la personnification du mal, du « terrorisme international » et l’ennemi public n° 1, rendu responsable de tous les genres d’attentats, le colonel - qui avait également nationalisé les compagnies pétrolières de son pays - est redevenu fréquentable.

Alors qu’en juin 2011 le ministre belge de la Défense, De Crem, assure vouloir bombarder la Libye tant qu’on ne sera pas débarrassé de Kadhafi, il semble avoir oublié que le chef du précédent gouvernement belge, Guy Verhoofstadt, a reçu Kadhafi à Bruxelles il y a peu d’années, avec tous les égards possibles. Kadhafi était alors redevenu un interlocuteur valable, également pour Berlusconi et Sarkozy qui l’autorisaient à dresser son campement dans leurs jardins, le traitaient avec familiarité et lui faisaient signer notamment, l’engagement de stopper chez lui les flux migratoires du Sud désirant aller en Europe [5].

De nobles bombardements

Un des principes de la propagande de guerre veut qu’on fasse croire à l’opinion publique que notre engagement belliqueux poursuit de nobles buts. Il ne doit jamais être question ni de ressources économiques à maîtriser ni d’objectifs géostratégiques mais bien de démocratie à imposer, de militarisme à mâter et de pauvres gens au secours desquels nous volons.

Ainsi dans le cas libyen il ne sera pas question de la maîtrise des ressources pétrolières d’excellente qualité de ce pays, ni de sa situation stratégique entre deux pays au destin politique déstabilisé par le « printemps arabe ». Toute la propagande sera par contre axée sur le manque de démocratie du pays (ce qui n’est pas faux mais n’entraîne pas systématiquement des interventions armées de l’OTAN si l’on en croit le statu quo qui règne en Arabie Saoudite et dans les émirats...) et sur les Libyens qui attendent notre « aide ».

Cette fois il ne s’agit pas de secourir les Kosovars, ni les femmes afghanes avides d’émancipation, ni les Kurdes irakiens ou les Chiites opprimés mais bien de sauver des civils que nous devons protéger de la brutalité des forces de Kadhafi. Nos bombardements sur la Libye auront donc un but noble et hautement « humanitaire ».

Les « atrocités » libyennes et les « bavures » de l’OTAN

Les guerres traînent inexorablement derrière elles leur cortège de violences, d’iniquités et de victimes innocentes. Dans chaque camp - même si à des degrés variés - on assassine des enfants et des vieillards, on viole, on torture.

Le génie de la propagande de guerre est de faire croire au public que « nous » menons une guerre « propre », contrairement à nos ennemis. Ainsi dans la guerre de l’OTAN contre la Libye, les médias décrivent dans le menu les atrocités ennemies mais tentent de passer sous silence celles de l’OTAN et de ses alliés. La torture a pourtant bien été « légalisée » dans le camp occidental à l’occasion de la guerre contre l’Irak [6] mais on n’y fait plus la moindre allusion.

Par contre lorsqu’il devient impossible de nier le caractère meurtrier des bombardements de l’OTAN, il faudra minimiser leur caractère atroce. Rebaptisés « frappes » ils sont sensés être des « raids de précision », visant des cibles uniquement militaires.

Et lorsqu’il appert que les victimes sont des civils voire des enfants, il faudra d’abord nier, utiliser le conditionnel, parler des « allégations » du « régime » de Kadhafi qu’on ne peut vérifier, puis enfin avouer une « bavure », avoir tué « accidentellement » ou « par erreur » des civils.

Ainsi un raid de l’OTAN le 20 juin, sur Sorman, à 65 km à l’ouest de Tripoli fait quinze morts civils dont trois enfants. Un journaliste de l’Agence France Presse ayant constaté qui étaient bien les victimes, l’OTAN ne peut plus nier que ce « raid de précision » n’a pas touché que des cibles militaires. Elle devra aussi avouer avoir tué le 19 juin des civils « par erreur » lors d’un bombardement de nuit à Tripoli, dans le quartier de Souk-al-Yuma, pourtant habituellement indiqué comme hostile à Kadhafi !) et avoir accidentellement frappé une colonne de véhicules « rebelles » dans la région de Brega le 16 juin 2011 [7].

