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24/01/2012

Avant la visite de Ouattara : Des diplomates français font des confidences



Source : L'Inter : 24/01/2012


Le président de la République, Alassane Ouattara, sera en visite officielle en France du 25 au 27 janvier prochains où il doit rencontrer son homologue et ami personnel, Nicolas Sarkozy. Si dans les couloirs de l’Élysée, cette visite est préparée avec soin-c'est la première en 10 ans-, on n'hésite pas à justifier le soutien de la France à la Côte d'Ivoire par une volonté de « faire avancer la démocratie sur le continent africain ». C'est ce qui ressort des confidences des diplomates à Paris ; confidences reprises par l'Agence France presse (AFP), hier lundi 23 janvier 2012. « La France, qui reçoit le président ivoirien Alassane Ouattara avec faste cette semaine, veut voir se concrétiser les promesses d'une démocratisation de l'Afrique au nom de laquelle elle a engagé les armes à Abidjan au risque de nourrir un vieux procès en ingérence », indique l'AFP, qui cite une source diplomatique. Laquelle source poursuit : « Le principe qui domine aujourd'hui est le soutien à des processus (démocratiques), pas à des hommes". La visite d’État du nouveau président ivoirien de mercredi à samedi, assure-t-on à Paris, « montre l'attachement de la France à la démocratie en Afrique ». Un continent où « les progrès de la démocratie sont incontestables », a réaffirmé, le vendredi 20 janvier 2012, Nicolas Sarkozy, dans ses vœux au corps diplomatique. C'est donc au nom de la défense de ces principes démocratiques que la France a engagé ses troupes en Côte d'Ivoire pour faire respecter le verdict des urnes. C'est également au nom de la consolidation de cette démocratie qu'elle se tient aux côtés de ce pays pour l'aider à remonter la pente, après une crise post-électorale particulièrement sanglante. L'intervention de la France dans le dossier ivoirien a été très critiquée par des pays africains, mais, aux yeux des dirigeants français, elle se justifiait pleinement. « On nage encore en plein fantasme sur la puissance de la France en Afrique », soutient l'AFP, qui cite un diplomate. Quant à Antoine Glaser, spécialiste des relations franco-africaines, il a indiqué à l'AFP que « la crise ivoirienne a fait régresser la France dans sa volonté de sortir de son pré-carré ». Pour lui, « elle est intervenue militairement en Côte d'Ivoire le dos au mur, mais elle est intervenue, créant une situation qui peut être à son avantage pour la défense des intérêts économiques français mais qui entretient l’ambiguïté dans sa relation au continent ». Antoine Glaser pense que la France a besoin des voix des alliés africains à l'ONU, ce qui fait qu'elle a, à cet effet, du mal à sortir « d'une politique d'accompagnement ». A Abidjan, on salue cette visite à Paris du président ivoirien d'autant plus que la France, plus qu'un partenaire, est un « ami ». Alassane Ouattara, qui tente de reconstruire des relations décomplexées avec Paris, ne s'occupe guère des critiques anti-impérialistes de ses opposants. « Le chien aboie, la caravane passe », avait-il indiqué au cours de l'une de ses interventions. Une sortie qui résume tout un programme.

Y.DOUMBIA

03/11/2011

Guy Labertit (PS français): “La Côte d'Ivoire ne peut se réconcilier qu’avec Gbagbo vivant et libre”



Source : Notre voie du 03/11/2011


Guy Labertit est un proche de Laurent Gbagbo. Délégué Afrique du Parti socialiste français pendant treize ans (1993-2006), il a rencontré le Président sortant de Côte d’Ivoire alors qu’il était réfugié à Paris, voici une trentaine d’années.

Qu’est-ce que l’arrestation de Laurent Gbagbo vous inspire?

Guy Labertit : Une profonde honte par ce qui a été fait par l’État français. C’est une intervention militaire qui nous ramène soixante ans en arrière, avant même les indépendances africaines. La France a totalement outrepassé le mandat qu’elle était censée avoir. M. Gbagbo a pu être livré à M. Ouattara grâce à l’intervention militaire de la France. A mes yeux c’est une violation flagrante du droit international. Et une tache indélébile dans les rapports entre la France et le continent africain.

D’un point de vue tactique, cette intervention était-elle un bon calcul de la part de la France?

G.L : Je pense que la politique de Nicolas Sarkozy ouvre le golfe de Guinée aux Etats-Unis. Le président Obama a tenu les mêmes positions que M. Sarkozy, mais lui a laissé faire le sale travail…

Les pays d’Afrique de l’Ouest ont pensé intervenir eux-mêmes en Côte d'Ivoire…

G.L : Je pense qu’après un certain temps, il y aura une profonde honte chez les chefs d’Etat africains d’avoir laissé un de leurs pairs entre les mains de l’ancienne puissance coloniale.

L’arrestation de Laurent Gbagbo annonce-t-elle la fin du conflit entre les deux clans ivoiriens?

G.L : Pas du tout. Je pense au contraire que la Côte d'Ivoire ne peut se réconcilier qu’avec Laurent Gbagbo vivant et libre. Les gens à qui il a été livré sont ceux-là mêmes qui ont tenté de le renverser par un coup d’État en 2002 alors qu’ils étaient associés au gouvernement. L’objectif est clair: depuis dix ans, il s’agissait d’écarter Laurent Gbagbo.

Pourquoi Gbagbo est-il selon vous indispensable à la réconciliation des Ivoiriens?

G.L : Un Ivoirien sur deux a voté pour lui… Il est majoritaire dans Abidjan et dans quatorze des dix neuf régions du pays.

Pour vous, Paris n’est pas intervenu pour la démocratie…

G.L : M. Ouattara est l’homme qui a fait arrêter M. Gbagbo en 1992 alors qu’il était Premier ministre. C’est l’homme qui a promulgué la loi anti-casseurs, qui a imposé les cartes de séjour. M. Gbagbo est celui qui a supprimé les cartes de séjour, qui a fait adopter la loi pour l’assurance-maladie universelle, qui a créé la décentralisation et qui a promulgué l’enseignement primaire gratuit…

Comment expliquez-vous l’unanimité de la communauté internationale?

G.L : Cette affaire a été très bien préparée. Comme M. Gbagbo était le fils des élections, il fallait le contourner par des élections. Le pays comporte 19 régions. Sur 14 régions qui représentent 83 %de l’électorat, M. Gbagbo avait 7 points d’avance. C’est sur les 17 % des cinq régions du nord, où le scrutin a été faussé parce que la rébellion n’avait pas désarmé, que M. Ouattara a inversé le résultat. M. Gbagbo n’a donc pas perdu le scrutin du 28 novembren



Propos recueillis par Frédéric Rohart