Pour minimiser les dégâts occasionnés par le bombardement d’une habitation privée, Le Soir [8], met habilement en doute le témoignage de la victime en écrivant que Khalid El-Hamidi affirme avoir perdu sa femme, ses trois jeunes enfants et sa maison lors d’une frappe de l’OTAN et plus loin que sa maison a été selon lui, frappée par un bombardement de l’OTAN. Le titre parlant d’une « cible légitime » (sans point d’interrogation), reprend bien évidemment le point de vue de l’OTAN et décrédibilise celui de la victime.

Ces « tragiques erreurs » et « dommages collatéraux » sont bien sûr inexorables mais ne sont relevés que chez nos ennemis. Lorsque ce sont nos armées ou nos bons alliés de la « rébellion » libyenne qui s’en rendent coupables la discrétion est de rigueur. Dès les premières semaines de la « rébellion » et au moins jusqu’en juillet 2011, l’ONG Human Right Watch (HRW) d’origine américaine et peu susceptible de sympathie pour Kadhafi, signale que la « rébellion » libyenne se livre à de graves exactions contre les civils des régions qu’elle contrôle : passages à tabac, saccages de biens, incendies de maisons, pillages des hôpitaux, domiciles et commerces...

Mais s’agissant de nos bons alliés, l’information de HRW sera publiée au conditionnel (« des incidents auraient eu lieu ») [9] contrairement à ce qui concerne les « atrocités » de nos ennemis, toujours considérées a priori comme avérées. Quant à ceux qui fuient la Libye n’oublions pas que la première cause de leur exil réside dans nos propres bombardements.

Pertes zéro

Pour rassurer l’opinion publique, la propagande martèle que nos armes sont si performantes qu’il n’y a aucun risque à faire participer notre armée à cette nouvelle « opération ».

Il est vrai que des bombardements sont évidemment bien moins risqués pour celui qui bombarde que pour celui qui est bombardé (surtout s’il n’a pas une D.C.A. efficace). Ce déséquilibre flagrant des risques commence cependant à s’estomper lorsque l’« opération » se prolonge sur terre. Les guerres en Afghanistan et en Irak devaient aussi se solder théoriquement par « zéro morts » mais cette prévision a naturellement été démentie par la réalité.

Le bilan des morts est très sous-évalué car il ne tient généralement compte que des morts parmi les soldats « officiels ». Or l’occupation est de plus en plus confiée à des mercenaires privés, appelés « contractors ». Ces sous-traitants sont, par exemple en Afghanistan, aussi nombreux que les « vrais » militaires américains mais leurs contrats échappent au contrôle parlementaire et médiatique. À elle seule la société L3-Com comptabilise à ce jour 350 morts de soldats privés [10]. Au cas où l’opération libyenne se prolonge sur terre, soyons donc attentifs, lorsqu’on nous présentera des bilans rassurants pour « nos » troupes, que ceux-ci intègrent aussi ces mercenaires, par ailleurs difficilement contrôlables dans leurs façons d’agir et parfois recrutés sur place sans discernement.

Comment rester critique ?

La critique historique nous apprend que discerner les faits exacts demande de recouper les informations provenant de sources diverses. Dans le cas présent, l’exercice est très compliqué sinon impossible : peu d’informations indépendantes filtrent de Libye, la radiotélévision libyenne est absolument inaccessible à l’étranger car les émetteurs satellites ont été bloqués et nos médias accompagnent immédiatement toute information dérangeante d’un commentaire des « rebelles » que nous soutenons ou de l’OTAN.

Ainsi le contribuable qui se demande pourquoi une partie de ses impôts va payer les sorties exceptionnelles des F-16 belges et leurs bombes, ne peut que compter sur lui-même face à la propagande qui déferle dans nos médias, exercer son bon sens et DOUTER.

Anne Morelli
Professeure de « Critique historique » à l’Université Libre de Bruxelles
Présidente de "Femmes pour la Paix"
Bruxelles, le 18 août 2001

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16/08/2011

ET SI MACHIAVEL POUVAIT INSPIRER L'OCCIDENT EN LIBYE

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"Il perd, celui qui sait ce qu'il va faire s'il gagne. Il gagne, celui qui sait ce qu'il va faire s'il perd". Nicolas Machiavel - Lundi 8/8/2011, l'Occident fait publier dans le journal Times de Londres son programme politique pour l’après-Kadhafi : "formation d’une « force opérationnelle à Tripoli » pour sécuriser la capitale, maintien des transports, du secteur énergétique et des télécommunications dans les heures qui suivront la chute du gouvernement Libyen" etc... Avant de déclarer la guerre contre le peuple Libyen, comme suggère Machiavel, l'Occident a oublié de faire un plan B consistant à répondre à la question : "que fait-on si on perd la guerre ?" Et aujourd'hui, 6 mois après cette inutile agression, c'est la fuite en avant : la propagande médiatico-politique nous annonce en boucle que "Les rebelles seraient à 40 km de Tripoli", sans avoir pris les villes qui précèdent.



C'est la conséquence de Alzheimer d'une Europe vieillissante ou pure stupidité ? Ou alors, est-ce une simple manœuvre de diversion pour cacher la confusion qui règne à Benghazi après que les forces de Khadafi aient réussi le 1/7/2011, 2 exploits en un seul jour: libérer ses 300 militaires tenus prisonniers à Bengazi par les rebelles et tuer le plus haut gradé militaire des rebelles, le transfuge, le général Abdel Fattah Younès, le chef le mieux protégé des rebelles par les Occidentaux. La question que les membres du CNT ont dû se poser c'est : Si Kadhafi a pu tuer Yournès, qui de nous est en sécurité à Benghazi ? On n'aura jamais la réponse, puisqu'ils ont tous pris leurs jambes à leur cou, fuyant vers la Turquie en laissant seul le peuple de Benghazi qu'ils étaient censés protéger du méchant Kadhafi.

Et alors qu'on attendait qu'à cause de la fuite de tous ceux qui avaient engagé le pays dans la guerre civile, l'Occident annonce la fin de la guerre, il a plutôt publié le 8/8/2011 son programme politique de l'après Kadhafi et annoncé au monde que le gouvernement du CNT était limogé. Par qui ? Pour remplacer les fuyards on attend toujours de savoir qui l'Occident aura choisi (certainement pas des Libyens), pour désormais remplir la case de ‘Unique Représentant du Peuple Libyen”.

Pour cacher cette situation des plus grotesques et humiliantes, chaque jour, depuis ce fameux 8 Août 2011, on nous annonce que les Rebelles seraient à 80, 60, 40, 20, 10 km de Tripoli et comme il n'y aura aucun assaut sur Tripoli, tout simplement parce que comme l'a prédit le 19 juillet 2011 le Ministre Français de la défense Gérard Longuet, "Les rebelles ne prendront jamais Tripoli parce qu'ils sont en nombre trop inférieur aux troupes de Khadafi"; alors, on repartira avec cet exercice de décompte à la con auquel nous a habitué la presse libre du monde libre de l'occidental; ainsi, les rebelles qui hier étaient à 10 km de Tripoli, ce matin se trouvent à 160, demain à 120, après demain à 80 km de Tripoli.

De qui se moque-t-on ? Comment peut-on partir de Paris pour conquérir la forteresse de Berlin sans avoir plié la moindre résistance des petits barrages sur la route vers Berlin ? Mystère ! Ce non-sens aura pour le moins le mérite de créer la diversion et éviter qu’on pose les questions qui fâchent sur la présence des troupes de Kadhafi dans la ville même de Benghazi, c’est-à-dire, l’unique ville Libyenne entre les mains des rebelles et des Occidentaux qui y ont installé leurs ambassades en foulant au pied toutes les règles de la diplomatie internationale qu’ils ont eux-mêmes écrites.

"Pour prévoir l'avenir, il faut connaître le passé, car les événements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par les hommes animés des mêmes passions, ces événements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats". Nicolas Machiavel.

Pour les dirigeants et peuples occidentaux, les égarements de la guerre en Irak et en Afghanistan semblent si lointains, mais comme il serait sage de s’en inspirer dans la crise libyenne ! L'émissaire du président russe Dmitri Medvedev, pour la Libye, Mikhaïl Margelov, a déclaré le 13 juillet 2011 au quotidien russe Izvestia : "Mouammar Kadhafi est loin d'être vaincu. Kadhafi n'a pas encore utilisé le moindre missile sol-sol, alors qu'il en a plus qu'il n'en faut. On peut donc douter de sa supposée faiblesse annoncée par l'OTAN"

Jean-Paul Pougala